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La méprise du CRTC

Marie-Andrée Chouinard   14 juin 2007 20h46  Médias
L'histoire nous fait parfois de curieux pieds de nez: le jour même où la Cour suprême du Canada appuie la décision du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) de fermer la station radiophonique de Québec CHOI-FM, on apprend que les propriétaires punis pour avoir violé les limites de leur permis vendent leur controversée station grâce à ce même permis, suspendu mais toujours valide. Longue vie à CHOI!

Le combat de la «radio-poubelle» a eu beau démarrer sur un grand principe — la protection de la liberté d'expression —, il se dénoue autour d'une vulgaire affaire de gros sous. Grand gagnant de cette saga aux contours juridiques, le propriétaire de CHOI, Genex Communications, a réussi le coup de maître de vendre sa station alors que celle-ci était toujours sous respirateur artificiel.

À côté du grand vainqueur qu'est Genex gît un CRTC faiblard, qui a en quelque sorte facilité ce dénouement de mauvais goût. En consacrant la vente de CHOI à Radio Nord — comme il l'avait décidé en octobre 2006 —, le CRTC a sérieusement entaché sa crédibilité.

Bon gardien des ondes publiques, le CRTC avait joué d'audace et bien assis son autorité en retirant son permis à une station qui tirait grassement profit des attaques personnelles et des propos injurieux, grande spécialité de l'animateur-vedette (aujourd'hui déchu) Jeff Fillion. C'était le 13 juillet 2004. Le même jour, sans grande surprise, le CRTC libérait la fréquence dans l'espace public, la soumettant à un appel de demandes de licence.

On connaît la suite: les tentatives de Genex de poursuivre l'exploitation de CHOI-FM ont avorté, certes, mais lui ont permis d'étirer le temps, ouvrant tout grand la porte à la négociation. Lorsque Radio Nord a demandé le droit à la licence de radiodiffusion liée au 98,1 FM, le CRTC a accepté. Au mépris de sa propre décision, rendue deux ans plus tôt, il a du coup annoncé qu'il n'y aurait pas d'appel de demandes, comme toute le monde le réclamait.

«Non justifié» — comme le CRTC l'a écrit dans sa décision —, cet appel public aurait pourtant permis à la vigie du système canadien de radiodiffusion de ne pas perdre la face. Qui sait si Radio Nord, qui a promis par la voix de son propriétaire, Raynald Brière, de «naviguer en eaux plus calmes», n'aurait pas gagné le droit à cette licence au terme d'un processus permettant le jeu de la concurrence?

On reproche au CRTC de ne pas savoir asseoir ses lois. C'est pourtant ce qu'il avait fièrement réussi dans le dossier de CHOI-FM, sachant braver le courroux du peuple soudainement privé de sa «liberté d'expression»!

Dommage que ce premier élan d'intégrité se dégonfle ainsi: là où il aurait dû rendre à l'espace public des ondes libérées de tout droit de propriété, le CRTC s'est plutôt érigé en protecteur d'un investissement privé. Ce mauvais rôle le couvre d'une sorte d'opprobre qui l'accablera longtemps.

machouinard@ledevoir.com
 
 
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  • Joho - Inscrite
    15 juin 2007 09 h 36
    Aucune surprise
    Le débat à Québec a repris de plus belle, un professeur d'université soupçonne des intrigues de palais, un autre qui voulait répondre à l'appel public prévu n'en finit plus d'arracher sa chemise, les radios locales sont surexitées, et après-demain tout sera terminé.

    Le Québec est l'endroit au monde où la concentrations de la presse est la plus élevée exception faite des pays totalitaires, le CRTC s'inscrit parfaitement dans la médiocrité globale et la lâcheté complice de nos politiciens en ce domaine. Il n'y a donc aucune surprise dans la décisions d'un CRTC aux ordres comme le soupçonne ce professeur. On ne saura jamais la dynamique qui a incitée le CRTC à prendre cette décision
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  • Maurice Marcotte - Abonné
    15 juin 2007 10 h 22
    Bonne lecture
    Votre texte représente bien l'opinion des personnes qui ne sont pas dupes des intérêts pécuniers de particuliers (GENEX) et de groupe (Radio-Nord)que le CRTC encourage et supporte dans ses actions.
    Il est dommage que M Lachance ait été acheté pour abandonner sa plainte à l'égard du CRTC. C'est le ministère public qui devrait poursuivre la plainte.
    Au plaisoi de vous lire à nouveau.
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  • mabernier - Abonné
    15 juin 2007 10 h 38
    Rien d'inattendu de la part d'un organisme qui a de bons amis
    CHOI-FM, la controversée station de radio de Québec, pourra rester en ondes. Cette nouvelle soulève plusieurs questions quant à l'éthique dont fait preuve le CRTC. En refusant de renouveler la licence de CHOI-FM, le Conseil contribue à faire pression pour que la valeur de la station de radio soit dévaluée. Ainsi, pour une bouchée de pain, Radio-Nord mettra la main sur une des stations les plus écoutées dans la Vieille Capitale, et sur les revenus publicitaires que génère cette station. Effectivement, comme l'a souligné Marie-Andrée Chouinard, il s'agit d'une affaire de gros sous. Mais le grand gagnant dans toute cette histoire pourrait bien être Radio-Nord, alors que Genex sera forcée de se débarrasser d'une station sans licence. Le dénouement de cette histoire montre que le CRTC se conduit davantage comme une force monopolistique favorisant l'achat de licence à rabais par ses plus fidèles comparses que comme un organisme de réglementation qui aborde avec détachement les problèmes qui lui sont soumis.
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  • Gérard Lépine - Abonné
    15 juin 2007 11 h 00
    quoi de neuf?
    La même chose s'est produite à plusieurs reprises dans l'aéronautique, notamment avec Air Gaspé et/ou Northern Wings, qui ont eu leurs licenses de vol suspendues pour raisons de sécurité et qui l'ont vendue à Québecair ou autre, tout en continuant d'exploiter les mêmes appareils avec les mêmes pilotes dans les mêmes conditions. Time and time again!
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