Médias - Grand ou petit écran, faites votre choix
Radio-Canada a lancé une nouvelle «plate-forme audiovidéo» sur son site Internet jeudi dernier. Mais alors que vous pourrez maintenant voir L'Épicerie ou La Semaine verte, pas question encore de télécharger les épisodes de Rumeurs.
La raison, tout le monde la connaît: il n'y a pas d'entente sur les droits à payer aux artisans d'une émission lors de la diffusion sur Internet.
Ce n'est pas un problème spécifique au Québec. Ainsi, au Canada anglais, les négociations piétinent entre les joueurs canadiens et américains pour permettre le téléchargement d'émissions américaines sur les sites de CTV ou de Global. Le Globe and Mail racontait récemment que les entreprises américaines veulent obtenir le maximum d'argent pour leurs émissions qui seraient diffusées sur Internet, alors que les réseaux canadiens sont incapables de garantir des revenus suffisants avec la publicité vendue sur les sites.
Mais le fait de regarder des émissions sur Internet, ou de télécharger des émissions sur Internet, est-ce vraiment la voie de l'avenir?
Aux États-Unis, où l'on peut de plus en plus télécharger des émissions populaires, ce n'est pas encore le pactole. Selon une étude américaine récente, l'audience moyenne des émissions sur Internet, par exemple des titres comme The Office ou CSI: Miami, représente 6 % de leur audience télévisuelle classique.
Chez nous, le Groupe Nordicité, une firme de stratégie-conseil qui travaille souvent avec l'industrie de la télévision, vient de produire un rapport sur l'avenir de la télévision au pays, en prévision du Festival de Banff, le grand festival annuel de télévision qui commence aujourd'hui dans les Rocheuses.
Ce rapport soutient que la télévision traditionnelle ne disparaîtra pas. Elle devra vivre côte à côte avec Internet. Ça, c'est un changement de discours, alors que plusieurs chercheurs prédisent plutôt la mort de la télé traditionnelle à moyen terme.
Le rapport affirme qu'Internet est une façon beaucoup trop coûteuse de distribuer la télévision, surtout au moment où elle prend le virage haute définition. La distribution par satellite et par câble demeurera dominante, affirme Nordicité.
Le rapport fait également valoir que, dans les prochaines années, la télévision traditionnelle demeurera imbattable pour les événements en direct, par exemple les événements sportifs, mais qu'Internet développera de plus en plus une approche ciblée pour des émissions «de niche».
Un des problèmes actuel d'Internet est celui de la mesure.
Sur la plate-forme de Radio-Canada, par exemple, combien de personnes exactement écouteront L'Épicerie en temps réel, en même temps que sa diffusion à la télévision, ou en différé sur leur ordinateur? Et comment en tenir compte dans l'écoute réelle de l'émission? «Il faudra à terme évoluer vers une unité de mesure unifiée», faisait valoir cette semaine Sylvain Lafrance, vice-président aux services français de Radio-Canada. Et éventuellement additionner le public internaute au public télévisuel pour un titre en particulier. Mais comme la diffusion de cette émission sur Internet n'inclut pas les publicités diffusées à la télévision, il y a moins d'intérêt commercial à en tenir compte.
Il reste que le déplacement du public vers Internet est réel, ce qui doit sûrement avoir une influence sur l'écoute de la télévision.
À ce sujet, l'exemple des informations télévisées est intéressant. On sait que de plus en plus de consommateurs s'informent ici et là sur les nombreux sites Internet. En même temps, on remarque une certaine baisse d'écoute des informations télévisées.
À la demande du Devoir, le service de recherche de Radio-Canada a compilé les données d'écoute de quelques téléjournaux de soirée. En 2004-2005, le Téléjournal 18 h de la SRC attirait 308 000 téléspectateurs. L'année suivante, 298 000. Et en 2006-2007, 257 000 (la moyenne est calculée de l'automne jusqu'au mois d'avril). Le 22 h, lui, a respectivement attiré 367 000, 352 000 et 286 000 sur la même période.
Voici les mêmes chiffres pour le TVA 18 h: 849 000, 893 000 et 779 000. En ce qui concerne le TVA 22 h: 694 000, 553 000 et 538 000. On remarque également une baisse au Grand Journal de 22 h de TQS.
Soyons prudents: il peut y avoir des dizaines de raisons pour expliquer le phénomène, et certaines modifications aux méthodes de calcul de la firme BBM pourraient même influer sur le résultat, selon Radio-Canada.
Mais l'écoute des téléjournaux n'augmente pas, ça c'est clair. Et on peut émettre l'hypothèse qu'une partie de la baisse est attribuable au déplacement vers Internet, comme si plusieurs citoyens prenaient l'habitude de trouver de l'information tout au long de la journée sur Internet, sentant moins le besoin d'un grand rendez-vous télé de fin de soirée.
Les grands réseaux américains, eux, s'arrachent les cheveux depuis plusieurs années en constatant une réelle baisse d'écoute des informations télévisées de fin de soirée.
La télévision a donc encore à vivre avec la contradiction suivante: une baisse d'écoute des émissions, et donc une baisse des revenus, et des revenus pas encore assez élevés sur Internet pour combler cette baisse.
***
pcauchon@ledevoir.com
La raison, tout le monde la connaît: il n'y a pas d'entente sur les droits à payer aux artisans d'une émission lors de la diffusion sur Internet.
Ce n'est pas un problème spécifique au Québec. Ainsi, au Canada anglais, les négociations piétinent entre les joueurs canadiens et américains pour permettre le téléchargement d'émissions américaines sur les sites de CTV ou de Global. Le Globe and Mail racontait récemment que les entreprises américaines veulent obtenir le maximum d'argent pour leurs émissions qui seraient diffusées sur Internet, alors que les réseaux canadiens sont incapables de garantir des revenus suffisants avec la publicité vendue sur les sites.
Mais le fait de regarder des émissions sur Internet, ou de télécharger des émissions sur Internet, est-ce vraiment la voie de l'avenir?
Aux États-Unis, où l'on peut de plus en plus télécharger des émissions populaires, ce n'est pas encore le pactole. Selon une étude américaine récente, l'audience moyenne des émissions sur Internet, par exemple des titres comme The Office ou CSI: Miami, représente 6 % de leur audience télévisuelle classique.
Chez nous, le Groupe Nordicité, une firme de stratégie-conseil qui travaille souvent avec l'industrie de la télévision, vient de produire un rapport sur l'avenir de la télévision au pays, en prévision du Festival de Banff, le grand festival annuel de télévision qui commence aujourd'hui dans les Rocheuses.
Ce rapport soutient que la télévision traditionnelle ne disparaîtra pas. Elle devra vivre côte à côte avec Internet. Ça, c'est un changement de discours, alors que plusieurs chercheurs prédisent plutôt la mort de la télé traditionnelle à moyen terme.
Le rapport affirme qu'Internet est une façon beaucoup trop coûteuse de distribuer la télévision, surtout au moment où elle prend le virage haute définition. La distribution par satellite et par câble demeurera dominante, affirme Nordicité.
Le rapport fait également valoir que, dans les prochaines années, la télévision traditionnelle demeurera imbattable pour les événements en direct, par exemple les événements sportifs, mais qu'Internet développera de plus en plus une approche ciblée pour des émissions «de niche».
Un des problèmes actuel d'Internet est celui de la mesure.
Sur la plate-forme de Radio-Canada, par exemple, combien de personnes exactement écouteront L'Épicerie en temps réel, en même temps que sa diffusion à la télévision, ou en différé sur leur ordinateur? Et comment en tenir compte dans l'écoute réelle de l'émission? «Il faudra à terme évoluer vers une unité de mesure unifiée», faisait valoir cette semaine Sylvain Lafrance, vice-président aux services français de Radio-Canada. Et éventuellement additionner le public internaute au public télévisuel pour un titre en particulier. Mais comme la diffusion de cette émission sur Internet n'inclut pas les publicités diffusées à la télévision, il y a moins d'intérêt commercial à en tenir compte.
Il reste que le déplacement du public vers Internet est réel, ce qui doit sûrement avoir une influence sur l'écoute de la télévision.
À ce sujet, l'exemple des informations télévisées est intéressant. On sait que de plus en plus de consommateurs s'informent ici et là sur les nombreux sites Internet. En même temps, on remarque une certaine baisse d'écoute des informations télévisées.
À la demande du Devoir, le service de recherche de Radio-Canada a compilé les données d'écoute de quelques téléjournaux de soirée. En 2004-2005, le Téléjournal 18 h de la SRC attirait 308 000 téléspectateurs. L'année suivante, 298 000. Et en 2006-2007, 257 000 (la moyenne est calculée de l'automne jusqu'au mois d'avril). Le 22 h, lui, a respectivement attiré 367 000, 352 000 et 286 000 sur la même période.
Voici les mêmes chiffres pour le TVA 18 h: 849 000, 893 000 et 779 000. En ce qui concerne le TVA 22 h: 694 000, 553 000 et 538 000. On remarque également une baisse au Grand Journal de 22 h de TQS.
Soyons prudents: il peut y avoir des dizaines de raisons pour expliquer le phénomène, et certaines modifications aux méthodes de calcul de la firme BBM pourraient même influer sur le résultat, selon Radio-Canada.
Mais l'écoute des téléjournaux n'augmente pas, ça c'est clair. Et on peut émettre l'hypothèse qu'une partie de la baisse est attribuable au déplacement vers Internet, comme si plusieurs citoyens prenaient l'habitude de trouver de l'information tout au long de la journée sur Internet, sentant moins le besoin d'un grand rendez-vous télé de fin de soirée.
Les grands réseaux américains, eux, s'arrachent les cheveux depuis plusieurs années en constatant une réelle baisse d'écoute des informations télévisées de fin de soirée.
La télévision a donc encore à vivre avec la contradiction suivante: une baisse d'écoute des émissions, et donc une baisse des revenus, et des revenus pas encore assez élevés sur Internet pour combler cette baisse.
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pcauchon@ledevoir.com
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