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Hébétude

Denise Bombardier   9 décembre 2006  Médias
Pour mémoire, consultons le dictionnaire. Hébétude: «état morbide marqué par une obnubilation des fonctions intellectuelles». N'est-ce pas l'état d'esprit dans lequel nous plonge cette émission dont tout le monde parle, émission phare du service public de télévision où l'on s'enfonce semaine après semaine dans les abysses, jamais atteints apparemment à ce jour, de la dégradation du discours et des attitudes?

Dans quel coin reculé du monde pourrait-on clamer publiquement, ailleurs qu'au Québec, que se faire embrasser par telle invitée se comparerait à la sensation de «fouiller dans les poubelles», comme l'a déclaré celui qu'on désigne du nom de fou du roi dans ladite émission? Où peut-on, ailleurs qu'au pays du Québec, entendre un invité décrire le sexe féminin en des termes si dégoûtants qu'ils trahissent celui qui tient ces propos et ceux qui en rient autour de lui? Comment une jeune femme, par ailleurs talentueuse, intelligente et respectable, peut-elle se prêter à cet exercice d'indécence inouïe de poser aux participants autour de la table la question du bien-fondé de la libération de son père, condamné pour avoir abusé sexuellement de la jeune Nathalie Simard, dont il était l'agent et le protecteur? Faut-il que le climat de grossièreté et de goujaterie soit contagieux pour que la jeune femme se prête à pareille torture morale. «Est-ce que Guy Cloutier est sorti trop vite de prison?», a-t-elle demandé. «Oui», a répondu l'officiant en chef, transformé en invité de sa propre émission pour pouvoir vendre («ploguer», dirait-il) son ancien groupe de comiques ressuscité (autre indécence, on en conviendra), le temps d'un Bye-Bye télévisé qui risque de nous faire entrer en 2007 par la porte de toutes les grossièretés.

Et comme ceci implique cela, il faut s'interroger sur les conséquences de ce climat télévisuel — Loft y compris — sur notre perception de la vie, de la politique, et, lâchons le mot qui déclenche les jappements des gens «ouverts d'esprit», sur notre morale collective, laquelle déteint sur notre moral collectif.

Étonnons-nous, après cela, que le chef du PQ, dans son désir de rejoindre l'électorat des jeunes, se prête à cette niaiserie grossière où il riait, de plus, des deux interlocuteurs privilégiés du Québec dans l'éventualité d'un OUI à un référendum, soit le président des États-Unis et le premier ministre du Canada. Comme nombre de Québécois affalés dans leur fauteuil le dimanche soir, leurs enfants autour d'eux, le chef de l'opposition a trouvé drôle son gag, comme il doit rire lui aussi le dimanche soir. D'ailleurs, comme la quasi-totalité des personnages politiques, il a participé à ladite émission.

Les Québécois se sont scandalisés des propos des Jeff Fillion de ce monde. Il faut dire que celui-ci n'avait pas une étiquette de gauche souverainiste qui lui aurait permis de réduire l'intensité des critiques foudroyantes à son endroit. Car voilà aussi un autre problème. Comment expliquer que cette dérive de la culture populaire ne soit pas considérée comme telle? La frilosité des critiques s'explique en effet par la peur de paraître vieux jeu, prudes, moralisateurs, poussiéreux et du mauvais bord.

L'exposition prolongée à la bêtise et à la trivialité finit par provoquer une anesthésie du jugement et de la capacité à s'indigner. Elle risque aussi d'entraîner une confusion de l'esprit critique. Le persiflage devient synonyme d'audace et le potinage, un matériau intellectuel. Ceux qui croient être à l'abri de cette détérioration du discours public sous prétexte qu'ils se refusent à être auditeurs, lecteurs ou téléspectateurs du genre décrit ici sont dans l'erreur. Car il est impossible que ce matraquage médiatique n'érode pas la qualité générale du discours dans tous les secteurs de l'activité humaine. Le monde politique, par exemple, résiste mal à cet environnement. D'autant plus que la recherche de clientèle est permanente. Les politiciens ont intérêt à aimer ceux qui sont regardés par le peuple. Ils ont intérêt, croient plusieurs d'entre eux, à jouer les déjantés, les cools, les décoiffés, afin de donner l'impression d'être près du «vrai monde», ce concept démagogique jamais défini. L'effet d'entraînement semble hélas jouer davantage vers le bas que vers le haut, car, c'est bien connu, la vacuité entraîne la vacuité comme la grossièreté provoque plus de grossièreté. L'hébétude n'ouvre pas la voie à la politisation, au sens commun et à l'ouverture d'esprit. L'hébétude produit une dégénérescence lente et sans douleur de la pensée elle-même. En ce sens-là, on peut oser dire que nous sommes devant un phénomène de pornographie sociale.

denbombardier@vidéotron.ca
 
 
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  • Gilles Dubé - Abonné
    10 décembre 2006 10 h 50
    À l'avant-garde de l'hébétude?
    Vous n'êtes pas juste avec la télévision québécoise en l'accusant d'être à l'avant-garde de l'hébétude. Je suis d'accord avec vous que les émissions que vous décrivez font plus leur cote avec le mauvais goût, parfois avec la grossièreté, qu'avec l'esprit et le bon sens. Mais j'aimerais vous rappeller qu'il n'y a pas qu'au Québec que ce genre de télévision existe. La télé américaine regorge de talk-shows où le crêpage de chignon est la norme. Leurs télé-réalités mettent en scène des participants tout aussi mal éduqués que les nôtres. Sans oublier que notre "Tout le monde en parle" n'est qu'une adapatation d'une émission française dont la controverse et la grossièreté font partie du concept. D'ailleurs, n'êtes-vous pas intervenue au cours d'une émission française, d'un calibre pourtant plus intellectuel, pour dénoncer les propos d'un invité qui promouvait la pédophilie dans un livre?
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  • dannyboy - Abonné
    10 décembre 2006 16 h 53
    Un reveil qui se veut salutaire
    Du pain et des jeux..arroses d'un bon vin. Il est effectivement etrange que l"intelligentsia " made in pays du Quebec " soit si frileuse du cote des medias , sinon d"avaliser le nivellement par le bas, le populisme y gagne et les marchands du temple font de bonnes affaires.

    Au dela de ces considerations un brin tristounettes sur cette jolie societe quebecoise...apres le strip-tease intellectuel quelle est la prochaine etape avant qu"un peuple "intelligent" mais paresseux se retrousse les manches et fasse montre davantage de rigueur et de passion dans le depassement au-dela de son petit nombril , toutes generations confondues.

    L"aventure est au coin de la rue, pour qui y croit !
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  • Pascal Bélanger - Inscrit
    11 décembre 2006 10 h 16
    Hébétude et temps perdu
    Madame Bombardier,

    Fidèle à vos bonnes habitudes, vos propos bien sentis, dans un vocabulaire riche, tombent sous le sens: vous avez raison de vous plaindre. Cependant, je crois qu'il serait plus profitable de faire comme plusieurs auditeurs dégoûtés de certaines démonstrations de mauvais goût ou de propos déplacés; fermer la télé. Je me permet de vous signaler qu'à l'heure où sévit TLMEP, Jacques Languirand nous amuse, nous informe et nous porte à réfléchir.
    Pascal Bélanger
    Montréal
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  • Raymonde Chouinard - Abonnée
    13 décembre 2006 12 h 44
    Petit coq de basse-cour
    Guy A. Lepage se prend pour un autre et j'espère que quelqu'un va le faire 'dégringoler' de son piédestal aussi raide qu'il l'a fait pour d'autres..., lui et son insipide fou de roi. Il fallait le voir parader comme un paon à l'émission de la remise des gémeaux et lancer ses petites piques haineuses...et suffisantes.

    Pour ma part, je ne regarde plus son émission du dimanche car Lepage me sort par les 2 oreilles.
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  • Annie Prévost - Inscrite
    23 janvier 2007 18 h 09
    D'abord, une indépendance idéologique.
    À l'avant-garde de l'hébétude? Non, alors là pas dutout. D'autres pays se succèdent sur ce trône et bien mieux que nous. Par contre, je constate que notre pays, notre province est un mouton de plus se noyant dans le courant. Le Québec se veut indépendant? À quand prouvera t'il qu'il possède d'abord et avant tout une indépendance au plan des idées.
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  • Roger Chartier - Inscrit
    2 février 2007 09 h 49
    hébétude
    Je ne peux m`imaginer qu`il y a encore du monde qui puissent aimer la vulgarité du groupe RBO.Ce sont des gens tres intelligent avec un manque d`imagination sense.
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