Bazzo: Déjà l'automne
18 mai 2002
Médias
Dans quelques semaines ce sera l'automne.
En tous cas, si on se fie à la météo du marketing. Vous savez, cette manière qu'ont les grandes chaînes de nous imposer des saisons virtuelles, d'anticiper des désirs même pas formulés et de faire de nous des schizophrènes météorologiques doublés de consommateurs erratiques et stressés. Prenez Costco, champion du marketing anticipatif. Si c'est maillots de bain, c'est février. Les lumières de Noël apparaissent dès la rentrée des classes, les bulbes et les BBQ supersoniques surgissent au plus profond du blizzard et Halloween est prévu pour dans trois semaines.
Bref, y a plus de saisons, et mon Devoir préféré se met lui aussi au calendrier virtuel: le cahier estival arrivera dans quelques semaines. Ceci est donc ma dernière chronique (hivernale). J'en profiterai pour dresser un petit tableau de la bourse des valeurs et tics ambiants.
En baisse: le 11 septembre et ses expressions dérivées. Il y a quelques mois, c'était la cause et la justification de TOUT, de l'alignement de la politique étrangère canadienne sur celle des États-Unis à la fluctuation du taux de fécondité du gnou d'Afrique; l'argument universel asséné avec autorité et un trémolo dans la voix. Les semaines qui ont suivi les attentats, on a recensé jusqu'à 14 TEDOS (Tristes Événements Du Onze Septembre) par bulletin de nouvelles, et une pléthore de «Le monde ne sera plus jamais pareil» ou de «C'est la fin du cynisme» dans les analyses dites sérieuses. Vers la fin janvier, on est passé en mode «post 11 septembre», nettement plus décalé et abstrait. Aujourd'hui, le 11 septembre est du passé, preuve que les médias et notre culture peuvent s'engourdir et avaler même les chocs les plus brutaux.
En hausse: les publicités pour services funéraires à la carte. La mort devient festive et personnalisée. On voit proliférer ces pubs lénifiantes et léchées où des inconnus confient comment ils voudraient être célébrés lors de leur départ. Ça ressemble au croisement psychédélique entre une scène bucolique de film français avec une grande table de banquet en plein air, du vent agitant mollement les saules et des enfants qui courent gaiement, et l'imagerie New Age. J'ai même lu une notice nécrologique qui avait toutes les apparences d'un CV, comme si la défunte n'était pas morte, mais partie postuler pour un poste de cadre supérieur dans l'Au-delà Inc. Il y a dans ce taponnage pseudo personnalisé et ces pubs mortuaires sexy une peur viscérale de la mort.
En hausse également: le tic langagier «BEN LÀ!!!» (prononcez Biiiin lâââââ), surgi il y a plus d'un an, mais au top en ce moment, et qui n'est pas un diminutif de Ben Laden. Ben là! Est la forme atrophiée et défaitiste de «ben là, ça va faire». Contrairement à des expressions populaires révolues comme Wô!, ou Allez hop cascade!, on sent dans Ben là! l'absence d'arguments, les bras baissés, la résignation, voire la défaite devant la réalité hostile. Ben là! est incapable de révolte; il prend acte et s'écrapoutit. Si les expression nous éclairent sur l'époque ou le milieu, celle-là parle de capitulation collective.
En hausse: la victimisation. En Ontario, la victime d'un accident de voiture, qui sortait d'un party de bureau bien arrosé, poursuit son employeur qui payait la sangriaÉ et gagne! Des joueurs compulsifs intentent une action en justice contre Loto-Québec, coupable certes d'infester de vidéo poker le moindre bar et de faire la piasse sur le dos des joueurs, mais qui ne nous oblige pas à aller au Casino. Les fumeurs poursuivent les compagnies de tabac. Des Français au vote erratique se constituent en collectif et soutiennent devant le Conseil constitutionnel avoir été induits en erreur par les maisons de sondage qui donnaient Chirac et Jospin face-à-face au deuxième tour des présidentielles. Une femme qui a été gravement brûlée alors qu'elle fumait en robe de chambre accuse le fabricant de l'assouplissant qui a rendu sa ratine heureuse d'avoir quasi flambé à cause de luiÉ
Ce n'est jamais de notre faute. Nous allons insouciants, aveugles, muets et irresponsables. «Je le savais pas!», «C'est la faute du système!», «Mon assouplissant Brise Printanière a failli me tuer!». Comment espérer transformer quoi que ce soit dans cette société quand, individuellement, nous abdiquons notre responsabilité, notre libre-arbitre, que nous nous plaçons en situation d'éternelles victimes. Y a de quoi songer au suicide.
Pas de pot: le gouvernement fédéral songe à rendre obligatoire l'installation sur les autos de tuyaux d'échappement filtrants antisuicideÉ
Sur ce, ben là, bon été (commencé il y a deux mois en magasin).
En tous cas, si on se fie à la météo du marketing. Vous savez, cette manière qu'ont les grandes chaînes de nous imposer des saisons virtuelles, d'anticiper des désirs même pas formulés et de faire de nous des schizophrènes météorologiques doublés de consommateurs erratiques et stressés. Prenez Costco, champion du marketing anticipatif. Si c'est maillots de bain, c'est février. Les lumières de Noël apparaissent dès la rentrée des classes, les bulbes et les BBQ supersoniques surgissent au plus profond du blizzard et Halloween est prévu pour dans trois semaines.
Bref, y a plus de saisons, et mon Devoir préféré se met lui aussi au calendrier virtuel: le cahier estival arrivera dans quelques semaines. Ceci est donc ma dernière chronique (hivernale). J'en profiterai pour dresser un petit tableau de la bourse des valeurs et tics ambiants.
En baisse: le 11 septembre et ses expressions dérivées. Il y a quelques mois, c'était la cause et la justification de TOUT, de l'alignement de la politique étrangère canadienne sur celle des États-Unis à la fluctuation du taux de fécondité du gnou d'Afrique; l'argument universel asséné avec autorité et un trémolo dans la voix. Les semaines qui ont suivi les attentats, on a recensé jusqu'à 14 TEDOS (Tristes Événements Du Onze Septembre) par bulletin de nouvelles, et une pléthore de «Le monde ne sera plus jamais pareil» ou de «C'est la fin du cynisme» dans les analyses dites sérieuses. Vers la fin janvier, on est passé en mode «post 11 septembre», nettement plus décalé et abstrait. Aujourd'hui, le 11 septembre est du passé, preuve que les médias et notre culture peuvent s'engourdir et avaler même les chocs les plus brutaux.
En hausse: les publicités pour services funéraires à la carte. La mort devient festive et personnalisée. On voit proliférer ces pubs lénifiantes et léchées où des inconnus confient comment ils voudraient être célébrés lors de leur départ. Ça ressemble au croisement psychédélique entre une scène bucolique de film français avec une grande table de banquet en plein air, du vent agitant mollement les saules et des enfants qui courent gaiement, et l'imagerie New Age. J'ai même lu une notice nécrologique qui avait toutes les apparences d'un CV, comme si la défunte n'était pas morte, mais partie postuler pour un poste de cadre supérieur dans l'Au-delà Inc. Il y a dans ce taponnage pseudo personnalisé et ces pubs mortuaires sexy une peur viscérale de la mort.
En hausse également: le tic langagier «BEN LÀ!!!» (prononcez Biiiin lâââââ), surgi il y a plus d'un an, mais au top en ce moment, et qui n'est pas un diminutif de Ben Laden. Ben là! Est la forme atrophiée et défaitiste de «ben là, ça va faire». Contrairement à des expressions populaires révolues comme Wô!, ou Allez hop cascade!, on sent dans Ben là! l'absence d'arguments, les bras baissés, la résignation, voire la défaite devant la réalité hostile. Ben là! est incapable de révolte; il prend acte et s'écrapoutit. Si les expression nous éclairent sur l'époque ou le milieu, celle-là parle de capitulation collective.
En hausse: la victimisation. En Ontario, la victime d'un accident de voiture, qui sortait d'un party de bureau bien arrosé, poursuit son employeur qui payait la sangriaÉ et gagne! Des joueurs compulsifs intentent une action en justice contre Loto-Québec, coupable certes d'infester de vidéo poker le moindre bar et de faire la piasse sur le dos des joueurs, mais qui ne nous oblige pas à aller au Casino. Les fumeurs poursuivent les compagnies de tabac. Des Français au vote erratique se constituent en collectif et soutiennent devant le Conseil constitutionnel avoir été induits en erreur par les maisons de sondage qui donnaient Chirac et Jospin face-à-face au deuxième tour des présidentielles. Une femme qui a été gravement brûlée alors qu'elle fumait en robe de chambre accuse le fabricant de l'assouplissant qui a rendu sa ratine heureuse d'avoir quasi flambé à cause de luiÉ
Ce n'est jamais de notre faute. Nous allons insouciants, aveugles, muets et irresponsables. «Je le savais pas!», «C'est la faute du système!», «Mon assouplissant Brise Printanière a failli me tuer!». Comment espérer transformer quoi que ce soit dans cette société quand, individuellement, nous abdiquons notre responsabilité, notre libre-arbitre, que nous nous plaçons en situation d'éternelles victimes. Y a de quoi songer au suicide.
Pas de pot: le gouvernement fédéral songe à rendre obligatoire l'installation sur les autos de tuyaux d'échappement filtrants antisuicideÉ
Sur ce, ben là, bon été (commencé il y a deux mois en magasin).
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