Médias: Ce qu'il reste de Télé-Québec
Pour bien fonctionner, combien de personnes une chaîne publique doit-elle employer? La question se pose après la présentation du «plan de modernisation» de Télé-Québec mercredi dernier par le gouvernement québécois.
Selon le plan annoncé, Télé-Québec devra se départir d'environ 130 employés. Il en restera donc 200. Mais pourquoi doit-on réduire la masse salariale de Télé-Québec du tiers? Pourquoi pas du quart ou de 10 %? À l'inverse, on peut se demander pourquoi Télé-Québec devrait encore compter 200 employés. Pourquoi pas 100 ou 50?
Personne n'arrive à définir clairement la masse critique idéale et, pendant ce temps, Télé-Québec gère sa décroissance.
En fait, le plan gouvernemental de la semaine dernière apparaît presque comme une victoire pour la chaîne (victoire amère, on en conviendra) si l'on considère qu'il y a deux ans Télé-Québec était carrément à la veille d'être liquidée au secteur privé. Des acheteurs s'étaient même manifestés dans les officines gouvernementales, encouragés par de hauts fonctionnaires qui ne regardent jamais la télévision et qui avaient décidé qu'on pouvait très bien récupérer les 57 millions que Québec verse annuellement à Télé-Québec.
Le jeu qui a alors été joué par la ministre de la Culture et des Communications Line Beauchamp laissait place à interprétation. Selon certaines sources, Mme Beauchamp était bien d'accord pour privatiser, mais la réaction d'indignation publique et la réaction des employés l'a fait reculer. Selon d'autres sources, l'obsession de la privatisation de ses collègues l'embêtait sérieusement. Il reste que, dans un cas ou l'autre, elle a créé un groupe de travail sur l'avenir de la chaîne pour gagner du temps.
Ce groupe de travail, dirigé par Claude Bédard, a accouché d'un rapport qui a été bien décrié par les organisations syndicales, parce qu'il préconisait d'abandonner toute la production au secteur privé. Mais c'est un rapport qui s'est distingué par une affirmation claire: Télé-Québec devait vivre et devait demeurer une chaîne éducative et culturelle forte soutenue par l'État.
À partir de là, la ministre s'est appuyée sur une nouvelle p.-d.g., Michèle Fortin, invitant celle-ci à lui proposer des scénarios afin de dégraisser Télé-Québec. Dans un tel contexte, que la chaîne continue d'exister avec le même mandat et qu'elle reçoive encore ses 57 millions tient presque du miracle. Il paraît que la p.-d.g a tapé du poing sur la table à quelques reprises pour maintenir les acquis.
La direction de Télé-Québec s'est alors lancée dans une évaluation de chacun de ses services, en se demandant à chaque fois où on pouvait économiser de l'argent pour mieux réinvestir dans la programmation.
Cette opération comporte encore plusieurs zones d'ombre. Un exemple: Télé-Québec possède son propre réseau d'antennes sur le territoire québécois et une douzaine d'employés sont chargés de l'entretien de ces installations. La chaîne tente actuellement de négocier avec Radio-Canada afin que celle-ci prenne ces employés sous son aile en s'occupant du réseau d'antenne de Télé-Québec. La négociation est très ardue, de l'aveu même de Michèle Fortin.
Télé-Québec se départira d'ici au premier avril de son service de soutien aux écoles, et elle entend aussi se départir d'une partie de ses abondantes archives.
Mais c'est l'utilisation de ses studios montréalais qui soulève le plus de controverse. Télé-Québec paye actuellement des dizaines d'employés (techniciens, monteurs, etc.) pour des studios qui ne lui servent pas sur une base annuelle. Ces studios sont loués à des producteurs indépendants pour leurs propres émissions. Télé-Québec est ouverte à différents scénarios: sous-louer les studios, ou même créer une coentreprise avec le privé pour s'en occuper. Les syndicats, outrés, soutiennent que Télé-Québec fait pourtant des profits en louant les studios et les services de ses techniciens aux producteurs indépendants. Pour éclaircir cette question, Télé-Québec devra fournir une analyse serrée des profits et pertes de ces studios, analyse dont personne n'a encore vu la couleur.
Télé-Québec doit-elle posséder son propre personnel permanent pour produire des émissions? La chaîne fait remarquer, avec raison, que, pour le public, le fait qu'une émission soit produite par un producteur indépendant ou par la chaîne elle-même ne fait aucune différence: c'est le télédiffuseur qui commande les émissions, qui fixe les règles du jeu, et qui est sur la sellette si l'émission dérape. Les syndicats font valoir que les employés permanents représentent un savoir-faire inestimable (sans parler du fait que les emplois dans le secteur indépendant sont sous-payés).
Dans les corridors de Télé-Québec, on murmure que plusieurs employés sont payés à ne rien faire, une opinion que personne n'ose répéter sur la place publique. Mais la vraie question pourrait être celle-ci. Au Canada, les producteurs indépendants existent essentiellement grâce à l'aide financière du Fonds canadien de télévision, de Téléfilm Canada et des programmes de crédits d'impôt (des structures de financement qui ont d'ailleurs pris leur envol dans la foulée des grandes compressions à Radio-Canada). Or, les sommes dévolues à ces organismes ont connu des fluctuations ces dernières années, et rien ne garantit qu'un nouveau gouvernement conservateur (ou tout autre gouvernement futur) voudrait maintenir les mêmes sommes au même niveau et aux mêmes conditions. Si les producteurs indépendants ont de la difficulté à obtenir du financement, Télé-Québec se retrouverait dénudée, ayant perdu la capacité de produire elle-même ses émissions.
Selon le plan annoncé, Télé-Québec devra se départir d'environ 130 employés. Il en restera donc 200. Mais pourquoi doit-on réduire la masse salariale de Télé-Québec du tiers? Pourquoi pas du quart ou de 10 %? À l'inverse, on peut se demander pourquoi Télé-Québec devrait encore compter 200 employés. Pourquoi pas 100 ou 50?
Personne n'arrive à définir clairement la masse critique idéale et, pendant ce temps, Télé-Québec gère sa décroissance.
En fait, le plan gouvernemental de la semaine dernière apparaît presque comme une victoire pour la chaîne (victoire amère, on en conviendra) si l'on considère qu'il y a deux ans Télé-Québec était carrément à la veille d'être liquidée au secteur privé. Des acheteurs s'étaient même manifestés dans les officines gouvernementales, encouragés par de hauts fonctionnaires qui ne regardent jamais la télévision et qui avaient décidé qu'on pouvait très bien récupérer les 57 millions que Québec verse annuellement à Télé-Québec.
Le jeu qui a alors été joué par la ministre de la Culture et des Communications Line Beauchamp laissait place à interprétation. Selon certaines sources, Mme Beauchamp était bien d'accord pour privatiser, mais la réaction d'indignation publique et la réaction des employés l'a fait reculer. Selon d'autres sources, l'obsession de la privatisation de ses collègues l'embêtait sérieusement. Il reste que, dans un cas ou l'autre, elle a créé un groupe de travail sur l'avenir de la chaîne pour gagner du temps.
Ce groupe de travail, dirigé par Claude Bédard, a accouché d'un rapport qui a été bien décrié par les organisations syndicales, parce qu'il préconisait d'abandonner toute la production au secteur privé. Mais c'est un rapport qui s'est distingué par une affirmation claire: Télé-Québec devait vivre et devait demeurer une chaîne éducative et culturelle forte soutenue par l'État.
À partir de là, la ministre s'est appuyée sur une nouvelle p.-d.g., Michèle Fortin, invitant celle-ci à lui proposer des scénarios afin de dégraisser Télé-Québec. Dans un tel contexte, que la chaîne continue d'exister avec le même mandat et qu'elle reçoive encore ses 57 millions tient presque du miracle. Il paraît que la p.-d.g a tapé du poing sur la table à quelques reprises pour maintenir les acquis.
La direction de Télé-Québec s'est alors lancée dans une évaluation de chacun de ses services, en se demandant à chaque fois où on pouvait économiser de l'argent pour mieux réinvestir dans la programmation.
Cette opération comporte encore plusieurs zones d'ombre. Un exemple: Télé-Québec possède son propre réseau d'antennes sur le territoire québécois et une douzaine d'employés sont chargés de l'entretien de ces installations. La chaîne tente actuellement de négocier avec Radio-Canada afin que celle-ci prenne ces employés sous son aile en s'occupant du réseau d'antenne de Télé-Québec. La négociation est très ardue, de l'aveu même de Michèle Fortin.
Télé-Québec se départira d'ici au premier avril de son service de soutien aux écoles, et elle entend aussi se départir d'une partie de ses abondantes archives.
Mais c'est l'utilisation de ses studios montréalais qui soulève le plus de controverse. Télé-Québec paye actuellement des dizaines d'employés (techniciens, monteurs, etc.) pour des studios qui ne lui servent pas sur une base annuelle. Ces studios sont loués à des producteurs indépendants pour leurs propres émissions. Télé-Québec est ouverte à différents scénarios: sous-louer les studios, ou même créer une coentreprise avec le privé pour s'en occuper. Les syndicats, outrés, soutiennent que Télé-Québec fait pourtant des profits en louant les studios et les services de ses techniciens aux producteurs indépendants. Pour éclaircir cette question, Télé-Québec devra fournir une analyse serrée des profits et pertes de ces studios, analyse dont personne n'a encore vu la couleur.
Télé-Québec doit-elle posséder son propre personnel permanent pour produire des émissions? La chaîne fait remarquer, avec raison, que, pour le public, le fait qu'une émission soit produite par un producteur indépendant ou par la chaîne elle-même ne fait aucune différence: c'est le télédiffuseur qui commande les émissions, qui fixe les règles du jeu, et qui est sur la sellette si l'émission dérape. Les syndicats font valoir que les employés permanents représentent un savoir-faire inestimable (sans parler du fait que les emplois dans le secteur indépendant sont sous-payés).
Dans les corridors de Télé-Québec, on murmure que plusieurs employés sont payés à ne rien faire, une opinion que personne n'ose répéter sur la place publique. Mais la vraie question pourrait être celle-ci. Au Canada, les producteurs indépendants existent essentiellement grâce à l'aide financière du Fonds canadien de télévision, de Téléfilm Canada et des programmes de crédits d'impôt (des structures de financement qui ont d'ailleurs pris leur envol dans la foulée des grandes compressions à Radio-Canada). Or, les sommes dévolues à ces organismes ont connu des fluctuations ces dernières années, et rien ne garantit qu'un nouveau gouvernement conservateur (ou tout autre gouvernement futur) voudrait maintenir les mêmes sommes au même niveau et aux mêmes conditions. Si les producteurs indépendants ont de la difficulté à obtenir du financement, Télé-Québec se retrouverait dénudée, ayant perdu la capacité de produire elle-même ses émissions.
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