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Télévision - Que le meilleur gagne?

André Lavoie   17 février 2007  Médias
À défaut d'être un cru exceptionnel, le cinéma québécois, du moins dans sa version 2006, a quelque peu retrouvé sa modestie d'antan. Même si le grand public répond encore à l'appel, il se fait plus sélectif (boudant avec raison Duo et Cheech) ou adopte un comportement grégaire comme à la belle époque de Valérie (célébrant la dualité canadienne avec Bon cop, bad cop, d'Érik Canuel).

Animée pour une seconde année par Normand Brathwaite, depuis si longtemps animateur derrière tous les micros qu'on en oublie qu'il était acteur (et rêverait de le redevenir), la Soirée des Jutra sera un reflet de cette année mi-figue mi-raisin. Certains cherchent encore des oeuvres rassembleuses comme C.R.A.Z.Y., rare film faisant l'unanimité tant auprès de la critique qu'auprès du public, ou La Neuvaine, dont le succès, toutes proportions gardées, était aussi réjouissant que pour le film de Jean-Marc Vallée. Si Patrick Huard et Colm Feore n'avaient pas cassé la baraque (et quelques gueules) avec Bon cop, bad cop, les mines seraient encore plus moroses, ou faussement enthousiastes, à l'entrée du Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts. Et les artisans de cette comédie policière retiendront leur souffle, débarquant avec leurs 12 nominations. Après leur curieux triomphe aux Génie mardi dernier — ne remportant presque rien sauf le prix du meilleur film... —, tous les espoirs (?) sont permis.

Que Bon cop, bad cop se hisse au sommet du box-office (neuf millions de dollars) n'était guère étonnant; qu'il figure parmi les finalistes pour les statuettes les plus convoitées a toutefois de quoi surprendre. Cette présence, incongrue, révèle peut-être les choix pas toujours judicieux des votants (les membres des diverses associations professionnelles qui composent l'industrie du cinéma, 7000 au total, mais qui ne se prévalent pas tous de leur droit de vote: environ 1700 l'ont fait l'an dernier), mais aussi la faiblesse de l'ensemble des films de la dernière année. Quand mes collègues rêvent à voix haute du retour de Denys Arcand (L'Âge des ténèbres) ou de celui de Bernard Émond (Contre toute espérance), cela constitue un signe parmi d'autres que les déceptions se sont accumulées au fil des mois...

Bien sûr, les ratages ne furent pas tous aussi spectaculaires que ceux de Duo et de Cheech, mais nombreux étaient ceux qui espéraient beaucoup d'Un dimanche à Kigali, de Robert Favreau (également 12 nominations) ou encore de Guide de la petite vengeance, du tandem Jean-François Pouliot et Ken Scott. Ni l'adaptation du roman de Gil Courtemanche ni le film noir plutôt beige des créateurs de La Grande Séduction n'a soulevé de grandes passions.

À quoi assisterons-nous dimanche soir? Peut-être à un savant saupoudrage où pourrait bien se démarquer Congorama, de Philippe Falardeau, ce qui ne serait que justice. C'est, et de loin, le meilleur film québécois de l'année, mais la chose fut un secret bien gardé, malgré l'enthousiasme de la critique. Le réalisateur de La Moitié gauche du frigo ne peut rêver d'un balayage, mais avec ses six nominations (dont celles du meilleur film, du meilleur scénario et du/des meilleur(s) acteur(s)... ), il peut tirer son épingle du jeu.

Entre les temps forts et les moments creux — si vous lisez ces lignes, distingués nommés, faites honneur à votre profession mais aussi à la langue française lors de votre discours de remerciements —, la remise du Jutra-hommage au comédien et ancien président de l'Union des artistes Pierre Curzi ne relèvera pas de la futilité. Sa présence constante sur les écrans, ses rôles marquants et son engagement indéfectible pour les conditions de travail des créateurs et en faveur de la diversité culturelle donnent toute la mesure de l'homme. Depuis peu happé par la politique provinciale et une campagne électorale déjà amorcée mais jamais nommée, Pierre Curzi savourera sûrement cette accolade de ses pairs, méritée. Tous les gagnants éprouveront-ils le même sentiment de satisfaction? C'est sans doute là le véritable suspense de cette soirée.

La 9e Soirée des Jutra, dimanche 18 février à 19h30 à Radio-Canada. Le gala sera précédé de deux émissions spéciales diffusées à Artv: La Fièvre des Jutra à 18h et Tapis rouge pour les Jutra à 18h30. Après le gala, toujours à Artv, sera présentée une édition spéciale de Viens voir les comédiens animée par René Homier-Roy.
 
 
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