Lettres - Un devoir manqué
Dans son «Devoir de philo» du 19 mars 2011, le professeur Martin Leblanc suppose que le regretté philosophe américain John Rawls aurait vraisemblablement été sympathique à Québec solidaire. M. Leblanc a manifestement mal fait son devoir. D'abord, s'il présente John Rawls comme le «philosophe politique le plus important de notre époque», c'est qu'il a probablement omis de lire ceux qui auront eu les impacts les plus concrets sur cette époque.
On peut penser, entre autres, à Althusser, Hayek, Habermas (lui-même très critique de Rawls) ou Aron. Si la pensée rawlsienne a effectivement été l'une des plus étudiées du XXe siècle, elle est aussi l'une des plus désincarnées. Toute sa philosophie, kantienne et pragmatique, a été bâtie en fonction d'une prise de distance avec la réalité matérielle et culturelle des sociétés humaines au sein desquelles le «voile d'ignorance» n'existe ni n'existera jamais. C'est entre autres la critique que lui adressait Bourdieu. Sa réflexion sur la liberté et la justice sociale, d'autre part, l'aurait probablement éloigné de QS davantage qu'elle l'en aurait rapproché.
On voit en effet mal comment Rawls aurait pu appuyer un parti ouvertement antilibéral, situé davantage à l'extrême gauche du spectre politique qu'au centre. Rawls était un libéral social-démocrate, non pas un adepte de la décroissance et de l'autogestion. Si légitimes puissent être les politiques de QS, Rawls n'y aurait adhéré qu'au prix d'une négation des principes mêmes de sa philosophie, qui ne subordonnait la liberté à l'égalité que dans les cas où la seconde devait augmenter la première. Sa conception de l'autonomie du politique était et est incompatible avec le projet de QS, qui entend institutionnaliser un idéal d'égalité qui laisse peu de place à l'autre versant de la démocratie libérale.
***
Hubert Rioux, le 21 mars 2011
On peut penser, entre autres, à Althusser, Hayek, Habermas (lui-même très critique de Rawls) ou Aron. Si la pensée rawlsienne a effectivement été l'une des plus étudiées du XXe siècle, elle est aussi l'une des plus désincarnées. Toute sa philosophie, kantienne et pragmatique, a été bâtie en fonction d'une prise de distance avec la réalité matérielle et culturelle des sociétés humaines au sein desquelles le «voile d'ignorance» n'existe ni n'existera jamais. C'est entre autres la critique que lui adressait Bourdieu. Sa réflexion sur la liberté et la justice sociale, d'autre part, l'aurait probablement éloigné de QS davantage qu'elle l'en aurait rapproché.
On voit en effet mal comment Rawls aurait pu appuyer un parti ouvertement antilibéral, situé davantage à l'extrême gauche du spectre politique qu'au centre. Rawls était un libéral social-démocrate, non pas un adepte de la décroissance et de l'autogestion. Si légitimes puissent être les politiques de QS, Rawls n'y aurait adhéré qu'au prix d'une négation des principes mêmes de sa philosophie, qui ne subordonnait la liberté à l'égalité que dans les cas où la seconde devait augmenter la première. Sa conception de l'autonomie du politique était et est incompatible avec le projet de QS, qui entend institutionnaliser un idéal d'égalité qui laisse peu de place à l'autre versant de la démocratie libérale.
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Hubert Rioux, le 21 mars 2011








