Télévision - Flash-back sur Back
Les honneurs, le cinéaste Frédéric Back ne doit plus les compter, ni réussir à tous les ranger en un même endroit. Ses films, remarquables, réalisés dans la discrétion et le dépouillement de son atelier à Radio-Canada jusqu'au début des années 1990, ont récolté les plus hautes distinctions, à commencer par deux Oscars, le premier pour Crac! (1981), le second pour L'homme qui plantait des arbres (1987). Mais au-delà de tous ces prix (uniquement pour Crac! on en dénombre plus d'une vingtaine), la plus grande récompense d'un artiste demeure celle de voir son oeuvre vivre dans le coeur du public et inspirer de nouvelles générations de spectateurs.
L'homme qui plantait des arbres, adaptation somptueuse d'un texte de Jean Giono porté par la belle voix grave du regretté Philippe Noiret (et par le non moins imposant Christopher Plummer dans la version anglaise), représente, ironiquement, l'arbre qui cache la forêt Back. Car non seulement sa filmographie est foisonnante, mais le grand dessinateur a aussi conçu des décors, des maquettes ainsi que des verrières, dont celle que peuvent admirer les voyageurs pressés à la station de métro Place-des-Arts, à Montréal.
Mais c'est d'abord au cinéaste d'animation que Radio-Canada a décidé de rendre hommage avec ce Coup de chapeau, présenté dimanche à 20h. Il s'agit d'un survol bien incomplet, un flash-back en quatre tableaux, bien sûr marqué par les préoccupations écologiques du réalisateur. On verra qu'elles ne datent pas d'hier et qu'au fil des décennies, en un triste accord avec la rapide dégradation de l'environnement, le propos et les dessins de Back affichent une teinte plus sombre. Ce qui n'exclut jamais ses sublimes débordements de couleurs.
Le premier film du programme constitue aussi le premier film personnel de Back, à l'emploi du service d'animation de Radio-Canada depuis la fin des années 1960, après un bref passage au service des arts graphiques lors de son ouverture en 1952. Abracadabra (coréalisé par Graeme Ross, 1970) n'affiche pas le même éclat que ses dernières productions, mais dans cette fable où des gamins de toutes origines vont libérer le soleil, emprisonné par un sorcier, la beauté fragile de la nature côtoie la pureté du monde de l'enfance. Des thèmes et des territoires connus pour cet Alsacien d'origine, témoin bien involontaire des horreurs de la Deuxième Guerre mondiale.
Capable de raconter sur un mode accéléré de larges pans de l'histoire, le cinéaste gagne une fois encore ce pari dans
Tout rien (1978). Cette illustration de la conception du monde par un Dieu très perplexe devant la bêtise de son ultime création, l'homme et la femme, rejoint, par son pessimisme, Le Fleuve aux grandes eaux (1993), point final de son oeuvre cinématographique et conclusion de la soirée. Chez Back, la nature se dérègle au contact de la cupidité des hommes, débarquant en masse pour mieux l'asservir.
Alors que le cinéaste a souvent su se passer de la parole pour dire des choses essentielles — nulle voix tonitruante et céleste dans Tout rien... —, il a amorcé, avec L'homme qui plantait des arbres, une incursion du côté des mots, ceux de Jean Giono. Tous les superlatifs ont déjà été utilisés pour décrire ce chef-d'oeuvre d'humanisme. Le fameux slogan «Penser globalement, agir localement» ne pouvait trouver porte-parole plus puissant et plus modeste qu'Elzéard Bouffier, tel qu'animé par Frédéric Back.
Moins alarmiste que Le Fleuve aux grandes eaux, où le militant écologiste prend souvent le pas sur l'artiste, L'homme qui plantait des arbres constitue sans aucun doute le véritable manifeste de cet homme peu bavard mais dont les milliers de dessins ont su éveiller nos consciences. Et réchauffer nos coeurs.
Coup de chapeau à Frédéric Back. Le dimanche 10 juin à 20h à Radio-Canada
L'homme qui plantait des arbres, adaptation somptueuse d'un texte de Jean Giono porté par la belle voix grave du regretté Philippe Noiret (et par le non moins imposant Christopher Plummer dans la version anglaise), représente, ironiquement, l'arbre qui cache la forêt Back. Car non seulement sa filmographie est foisonnante, mais le grand dessinateur a aussi conçu des décors, des maquettes ainsi que des verrières, dont celle que peuvent admirer les voyageurs pressés à la station de métro Place-des-Arts, à Montréal.
Mais c'est d'abord au cinéaste d'animation que Radio-Canada a décidé de rendre hommage avec ce Coup de chapeau, présenté dimanche à 20h. Il s'agit d'un survol bien incomplet, un flash-back en quatre tableaux, bien sûr marqué par les préoccupations écologiques du réalisateur. On verra qu'elles ne datent pas d'hier et qu'au fil des décennies, en un triste accord avec la rapide dégradation de l'environnement, le propos et les dessins de Back affichent une teinte plus sombre. Ce qui n'exclut jamais ses sublimes débordements de couleurs.
Le premier film du programme constitue aussi le premier film personnel de Back, à l'emploi du service d'animation de Radio-Canada depuis la fin des années 1960, après un bref passage au service des arts graphiques lors de son ouverture en 1952. Abracadabra (coréalisé par Graeme Ross, 1970) n'affiche pas le même éclat que ses dernières productions, mais dans cette fable où des gamins de toutes origines vont libérer le soleil, emprisonné par un sorcier, la beauté fragile de la nature côtoie la pureté du monde de l'enfance. Des thèmes et des territoires connus pour cet Alsacien d'origine, témoin bien involontaire des horreurs de la Deuxième Guerre mondiale.
Capable de raconter sur un mode accéléré de larges pans de l'histoire, le cinéaste gagne une fois encore ce pari dans
Tout rien (1978). Cette illustration de la conception du monde par un Dieu très perplexe devant la bêtise de son ultime création, l'homme et la femme, rejoint, par son pessimisme, Le Fleuve aux grandes eaux (1993), point final de son oeuvre cinématographique et conclusion de la soirée. Chez Back, la nature se dérègle au contact de la cupidité des hommes, débarquant en masse pour mieux l'asservir.
Alors que le cinéaste a souvent su se passer de la parole pour dire des choses essentielles — nulle voix tonitruante et céleste dans Tout rien... —, il a amorcé, avec L'homme qui plantait des arbres, une incursion du côté des mots, ceux de Jean Giono. Tous les superlatifs ont déjà été utilisés pour décrire ce chef-d'oeuvre d'humanisme. Le fameux slogan «Penser globalement, agir localement» ne pouvait trouver porte-parole plus puissant et plus modeste qu'Elzéard Bouffier, tel qu'animé par Frédéric Back.
Moins alarmiste que Le Fleuve aux grandes eaux, où le militant écologiste prend souvent le pas sur l'artiste, L'homme qui plantait des arbres constitue sans aucun doute le véritable manifeste de cet homme peu bavard mais dont les milliers de dessins ont su éveiller nos consciences. Et réchauffer nos coeurs.
Coup de chapeau à Frédéric Back. Le dimanche 10 juin à 20h à Radio-Canada
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