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Télévision - Après la malbouffe, la bouffe d'égout

Paul Cauchon   15 avril 2006  Médias
Mangeriez-vous des tomates cultivées à partir d'un engrais à base de déchets d'hôpitaux et d'usines? Bien sûr que non, n'est-ce pas? Pourtant, il n'est pas impossible que la dernière tomate que vous avez mangée ait été cultivée dans de telles conditions!

En cette Semaine de la Terre, Télé-Québec lance un véritable pavé dans la mare avec ce documentaire de Mario Desmarais, Tabou(e)!.Télé-Québec espère obtenir le même résultat avec Tabou(e)! qu'avec L'Erreur boréale de Richard Desjardins ou Manon de Benoit Dutrizac et André Saint-Pierre, c'est-à-dire soulever un véritable débat de société.

De prime abord, un documentaire portant sur l'épandage des boues d'épuration peut paraître rébarbatif, mais celui-ci est passionnant et dérangeant. Il est placé sous le signe du conte Peau d'âne de Charles Perrault, dans lequel un roi possède un âne qui transforme son crottin en or...

Un peu d'explication tout d'abord. Dans nos sociétés industrielles avancées aux grandes métropoles, l'épuration des eaux est une opération cruciale et de grande envergure. On se souvient d'une époque où les eaux usées des villes étaient rejetées dans les fleuves et les rivières, une pratique qui ferait aujourd'hui dresser les cheveux sur la tête.

L'épuration massive de l'eau produit donc une boue constituée des résidus de ce qu'on trouvait dans cette eau. Cette boue est maintenant utilisée comme engrais sur les terres agricoles dans plusieurs régions d'Europe, des États-Unis, du Canada et du Québec.

Mais c'est une pratique qui commence à soulever un énorme débat, particulièrement aux États-Unis, où les agences gouvernementales la considèrent comme acceptable alors que certains scientifiques et groupes de citoyens militent pour l'interdire.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette pratique n'est pas unifiée. Ainsi, le gouvernement de la Suisse l'a carrément interdite. Au Québec, le ministère de l'Environnement estime qu'il s'agit d'une pratique écologique, comme c'est le cas pour bien d'autres gouvernements dans le monde. Mais l'Union des producteurs agricoles s'en méfie et, par mesure de sécurité, l'usine d'épuration de Montréal préfère brûler ou enfouir la boue produite par l'épuration au lieu de la répandre sur les champs, comme cela se fait ailleurs au Québec.

Mario Desmarais, un réalisateur qui s'intéresse à l'alimentation et à l'agriculture depuis près de 20 ans, a fouillé cette question. Près d'un million de tonnes de ces boues d'épuration sont épandues chaque année sur les terres agricoles québécoises. Le processus d'épuration a permis de nettoyer autant le contenu des toilettes que les déchets des écoles, des usines, des magasins et des hôpitaux. La question se pose donc: qu'est-ce qui prouve qu'il ne reste aucune matière toxique dans cette boue? Mario Desmarais apporte une réponse qui donne froid dans le dos: peu d'études permettent de lever le doute. Au contraire, les études s'accumulent sur les maladies causées par la proximité avec ces résidus.

Des champs sont devenus inutilisables en France; aux États-Unis, des cas documentés montrent que des gens qui vivaient à côté d'un champ ayant reçu un épandage important sont morts.

Télé-Québec organise en avril des visionnements publics de ce documentaire au ton engagé dans différentes régions du Québec. Et après sa diffusion en ondes jeudi, l'émission Dussault débat poursuivra le débat public.

Tabou(e)! Jeudi 20 avril, Télé-Québec, 20h.
 
 
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