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La réplique › Les tablettes numériques à l’école - Méfions-nous des pensées technophobes

8 novembre 2012 | Christian Frenette et Olivier Roy - Enseignants au Cégep régional de Lanaudière à Terrebonne | Le Devoir de philo
« La perspective de l’usage généralisé des tablettes numériques au sein des établissements scolaires relève d’un discours pantechnologiste. Celui-ci, précisément, chante sans cesse les vertus de la technologie « partout et en tout temps ». Il prend corps à même cette liberté utilitariste et individualiste tant décriée par Freitag. C’est en vouant d’emblée toute activité à la perspective de l’efficacité maximale, corollaire d’une logique économiciste et technocratique, que l’on perd la juste mesure de l’activité elle-même, soit de l’expérience sensible du monde. »

Mathieu Pelletier, Simon-Pierre Savard-Tremblay, Le Devoir de philo, 3 novembre 2012
Le Devoir de philo, publié le 3 novembre, propose une critique radicale des technopédagogies. Sous le couvert d’explorer la pensée de Michel Freitag, Savard-Tremblay et Pelletier dénoncent ce qu’ils appellent le « pantechnologisme », dont les effets véritables seraient potentiellement abominables pour notre humanité : déconnexion du monde sensible, « marchandisation », « atomisation », « aliénation », etc. La colonisation récente des salles de classe par les technocrates, leurs tableaux et leurs tablettes nous donnerait un indice de la grandeur de notre mal.

L’argument n’est pas nouveau et reconduit plusieurs inquiétudes légitimes, l’éducation étant le coeur d’une société, le nerf de la transmission des connaissances. Toutefois, nous croyons avoir davantage affaire ici à une idéologie qu’à une investigation systématique et rigoureuse de la réalité.


Reprenons une des thèses de Savard-Tremblay et Pelletier, établie à travers leur lecture de Freitag : le pantechnologisme menacerait notre « expérience sensible du monde ». Il est difficile de comprendre ce qu’une telle expression peut bien vouloir dire. Néanmoins, une interprétation charitable pourrait pointer vers les effets désensibilisants d’une consommation excessive des technologies. Par exemple, nous pourrions suspecter la consommation numérique de pornographie de désensibiliser ses adeptes aux stimuli sexuels de nature biologique. D’ailleurs, certains l’ont fait et la consommation de pornographie est maintenant mise en cause dans l’apparition de troubles érectiles chez les jeunes. D’autres documentent des problèmes de dépendance aux jeux vidéo.


Si la technologie nous déconnecte du monde sensible, il est impératif que nous mettions les meilleures ressources scientifiques pour démontrer ou infirmer ces hypothèses. Lorsque l’idéologie technophobe clame que nos objets techniques créent une accoutumance ou qu’ils promeuvent le plaisir au détriment de l’effort, nous avons le devoir de documenter ces effets. Évitons de nous borner à un argumentaire exégétique ou métaphysique.


En éducation, des recherches ont démontré les effets bénéfiques induits par l’introduction de technologies dans l’enseignement. Le jeu vidéo Mécanika en est un excellent exemple. Ce logiciel introduit les étudiants aux forces newtoniennes et réussit à améliorer la performance de ces derniers à des tests normés. Des études de l’Université du Michigan suggèrent que Twitter aurait aussi des effets positifs sur l’apprentissage.


C’est donc dire que la technologie n’est pas un bloc monolithique. Chacune des pratiques qu’elle favorise mérite qu’on s’y intéresse afin de mesurer ses mérites ou défaillances. Platon craignait l’écriture, Adorno, les portes automatisées ; Heidegger mettait les ponts de bois sur le même pied qu’une bombe atomique… Il est donc primordial de prendre du recul par rapport aux affirmations technophobes, fussent-elles appuyées sur la pensée de grands philosophes. Un détour scientifique, empirique, s’impose pour éviter de jeter toutes les innovations prometteuses de notre époque au nom d’une frayeur métaphysique.

***

Christian Frenette et Olivier Roy - Enseignants au Cégep régional de Lanaudière à Terrebonne

 
 
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