Il est temps de rentrer
Le conflit de travail qui perturbe Radio-Canada depuis huit semaines a franchi hier une étape aussi dramatique que cruciale avec le rejet par trois voix de l'offre patronale et avec le refus subséquent de la direction de reprendre les discussions. Si elles ont vraiment à coeur l'avenir du service public qu'elles prétendent défendre, l'une et l'autre parties doivent tenter un ultime effort pour aboutir à un règlement.
Le 23 mars dernier, 1400 syndiqués de la Société Radio-Canada (SRC) déclenchaient une grève de 24 heures à laquelle l'employeur répliquait, au grand étonnement de tous, par un lock-out qui dure encore. Après un début tout en lenteur, des progrès furent enregistrés à la table de négociation. Mais dans la rue, les syndiqués devenaient chaque jour un peu plus en colère. Interloqués dans un premier temps par la stratégie sans compromis de leur patron, les employés — journalistes, recherchistes, annonceurs, assistants à la production et à la réalisation — en sont progressivement venus à exprimer ouvertement leur désarroi devant un service public qu'ils ne reconnaissent plus et qui, disent-ils, ne joue plus son rôle.
Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si la précarité d'emploi se trouve au centre du conflit. Même si elle a toujours existé à Radio-Canada, elle a pris de l'ampleur au cours des dernières années, à mesure que s'imposait la gestion par projet découlant de la privatisation d'une grande partie de la production. S'ensuivit une fragilisation de la culture radio-canadienne qui n'est pas sans lien avec l'insatisfaction généralisée, aujourd'hui palpable parmi les lock-outés.
Le questionnement est profond et il ne fait aucun doute qu'un débat doit s'ouvrir sur l'avenir de la SRC, dans un contexte de privatisation de la production et, ne l'oublions pas, d'auditoire en déclin. Le dernier sondage de la maison BBM sur les habitudes d'écoute à la télévision, effectué entre les 6 et 12 mai, confirme l'érosion de l'écoute télévisuelle en accordant seulement 12 % de parts de marché à Radio-Canada.
Mais ces interrogations ne trouveront pas leur réponse pendant le présent conflit. La direction de Radio-Canada a fait un bout de chemin, notamment en se disant prête à accorder la permanence à 132 employés du secteur de l'information. Le syndicat aurait voulu qu'on étende cette ouverture au secteur de la télévision générale ainsi qu'à la radio. L'objectif est louable et serait réalisable dans plusieurs cas, encore que les émissions d'information étant produites sur place, il est plus évident d'accorder la permanence aux employés qui y sont attachés.
Cependant, dans le contexte actuel, le Syndicat des communications de Radio-Canada ne peut raisonnablement s'attendre à obtenir beaucoup plus que ce qui est contenu dans l'offre «finale» de la direction. Le résultat du vote — 49,4 % en faveur des offres et 49,7 % contre — trahit le désarroi syndical et n'engendre aucune nouvelle pression sur la direction. De plus, n'oublions pas que les dirigeants syndicaux avaient eux-mêmes recommandé l'acceptation de l'offre patronale. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils l'ont mollement défendue, presque à contrecoeur. Le résultat du vote reflète cette indécision.
Il faudra un jour faire le bilan des stratégies syndicale et patronale privilégiées au cours des dernières semaines et les réunir sous le titre «Ce qu'il ne faut pas faire dans une situation de conflit». Hier, la direction de la SRC à Montréal — car le président Robert Rabinovitch a gardé pendant tout ce conflit un incompréhensible silence, donnant ainsi la désagréable impression qu'il se soucie du secteur français comme de sa dernière chemise — a fermé la porte à toute reprise des pourparlers. Ce comportement s'explique. Mais, plutôt que de succomber au plaisir de laisser pâtir le syndicat, la direction a la responsabilité de rencontrer à nouveau ses vis-à-vis. Quant au syndicat, il lui revient de convaincre ses membres qu'il est temps de rentrer au travail. Déjà, Radio-Canada mettra de longs mois à se relever du conflit. La boîte ne peut se permettre davantage. De plus, le public a droit à sa télé et à sa radio. A-t-il une importance quelconque, ce public silencieux et patient?
Paule des Rivières
Le 23 mars dernier, 1400 syndiqués de la Société Radio-Canada (SRC) déclenchaient une grève de 24 heures à laquelle l'employeur répliquait, au grand étonnement de tous, par un lock-out qui dure encore. Après un début tout en lenteur, des progrès furent enregistrés à la table de négociation. Mais dans la rue, les syndiqués devenaient chaque jour un peu plus en colère. Interloqués dans un premier temps par la stratégie sans compromis de leur patron, les employés — journalistes, recherchistes, annonceurs, assistants à la production et à la réalisation — en sont progressivement venus à exprimer ouvertement leur désarroi devant un service public qu'ils ne reconnaissent plus et qui, disent-ils, ne joue plus son rôle.
Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si la précarité d'emploi se trouve au centre du conflit. Même si elle a toujours existé à Radio-Canada, elle a pris de l'ampleur au cours des dernières années, à mesure que s'imposait la gestion par projet découlant de la privatisation d'une grande partie de la production. S'ensuivit une fragilisation de la culture radio-canadienne qui n'est pas sans lien avec l'insatisfaction généralisée, aujourd'hui palpable parmi les lock-outés.
Le questionnement est profond et il ne fait aucun doute qu'un débat doit s'ouvrir sur l'avenir de la SRC, dans un contexte de privatisation de la production et, ne l'oublions pas, d'auditoire en déclin. Le dernier sondage de la maison BBM sur les habitudes d'écoute à la télévision, effectué entre les 6 et 12 mai, confirme l'érosion de l'écoute télévisuelle en accordant seulement 12 % de parts de marché à Radio-Canada.
Mais ces interrogations ne trouveront pas leur réponse pendant le présent conflit. La direction de Radio-Canada a fait un bout de chemin, notamment en se disant prête à accorder la permanence à 132 employés du secteur de l'information. Le syndicat aurait voulu qu'on étende cette ouverture au secteur de la télévision générale ainsi qu'à la radio. L'objectif est louable et serait réalisable dans plusieurs cas, encore que les émissions d'information étant produites sur place, il est plus évident d'accorder la permanence aux employés qui y sont attachés.
Cependant, dans le contexte actuel, le Syndicat des communications de Radio-Canada ne peut raisonnablement s'attendre à obtenir beaucoup plus que ce qui est contenu dans l'offre «finale» de la direction. Le résultat du vote — 49,4 % en faveur des offres et 49,7 % contre — trahit le désarroi syndical et n'engendre aucune nouvelle pression sur la direction. De plus, n'oublions pas que les dirigeants syndicaux avaient eux-mêmes recommandé l'acceptation de l'offre patronale. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils l'ont mollement défendue, presque à contrecoeur. Le résultat du vote reflète cette indécision.
Il faudra un jour faire le bilan des stratégies syndicale et patronale privilégiées au cours des dernières semaines et les réunir sous le titre «Ce qu'il ne faut pas faire dans une situation de conflit». Hier, la direction de la SRC à Montréal — car le président Robert Rabinovitch a gardé pendant tout ce conflit un incompréhensible silence, donnant ainsi la désagréable impression qu'il se soucie du secteur français comme de sa dernière chemise — a fermé la porte à toute reprise des pourparlers. Ce comportement s'explique. Mais, plutôt que de succomber au plaisir de laisser pâtir le syndicat, la direction a la responsabilité de rencontrer à nouveau ses vis-à-vis. Quant au syndicat, il lui revient de convaincre ses membres qu'il est temps de rentrer au travail. Déjà, Radio-Canada mettra de longs mois à se relever du conflit. La boîte ne peut se permettre davantage. De plus, le public a droit à sa télé et à sa radio. A-t-il une importance quelconque, ce public silencieux et patient?
Paule des Rivières
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