Médias - France 24, nouveau symbole
La nouvelle chaîne d'information continue France 24 est vraiment le symbole des nouvelles tendances multimédia: lancement original sur le Net, appel aux blogueurs pour se faire connaître, ouverture aux webcams des citoyens, et même des problèmes de droit d'auteur pour les journalistes.
La semaine dernière, France 24 a d'abord créé un engouement en diffusant 24 heures sur Internet avant son entrée en ondes sur le câble et le satellite, ce qui serait une première. Selon ses dirigeants, un demi-million de personnes dans 108 pays se sont connectées sur Internet pendant les premières heures de diffusion. Les trois quarts des connexions provenaient de la France et des pays limitrophes, et 15 % d'Amérique du nord.
Dès sa naissance, la chaîne investit massivement Internet. Un directeur Internet et Nouveaux médias coordonne une équipe de trente personnes, dont quinze «coordonnateurs Internet» qui sont chargés de la «hiérarchisation éditoriale» et de l'animation du site. Un site qui a l'ambition de devenir «le premier véritable site vidéo d'information internationale», selon le directeur Internet Stanislas Leridon.
France 24 prévoit offrir sur son site en vidéo sur demande et en streaming la totalité des vidéos diffusées à l'antenne, et il invite les internautes à lui envoyer leurs images. La chaîne prévoit également offrir des dossiers multimédia et des «chats» (on annonçait vendredi soir une rencontre sur Internet avec le premier ministre libanais, rencontre qualifiée de «talk de Paris», dans le pur style parisien...).
Le lancement de la chaîne s'accompagne d'un autre phénomène caractéristique du nouvel univers multimédia, celui des conflits autour des droits d'auteur.
En effet, les journalistes de France Télévision se sont opposés la semaine dernière à l'attitude de la chaîne, qui reprend leurs reportages. Le syndicat de journalistes estime qu'on viole les droits d'auteur: un article de la convention collective prévoit que l'employeur a le droit de céder à un tiers le droit d'exploitation des reportages, mais il faut obligatoirement en informer le principal intéressé.
Rappelons que France 24 est une chaîne détenue à part égales par TF1, grand groupe privé, et France Télévision, l'entreprise publique qui regroupe les télévisions publiques comme France 2 ou France 3.
France 24 a ses propres équipes mais elle utilise pour environ le tiers de ses reportages les images de ses deux principaux partenaires, ce qui semble causer quelques résistances, sans qu'on sache exactement s'il s'agit plus d'une résistance de principe que d'une question de gros sous. Quoi qu'il en soit, c'est le genre d'enjeu qui se posera de plus en plus dans les grands groupes qui veulent utiliser le matériel journalistique sur plusieurs plate-formes.
Mais France 24 se distingue aussi par son utilisation exceptionnelle des blogueurs. La chaîne a cinq blogues maison sur son site (un blogue économique, un blogue culturel, un blogue signé par la chroniqueuse spécialisée pour l'Europe, et ainsi de suite).
Et la fin de semaine avant son lancement, France 24 avait invité une douzaine de blogueurs connus à visiter les locaux et à faire des entrevues, une autre première. J'ai d'ailleurs vu sur le blogue d'un de ces invités une vidéo où celui-ci se promène avec sa caméra pour rencontrer les journalistes et les dirigeants et pour filmer la salle de rédaction.
Selon Stanislas Leridon, le directeur Internet, France 24 a ainsi voulu «cibler les nouveaux leaders d'opinion» (c'est bien la première fois qu'on voit une grande chaîne qualifier les blogueurs de leaders d'opinion), et reconnaître que «ce sont de véritables relais d'opinion sur le net». De plus, ajoute-t-il, les blogueurs représentent «une nouvelle forme de journalistes: multimédia et interactif. Or, c'est exactement le nouveau modèle de média que France 24 est en train d'inventer avec une seule rédaction multimédia et plurisupports (TV, Internet, Mobile...), interactive et bien sûr internationale et polyglotte!».
Leridon va encore plus loin: il a amorcé un dialogue avec ses invités pour éventuellement créer un réseau mondial de correspondants blogueurs.
Visiblement, les blogueurs invités par France 24 ont beaucoup apprécié l'expérience. Mais compter sur le blogueurs est un exercice risqué, car ils sont très vigilants et critiques. Sur son blogue, le rédacteur en chef du secteur multimédia de la Télé Suisse Romande qualifie de «curieuses» les pratiques qui poussent France 24 à «mélanger savamment le monde de l'information et de la communication».
Car cette visite des blogueurs européens, qui comprenait avion et réception au champagne, a été organisée par BuzzParadise, une «plate-forme internationale de mise en relation entre les marques et les consommateurs avertis». «Information? Promotion? Communication?, se demande ce blogueur. Déjà difficile à identifier dans les médias dits traditionnels, ces frontières deviennent quasiment impossibles à tracer dans les nouveaux espaces du type blog».
Il faudra voir comment se développera le site Internet de la chaîne. Mais certains observateurs se demandent déjà si France 24 n'aurait pas pu tracer encore mieux la voie de l'avenir, en diffusant carrément et entièrement sur Internet.
pcauchon@ledevoir.com
La semaine dernière, France 24 a d'abord créé un engouement en diffusant 24 heures sur Internet avant son entrée en ondes sur le câble et le satellite, ce qui serait une première. Selon ses dirigeants, un demi-million de personnes dans 108 pays se sont connectées sur Internet pendant les premières heures de diffusion. Les trois quarts des connexions provenaient de la France et des pays limitrophes, et 15 % d'Amérique du nord.
Dès sa naissance, la chaîne investit massivement Internet. Un directeur Internet et Nouveaux médias coordonne une équipe de trente personnes, dont quinze «coordonnateurs Internet» qui sont chargés de la «hiérarchisation éditoriale» et de l'animation du site. Un site qui a l'ambition de devenir «le premier véritable site vidéo d'information internationale», selon le directeur Internet Stanislas Leridon.
France 24 prévoit offrir sur son site en vidéo sur demande et en streaming la totalité des vidéos diffusées à l'antenne, et il invite les internautes à lui envoyer leurs images. La chaîne prévoit également offrir des dossiers multimédia et des «chats» (on annonçait vendredi soir une rencontre sur Internet avec le premier ministre libanais, rencontre qualifiée de «talk de Paris», dans le pur style parisien...).
Le lancement de la chaîne s'accompagne d'un autre phénomène caractéristique du nouvel univers multimédia, celui des conflits autour des droits d'auteur.
En effet, les journalistes de France Télévision se sont opposés la semaine dernière à l'attitude de la chaîne, qui reprend leurs reportages. Le syndicat de journalistes estime qu'on viole les droits d'auteur: un article de la convention collective prévoit que l'employeur a le droit de céder à un tiers le droit d'exploitation des reportages, mais il faut obligatoirement en informer le principal intéressé.
Rappelons que France 24 est une chaîne détenue à part égales par TF1, grand groupe privé, et France Télévision, l'entreprise publique qui regroupe les télévisions publiques comme France 2 ou France 3.
France 24 a ses propres équipes mais elle utilise pour environ le tiers de ses reportages les images de ses deux principaux partenaires, ce qui semble causer quelques résistances, sans qu'on sache exactement s'il s'agit plus d'une résistance de principe que d'une question de gros sous. Quoi qu'il en soit, c'est le genre d'enjeu qui se posera de plus en plus dans les grands groupes qui veulent utiliser le matériel journalistique sur plusieurs plate-formes.
Mais France 24 se distingue aussi par son utilisation exceptionnelle des blogueurs. La chaîne a cinq blogues maison sur son site (un blogue économique, un blogue culturel, un blogue signé par la chroniqueuse spécialisée pour l'Europe, et ainsi de suite).
Et la fin de semaine avant son lancement, France 24 avait invité une douzaine de blogueurs connus à visiter les locaux et à faire des entrevues, une autre première. J'ai d'ailleurs vu sur le blogue d'un de ces invités une vidéo où celui-ci se promène avec sa caméra pour rencontrer les journalistes et les dirigeants et pour filmer la salle de rédaction.
Selon Stanislas Leridon, le directeur Internet, France 24 a ainsi voulu «cibler les nouveaux leaders d'opinion» (c'est bien la première fois qu'on voit une grande chaîne qualifier les blogueurs de leaders d'opinion), et reconnaître que «ce sont de véritables relais d'opinion sur le net». De plus, ajoute-t-il, les blogueurs représentent «une nouvelle forme de journalistes: multimédia et interactif. Or, c'est exactement le nouveau modèle de média que France 24 est en train d'inventer avec une seule rédaction multimédia et plurisupports (TV, Internet, Mobile...), interactive et bien sûr internationale et polyglotte!».
Leridon va encore plus loin: il a amorcé un dialogue avec ses invités pour éventuellement créer un réseau mondial de correspondants blogueurs.
Visiblement, les blogueurs invités par France 24 ont beaucoup apprécié l'expérience. Mais compter sur le blogueurs est un exercice risqué, car ils sont très vigilants et critiques. Sur son blogue, le rédacteur en chef du secteur multimédia de la Télé Suisse Romande qualifie de «curieuses» les pratiques qui poussent France 24 à «mélanger savamment le monde de l'information et de la communication».
Car cette visite des blogueurs européens, qui comprenait avion et réception au champagne, a été organisée par BuzzParadise, une «plate-forme internationale de mise en relation entre les marques et les consommateurs avertis». «Information? Promotion? Communication?, se demande ce blogueur. Déjà difficile à identifier dans les médias dits traditionnels, ces frontières deviennent quasiment impossibles à tracer dans les nouveaux espaces du type blog».
Il faudra voir comment se développera le site Internet de la chaîne. Mais certains observateurs se demandent déjà si France 24 n'aurait pas pu tracer encore mieux la voie de l'avenir, en diffusant carrément et entièrement sur Internet.
pcauchon@ledevoir.com
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