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Médias - Réalité extrême

Paul Cauchon   4 juin 2007  Médias
Trois millions de Québécois sont accros à Vivre au max. Vous ne connaissez pas Vivre au max? C'est l'ultime émission de téléréalité, produite et animée par Max Lavoie. Le principe de l'émission: réaliser ses rêves les plus fous.

Parmi les participants aux récentes émissions, un homme avait toujours rêvé de conduire une Formule 1 dans les rues de Montréal. Max Lavoie lui a permis de réaliser son rêve. Une femme avait toujours rêvé d'humilier publiquement son patron. C'est chose faite. Un couple avait toujours rêvé de baiser en direct à la télé. Voilà, c'est fait.

Évidemment, il faut déplorer qu'un homme soit mort sur le plateau de télé. Mais comme le dit Max Lavoie, dans le mot téléréalité il y a «réalité», et «dans la réalité, il y a la mort, absurde et imprévisible».

Ne soyez pas trop perdus si Max Lavoie et Vivre au max ne vous disent rien. Car il s'agit d'une invention de Patrick Sénécal, l'auteur québécois à succès dont le dernier titre, Le Vide, paru à la fin de l'hiver chez Alire, fait sensation. Près de 650 pages que l'on a peine à lâcher, malgré certaines scènes qui peuvent lever le coeur.

Dans le roman, le Max Lavoie en question est un ancien dirigeant d'une grande compagnie qui voulait rendre la conduite des affaires «plus humaine» et qui, très déçu de ses contemporains, abandonne son poste de p.-d.g. pour mettre son immense fortune au service de cette nouvelle émission, en donnant aux gens ce qu'ils désirent vraiment. Les éditorialistes se déchaînent contre lui, les plaintes pleuvent chez le télédifuseur, le CRTC veut l'interdire... mais l'émission bat tous les records d'écoute.

Ne dévoilons pas la chute de ce roman dangereusement troublant, mais si vous connaissez le style de Sénécal, vous vous doutez bien que l'émission donnera lieu à des débordements sanglants.

Coïncidence, j'avais terminé Le Vide depuis peu lorsque la chaîne publique BNN des Pays-Bas annonçait la semaine dernière qu'elle mettait à l'antenne Le Grand Show du donneur, une nouvelle télé-réalité qui devait permettre à une femme de 37 ans, atteinte d'une maladie incurable, de choisir parmi trois personnes en attente d'une greffe celle qui bénéficiera d'un de ses reins.

L'annonce avait évidemment soulevé une énorme controverse. Mais, vendredi, on apprenait que l'existence de cette émission était un canular: les organisateurs voulaient pousser le gouvernement néerlandais à réformer la législation sur le don d'organes.

Ce qui est fascinant dans cette histoire, c'est que, malgré les indignations, tout le monde y a cru. Parce que l'on est habitués à voir la téléréalité reculer les limites de l'éthique et de l'acceptable. Si des émissions peuvent mettre en vedette de pauvres obèses qui pleurent de joie lorsqu'ils perdent 12 livres, si l'on peut se faire refaire la moitié du corps devant les caméras dans Makeover Extreme, l'on ne s'étonnait pas que le don d'organes fasse l'objet d'une téléréalité.

On remarquera, en passant, que les producteurs des émissions de téléréalité aient toujours une justification. Toujours. Dans le cas d'Occupation double, c'est supposé être un soap romantique qui fait rêver. Dans le cas de Loft Story, un laboratoire d'observation sociale. Dans le cas de Facteur de risques, le dépassement de ses limites.

Aucun producteur ne déclarera brutalement que son émission exploite essentiellement le maximum de voyeurisme pour ramasser le maximum d'écoute, en utilisant le corps, les émotions et les sentiments comme marchandises.

Le thème central du roman Le Vide c'est la sensation de vide, justement, la banalité de l'existence, le besoin de sensations fortes pour combler un manque. Sénécal met d'ailleurs en opposition l'image de réussite sociale véhiculée par les médias et la plate réalité quotidienne. La téléréalité devient donc une sorte de symbole du vide absolu de nos sociétés de consommation sans repères. Dans une entrevue, Sénécal avait même qualifié la téléréalité «d'une certaine forme de décadence sociale, une forme de suicide collectif sociétal». Mais c'est aussi l'ensemble de la télévision qui est fustigée, alors que les personnages du roman sont souvent rivés au petit écran pour, tout simplement, éviter de réfléchir à leur propre vie.

Dans une entrevue qu'il avait accordée à La Presse fin février, Sénécal faisait de la dignité un enjeu, cette dignité qui semble inexistante aujourd'hui quand on voit des centaines de participants aux émissions les plus diverses tout faire pour se faire remarquer, ou applaudir béatement aux animateurs de foule. «Où est la dignité quand tu acceptes d'aller manger des vers de terre par pelletées? disait-il. Quand tu acceptes de te faire filmer 24 heures sur 24, en train de te frotter sur tout le monde et de comploter dans le dos des autres participants? [...] Au fond, ces gens nous crient "Remarquez-moi! Je vis, vous voyez bien? Je vis, mais je m'ennuie!"».

Des paroles à méditer lors de la prochaine saison télévisuelle, où nous aurons droit au retour d'Occupation double, de Loft Story, et aux hystériques participants du Banquier qui se rouleront par terre, littéralement, pour qu'on les remarque.

***

pcauchon@ledevoir.com
 
 
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  • Pierre Castonguay - Inscrit
    4 juin 2007 09 h 18
    La sensation de vide part aussi du blocage politico-social actuel
    Nos institutions sociales, nos institutions politiques offrent une telle fermetuyre aux autres, à la nouveauté et à la différence que certains citoyens, pour se donner l'impression de vivre s'adonnent à la réalité extrême.
    En voici un exemple parmi tant d'autres :

    Je reçois une lettre de convocation pour la réunion du bloc Québécois dans laquelle on spécifie que l'on m'invite à venir voter
    pour les candidats à l'exécutif du comté.
    La lettre spécifie que je peux aussi soumettre ma candidature à l'exécutif si j'ai l'appui de cinq membres. Comme cette lettre ne me laisse que moins de dix jours ouvrables avant la réunion et que je dois contacter les instances provinciales pour les aviser 4 jours avant la réunion je décide d'aller voir mon ex candidat péquiste car la base militante PQ et Bloc est la même, comme dans le cas du PLC et du PLQ.
    Je me sens à l'aise d'y aller car j'ai appuyé ce candidat aux dernières élections:
    - J'ai été signataire à deux occasions pour lui

    - J'ai pris sa part et fait en sorte que des observateurs viennent lors de son investiture car on tentait de présenter un candidat imposé de Montréal
    - Je suis allé voter pour lui à sa réunion d'investiture
    - J'ai donné 12 heures de travail à son local pour faire des appels le jour de l'élection.

    Je lui demande, pourriez-vous me fournir le nom de cinq personnes à qui je pourrais me présenter pour avoir cinq signataires afin de présenter ma candidature à l'exécutif du bloc de mon comté. Il ne peut pas:
    1) Il dit ne pas connaître 5 militants du bloc puisque notre comté PQ n'est pas le même que celui du bloc

    2) Comme j'insiste un peu, il me dit qu'il connaîtrait peut être des gens mais qu'il est à l'extérieur toute la semaine3) Il me dit de me présenter à la réunion du bloc et de faire signer cinq personnes sur place avant la fin de la réunion
    4) Pendant tout ce temps, son épouse qui était aussi sa chef de cabinet à l'époque m'urge à partir cellulaire en main arguant que son mari (qui est à la retraite), doit retourner un appel pour le travail et qu'il n'a pas le temps de poursuivre sa conversation avec moi
    5) Je lui demande son numéro de téléphone. On me griffone ce dernier au dos d'une carte d'affaires BDI Canada INC. ISO 9001, 2000

    Pensez-vous que je vais redonner du temps pour ce candidat si jamais il se représente un jour. Take a wild guess...

    Je vous rappelle que mon désir est de présenter ma candidature à l'exécutif pour être bénévole et que je veux avoir l'opportunité de faire un discours sur la base duquel des gens pourraient m'élire ou non démocratiquement.

    J'appelle donc au numéro de téléphone sur la convocation à la réunion. J'apprend que c'est celui du bureau de comté du député bloquiste Robert Carrier lorsque l'on me répond. Je parle avec sa secrétaire et je lui explique qu'étant donné que j'ai 6 jours ouvrables en poche seulement, je désire avoir le nom de cinq membres auxquels je pourrais me présenter pour obtenir une signature afin de pouvoir offrir ma candidature. On m'explique que M. Carrier n'est pas disponible. On va lui référer ma demande. On me rappelle pour me dire que c'est la présidente de mon comté qui va me rappeler. Je reçois donc l'appel de la présidente du comté. Elle m'explique très cordialement que:
    - Il est contre le règlement que M. Carrier me donne le nom de cinq militants


    - Il est contre le règlement que j'obtienne le nom de cinq personnes de sa part à elle
    - Il est impossible que je fasse signer cinq personnes à la réunion de comté en me présentant aux gens à la porte puisque ces cinq noms doivent parvenir à l'instance provinciale 4 jours avant la réunion donc cela inclus un ajout de 2 jours postaux.
    - Elle me dit de me présenter à la réunion car cela lui ferait plaisir de me rencontrer
    - Elle me dit que je dois activement militer pendant un an et que des activités de levée de fonds sont prévus
    - Elle me donne son numéro de téléphone

    Je suis un vieux militant de cinquante ans. Je sais comme tout le monde que l'on donne des investitures de députés à des célébrités du monde des médias, de la communication ou des affaires et que l'on fait en sorte de leur fournir des signataires derechef pour des postes ou ces derniers ne seront pas bénévoles mais bénéficiaires de conditions monétaires dépassant 100000.00$ en subvention de l'État.

    Alors vous croyez que je vais voter pour M. Carrier aux prochaines élections...Sincèrement... Allez, ne riez pas...répondez-moi sincèrement. Take another wild guess.

    La démocratie et la volonté de favoriser les citoyens qui veulent renouveler l'option souverainiste au sein des troupes est assez floue pour que seuls les amis du système aient encore accès aux mécanismes internes des partis souverainistes.

    Si vous êtes un amis de l'establishment du parti, on assouplira les règles afin de vous favoriser. Par compte, si vous êtes un citoyen ordinaire, vous pouvez danser sur votre tête même si votre but est uniquement de soumettre votre candidature pour faire un discours afin de briguer une candidature à un petit poste bénévole de devenir membre d'un exécutif local.

    Vous vous demandez pourquoi plusieurs péquistes et bloquiste. ont l'impression que rien ne bouge dans le camp souverainiste. Vous vous demandez pourquoi nos politiciens sont vus comme des opportunistes qui ne veulent rien vous rendre en retour de l'appui que vous leurs accordez....

    C'est qu'ils filtrent les indésirables à la base: c'est-à-dire ceux qui ne pensent pas tout programmé d'avance comme eux.

    Je vous rappelle que tout ce que je voulais, c'était de me présenter afin que je puisse faire un discours qui aurait mené à mon élection ou mon refus à un des postes bénévoles d'un exécutif local.

    Il va faire beau avant que je me présente à nouveau dans un tel contexte.

    Je dédie à l'establishment souverainiste cette chanson d'Hugues Aufray:

    Quand je t'ai connu j'avais toujours faim
    Je chantais dans les rues pour un peu de pain
    Aujourd'hui je peux dans les grands restaurants
    T'amener si tu veux mais je n'ai pas le temps

    REFRAIN:
    Quand on a les dents, on n'a pas le pain
    Oui mais quand on a le pain, on n'a pas les dents
    Quand on a le temps, on n'a pas l'argent
    Oui mais quand on a l'argent, on n'a pas le temps

    Quand je t'ai connu je vivais là-haut
    Dans une chambre nue où y'avait pas l'eau
    Maintenant on a un grand appartement
    Mais je ne suis jamais là car je n'ai pas le temps

    Quand je t'ai connu au temps des privations
    J'aurais bien voulu t'offrir la télévision

    Nous l'avons depuis mais je ne la vois pas
    Car c'est moi qui suis devant la caméra

    Pierre Castonguay
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  • Normand Chaput - Abonné
    4 juin 2007 11 h 17
    pourtant j aimais Aurore l enfant martir
    c est quoi la difference entre ce film et la telerealite? J aimais bien aussi la guerre au Vietnam et au Cambodge ou on voyait des petits chinois courir comme des malades sous les balles (amies) des americains. Mais ils n etaient pas payes eux pour passer a la tv et peut-etre meme qu ils n y tenaient pas tant que ca. La telerealite est encore moins reelle que la realite parce que c est de la tele qui met en scene du monde ordinaire donc vides puisqu il n y a pas de scenario.
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