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    Une lettre comme sujet d'analyse

    19 février 2011 |Les étudiants de Philosophie 101 de Guillaume Simard Delisle | Le Devoir de philo
    Les professeurs Guillaume Simard-Delisle et Jérôme Fortin, accompagnés d’étudiants (Jacinthe Desjardins, Jacynthe Briggs, Alexandre Brunet Lavoie, Aurey-Laurence Prévost, Maryse Lévesque et Olivier Léonard) au Cégep de Saint-Jérôme.<br />
    Photo: Denis Charlebois Les professeurs Guillaume Simard-Delisle et Jérôme Fortin, accompagnés d’étudiants (Jacinthe Desjardins, Jacynthe Briggs, Alexandre Brunet Lavoie, Aurey-Laurence Prévost, Maryse Lévesque et Olivier Léonard) au Cégep de Saint-Jérôme.
    La lettre intitulée «Posséder des armes est un droit», publiée dans Le Devoir du 20 septembre 2010, a retenu notre attention pour l'analyser. Nous ne proposons pas de réponse toute faite (ce à quoi se refuserait Socrate), mais nous évaluons l'argumentation de son auteur, Éric Gauthier, qui soutenait le projet d'abolition du registre des armes d'épaule proposé par le gouvernement conservateur.

    Dans sa lettre, M. Gauthier soutient d'abord que le fait de posséder des armes est un droit puisque ce droit a toujours existé dans nos traditions juridiques.

    Or, il n'est pas pertinent de s'appuyer sur des coutumes dans le but de provoquer un sentiment de sécurité chez ses lecteurs afin de les faire adhérer à son point de vue. Nous jugeons que cet appel à la tradition est irrecevable. Les lois et les moeurs peuvent être à changer.

    Ensuite, M. Gauthier affirme que le droit de posséder des armes garantit la liberté et la démocratie. Cette affirmation présuppose que la justice est la loi du plus fort, alors qu'en démocratie, le pouvoir ne doit dépendre ni de la force, ni de la richesse, ni du rang. Il a donc tort de croire que la possession d'armes à feu est un droit aussi fondamental.

    Dans le but de justifier l'abolition du programme canadien d'enregistrement des armes à feu, M. Gauthier affirme également que le registre vise à confisquer toutes les armes. Selon lui, les pays totalitaires empêcheraient la possession d'armes, ce qui reviendrait à enlever un droit fondamental. Il en conclut que le registre des armes à feu est une «mesure tyrannique».

    Cependant, il est faux de dire que le registre vise à confisquer toutes les armes; il vise plutôt à encadrer la possession d'armes. L'objectif premier de ce registre est d'assurer la sécurité publique contre les propriétaires d'armes qui en feraient un mauvais usage, et non d'en interdire la possession. Les policiers peuvent se servir du registre pour vérifier si les résidants possèdent une arme avant de faire une intervention à domicile ou pour retracer le propriétaire d'une arme retrouvée sur les lieux d'un crime.

    Cela dit, M. Gauthier rejette le registre en feignant d'y découvrir une intention malsaine, mais il n'a aucune preuve de ce qu'il avance. Cela est un procès d'intention, un sophisme enfreignant le critère de pertinence. On ne peut donc conclure que le registre vise à confisquer toutes les armes sur la base de ce raisonnement.

    M. Gauthier croit aussi que l'État devrait abolir le programme, car le fait d'enregistrer les armes à feu reviendrait à traiter les propriétaires d'armes comme des délinquants sexuels alors qu'ils ne sont pas, comme ces derniers, des criminels. Cet argument aurait pu persuader ceux qui ignorent les règles de l'argumentation rationnelle, mais pas nous. M. Gauthier a tort de penser cela. Il existe plusieurs autres types de registres bien utiles. Par exemple, les automobilistes doivent enregistrer leur véhicule.

    Or, cela ne fait pas d'eux des criminels pour autant. Ensuite, en plus d'être fondé sur une prémisse inacceptable, l'argument de M. Gauthier n'est pas pertinent car il compare, sans raison, le registre des armes à feu au registre des délinquants sexuels. Il tente de nous persuader que deux choses très différentes se ressemblent. M. Gauthier fait donc un troisième sophisme, la fausse analogie.

    À la fin de sa lettre, M. Gauthier soutient que l'État doit mettre un terme à l'enregistrement des armes parce qu'il est coûteux et inefficace. Il est vrai que ce programme est coûteux, mais l'objectif visé est la sécurité publique.

    Or, la sécurité publique est plus importante que l'argent. Par conséquent, M. Gauthier devrait plutôt inférer que les méthodes de gestion auraient avantage à être revues. Voilà pourquoi on ne peut pas abolir ce registre simplement parce qu'il est coûteux.

    Ensuite, 73 % des policiers affirment utiliser cet outil avant une intervention (Rapport du commissaire de la GRC, William Elliott). Il semble donc que ce registre facilite le travail des policiers.

    Par ailleurs, dans son argumentation, M. Gauthier n'a pas justifié l'affirmation selon laquelle le registre est inefficace. Pour ces deux raisons, il est probable qu'il ait tort à ce sujet. Par contre, nous n'avons pas assez d'informations pour évaluer l'acceptabilité de cette prémisse. Nous préférons donc suspendre temporairement notre jugement à ce propos.

    Puisqu'on ne doit jamais critiquer la conclusion d'un raisonnement mais toujours évaluer si les prémisses peuvent logiquement la soutenir, nous n'avons pas démontré ici qu'il est faux de dire que nous ne devons pas maintenir le registre des armes à feu; nous avons seulement montré que l'argumentation de M. Gauthier, en raison de toutes les erreurs que nous avons précédemment mises en évidence, ne lui permet pas de soutenir une telle conclusion.

    Autrement dit, M. Gauthier a peut-être raison de soutenir que l'on doit abolir le registre des armes à feu, mais la démonstration de la vérité de cette affirmation reste encore à faire.

    ***

    Les étudiants de Philosophie 101 de Guillaume Simard Delisle

    Tous les étudiants faisant partie du projet :


    Classe 340-101-MQ gr. 00161
    • Alex Castonguay
    • Emilie Corbeil
    • Audrey-Ann Desjardins Bazinet
    • Sébastien Ethier
    • Xavier Garneau
    • Émilie Grondines
    • David Juteau
    • Emilie Labonville
    • Marie-Pier Lajeunesse
    • Cynthia Lauzon
    • Mathieu Lefebvre
    • Maryse Lévesque
    • Samuel Monette Jourdain
    • Maxime Pépin
    • Alex Thibodeau

    Classe 340-101-MQ gr. 00162
    • Martin Brousseau-Kiel
    • Mélina Calvé
    • Benjamin Richard Cassista
    • Stéphanie Côté
    • Simon Garand
    • Tricia Giard
    • Julien-Pier Giroux
    • Daphnée Guérin
    • Sébastien Lessard
    • Mathieu Maillé
    • Stéphanie Ménard
    • Audrey-Laurence Prévost
    • André-Charles St-Pierre
    • Angel Thériault
    • Guillaume Vermette

    Classe 340-101-MQ gr. 00163
    • Anthony Bardier
    • Samuel Bastien
    • Claudie Bernier
    • Patric Biron
    • Julien Boire
    • Joanie Brière
    • Jacinthe Briggs
    • Noémie Brosseau Gaudet
    • Alexandre Brunet Lavoie
    • Maxime Carpentier
    • Guillaume Chiasson-Poupart
    • Fanny Côté
    • Jacinthe Desjardins
    • Pier-Luc Gagnon
    • Mariesol Gamache
    • Amélie Lapointe
    • Olivier Léonard
    • Maude Martel
    • Marie-Pier Morin
    • Marie-Andrée Prévost Huot
    • Jessica Richer
    • Amélie Segleski-Vaillancourt
    • Justine Tremblay
    • Sabrina Tremblay
     
     
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