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Le Devoir de philo - La tolérance et la controverse autour du cours «Éthique et culture religieuse»

Le philosophe anglais John Locke aurait encouragé l'adoption de cet enseignement, croit Georges Leroux

Georges Leroux: «Je trouve piquant que nos objecteurs laïques ne semblent avoir aucun scrupule à présenter l’incroyance ou l’athéisme comme conciliable avec la laïcité mais qu’ils fassent une crise de nerfs parce qu’ils croient que le prog
Photo : Marie-Hélène Tremblay
Georges Leroux: «Je trouve piquant que nos objecteurs laïques ne semblent avoir aucun scrupule à présenter l’incroyance ou l’athéisme comme conciliable avec la laïcité mais qu’ils fassent une crise de nerfs parce qu’ils croient que le prog
Toutes les deux semaines, Le Devoir demande à un professeur de philosophie ainsi qu'à d'autres auteurs passionnés d'idées et d'histoire des idées de relever le défi de décrypter une question d'actualité à partir des thèses d'un penseur. Aujourd'hui, conversation autour de l'idée et de la pratique de la tolérance avec un des meilleurs philosophes québécois, Georges Leroux. Collaborateur au Devoir, M. Leroux a aussi participé à l'élaboration du programme «Éthique et culture religieuse» qui remplacera les cours d'enseignement religieux et de morale dans les écoles du Québec en septembre prochain.
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  • Stéphan Gauvin - Abonné
    17 mai 2008 08 h 59
    A t-il raison?
    Lui (M.Leroux) comme philosophe croit avoir raison,donc ce qu'il dit est vrai,(selon lui). Mais il y a en d'autres qui disent non il n'a pas raison. M. Leroux est au pouvoir et a le pouvoir de faire ce qu'il veux, il est minoritaire mais impose son choix personnel aux autres. Avant c'était les curés qui avaient ce pouvoir, mais lui et sa génération on enlevé ce pouvoir à l'église. Avant notre société étais en pleine expansion, depuis que cette génération à pris le pouvoir on est en déclin. Maintenant qui devront nous croire? Ceux qui on amené le déclin de notre culture ou ceux qui veulent la sauver?
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  • Renaud-Jules Deschênes - Inscrit
    17 mai 2008 10 h 55
    Un des meilleurs philosophes québécois Georges Leroux
    Le petit Georges à une tête bien faite comme disait Voltaire mais lui faire une place au Panthéon des meilleurs ressemble comme formule plus à du sport qu'à la pensée, dans la mesure ou un contradicteur du petit Georges est parfois plus fort que lui. Il en est ainsi du monde des idées. Vos échanges Robitaille-Leroux sur la Base Locke sont excellentes à mon point de vue. J'imagine que le (grand) Charles Taylor admirable pour vous ne vous laissent pas indifférents. Une des questions qu'il se pose en dehors du bien fondé de ce programme, c'est justement la compétence. Une religion au plan historique, rituel, symbolique, métaphysique semble présentée dans une alternative culturaliste et analogique parmi les autres. Le problème c'est la compétence de l'enseignant lorsqu'il doit sortir du manuel, du programme, du prédigéré technique des sciences éducatives. Les trois religions abrahamiques s'installent dans l'histoire de l'humanité à des périodes successives et éloignées, puis elles se croisent, s'assimilent, font la guerre se pillent des prophètes, des idées, des textes, elles sont associées aux politiques d'État, aux monarchies, se laîcisent et ainsi de suite. Comment un enseignant pourra-t-il mesurer l'impact d'une religion, ses fondements et son idéologie politique etc. Bref, la compétence, je n'y crois pas car elle n'existe même pas au niveau universitaire. Voyez Régis Debray qui fait des religions son cheval de bataille, son objet philosophique par excellence et qui répand l'inanité et l'ignorance d'un livre à l'autre. Imaginez un petit cul qui sort de l'Université et qui joue au perroquet avec un programme surgelé issu d'une bureaucratie un peu simplette. La prochaine étape sera, nous remplaçons les cours de religion par des cours de sexualité. En résumé, le programme prendra le chemin de la mode et de la vulgarité. Le monde de l'éducation est devenu vulgaire, populiste et creux. Renaud Jules Deschênes
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  • Marie-Michelle Poisson - Inscrite
    17 mai 2008 21 h 07
    Le MLQ injustement pris à parti
    Le programme d'ECR, quoi qu'en pense M. Leroux, n'est pas parfait et mérite de sérieuses critiques. Le mouvement Laïque Québécois souhaite que le retrait du volet de formation en Culture Religieuse du nouveau programme et justifie sa position par des arguments rigoureux qui n'ont rien à voir avec un soit-disant "manque de tolérance" ou une prétendue "volonté d'endoctriner". Dans le texte ci-haut, M. Leroux attaque nommément le MLQ le caricaturant grossièrement. Cela mériterait un démenti formel et j'espère que Le Devoir saura faire connaître à ses lecteurs une version non-biaisée du principe démocratique de laïcité dont le MLQ fait la promotion.
    En attendant et pour éviter que des dommages plus grands ne soient faits à la bonne réputation du MLQ, j'invite les lecteurs du Devoir à prendre connaissance eux-mêmes, sur le site www.mlq.qc.ca. , des critiques formulées par le MLQ au sujet du programme ECR et des positions qui en découlent.
    Marie-Michelle Poisson
    vice-présidente du MLQ
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  • René-André Hervieux - Abonné
    18 mai 2008 08 h 16
    Article de Georges Leroux
    Bon j'espère que tu vas apprécié l'article. Si jamis certaines choses ne sont pas claires, ne te gêne pas pour me demander des explications.
    Amitiés
    René
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  • Jean-Pierre Audet - Abonné
    18 mai 2008 10 h 47
    Locke appliqué à aujourd'hui
    Le philosophe Leroux remet à l'ordre du jour un philosophe qui a vécu au 17e siècle : John Locke. Il lui emprunte le concept de tolérance. Mais c'est pour immédiatement le dépasser en empruntant à Hegel un concept plus actif, celui de reconnaissance de l'autre. Je suis d'accord qu'il nous faut au Québec ne pas nous contenter de tolérer les différences. Nous avons, surtout à Montréal, une grande diversité culturelle et religieuse. Nous avons l'opportunité de côtoyer aussi bien des musulmans que des juifs, des hindouistes ou des bouddhistes, et de plus en plus d'athées déclarés et militants. Cela nous permet de développer notre tolérance envers la différence. Mais cela ne serait pas suffisant chez nous. Ce serait un début intéressant pour certains intégristes chrétiens des États-Unis. Nous n'en sommes heureusement plus là. La révolution tranquille nous a propulsés dans la diversité en commençant par nous faire rejeter en bloc les interdits religieux d'autrefois. D'où un problème inversé d'intolérance comme on l'a vu récemment à propos des accommodements dits raisonnables. Certaines fuites du rapport des commissaires Taylor et Bouchard semblent nous recommander l'ouverture face à la différence.

    J'ai eu la chance d'enseigner à des aînés de niveau collégial la philosophie des religions. La démarche que je proposais dépassait en effet tant la tolérance que l'ouverture à la différence. À ce moment-là, je n'adhérais plus à aucune religion, ce qui inquiétait fortement certaines personnes dont la foi reposait sur des certitudes confirmées par les autorités religieuses, catholiques en l'occurrence. Mais la plupart des aînés à qui je présentais ce cours avaient déjà fait leur propre démarche de questionnement religieux. C'était donc tant pour eux que pour moi un véritable régal que d'aller ensemble admirer le développement tant préhistorique qu'historique des différentes religions qui ont été le fait de tous les peuples de toutes les époques, même les plus reculées. Mircea Eliade allait jusqu'à écrire que l'homme est un animal religieux. Ce serait là sa principale différence d'avec les autres primates. Dès qu'il s'est levé debout, l'hominien aurait pu établir des distinctions fondamentales entre les concepts d'avant et d'arrière, de droite et de gauche, et surtout de haut et de bas, imaginant en haut des forces spirituelles bénéfiques et en bas des maléfiques. Des textes comme l'Épopée de Gilgamesh écrite en sumérien et en akkadien plus de deux mille ans avant le christianisme évoquait déjà la recherche d'immortalité et de déluge qui seront repris par le judaïsme et le christianisme. La mort et la résurrection d'Osiris en Égypte précédait aussi de plusieurs siècles la résurrection Christ. Ce n'est que pour des gens déjà fragiles dans leur foi que ces liens suscitent des inquiétudes. L'ancrage historique est fondamental tant pour la réflexion philosophique que pour l'adhésion de foi qui ne tombe pas des nues. Finalement, comme j'avais présenté la religion musulmane avec autant de respect que la religion catholique, une dame musulmane m'avait fait cadeau d'un très beau Coran édité par son père.

    Tolérance oui, ouverture aussi, mais un pas de plus me semble opportun. Donc reconnaissance de l'autre comme valable, même si l'on n'adhère pas à ses rituels et à ses dogmes. Voilà ce qui me semble capital pour les enseignants de ce nouveau programme. Mais les jeunes nouvellement formés à la hâte pour enseigner ce programme dans toutes les écoles et à tous les niveaux du primaire et du secondaire, seront-ils à la hauteur de la tâche titanesque qui leur échouera ? Je me permets d'en douter fortement. Et je reprendrais les arguments présentés par un autre lecteur du Devoir. Si un Régis Debray n'a pas toujours une parfaite intégration de tout ce qu'il écrit sur les religions, comment un «ti-cul» (sic) pourra-t-il quitter le manuel et aider les jeunes à développer leur propre synthèse religieuse ? On me dira que ce n'est pas là l'objectif du programme. D'accord, mais tant qu'à donner une série d'informations non intégrées, aussi bien ne pas en donner du tout et laisser la vie et le milieu apporter au jeune les réponses à mesure que se poseront les questions. Locke faisait allusion à des processus d'apprentissage qui se rapportent à la connaissance de soi, à d'autres processus qui aident à lier une expérience à une autre, à d'autres enfin qui se rapportent à l'observation scientifique et à la science de la nature. Toutes ces intégrations devraient déjà être le fait de l'enseignant. Je me permettrais donc de suggérer au ministère de l'éducation d'engager des professeurs à la retraite qui aimaient les jeunes et savaient respecter déjà leurs différences individuelles. Ils seraient en mesure d'appliquer concrètement l'esprit de ce nouveau programme : la reconnaissance active des différences.
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  • Bernard La Riviere - Abonné
    18 mai 2008 15 h 49
    Une tolérance neutre mais très XXIe siècle
    Le protestant anglais, John Locke, propose que les différentes Églises protestantes se tolèrent entre elles. Bonne idée, pour les protestants. Les catholiques et les athées aiment moins, mais, vous savez, dans ce genre de choses, l'époque explique tout.
    Expliquons alors les cours d'ECR par notre époque. Les monothéismes ont décidé de se tolérer à notre époque, là où ils le peuvent. Et pourquoi pas les hindous et les bouddhistes.
    Mais les athées, ça, ça reste délicat. Un fonctionnaire de l'éducation disait récemment à un journaliste que le mot «athée» a une connotation négative et voilà pourquoi il ne se trouve pas dans le programme. Ainsi toutes les religions sont conciliables avec la laïcité «ouverte» mais pas l'athéisme.
    Lorsque notre ami Georges Leroux dit que les enseignants doivent se tenir «à bonne distance autant de la croyance que de l'incroyance», que signifie le mot incroyance dans sa phrase? Georges Leroux dit un peu plus loin «position séculière»: la connotation est positive. Mais comment dit-on: «qui ne croit en aucun dieu»? Cela est-il toléré aujourd'hui? Les enfants devraient-ils en entendre parler pour pouvoir reconnaître cette possibilité? Cela ramollirait-il chez eux le risque de positions rigides et de préjugés à l'égard des athées et de «l'intégrisme laïque»?
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  • Michelle Bergeron - Abonné
    18 mai 2008 16 h 52
    Croire au respect de soi et des autres.
    Devons-nous absolument passé par les croyances religieuses pour avoir un sens moral? À ma connaissance non mais plutôt inné chez la majorité des humains. Le respect de soi et des autres accompagnés par des principes de démocratie serait à mes yeux le meilleurs choix pour un état qui se veut laïque. Les religions sont déjà omniprésentes dans l'histoire et la culture des peuples où c'est l'endroit et le moment d'élaborer sur le sujet. Un cours spécifiques sur les différentes religion laisse entendre qu'ils devront faire un choix devant ces buffets à volonté. N'est t'il pas le rôle de l'état de favoriser le respect de soi, des autres associé à la compréhension des principes de la démocratie héritage religieux pour cause du manque flagrant de ceux-ci. L'interventionniste de l'état va trop loin. Un état laïque à le devoir de laisser aux parents et tuteurs le choix d'une éducation religieuse. D'Autant plus que la naissance de la pensée abstraite commence à 12 ans, et la majorité à 18 ans. Laissons-les fruits mûrirs n'est ce pas là une question d'éthique...
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  • Pierre Zwngli - Inscrit
    19 mai 2008 06 h 50
    Assomant
    Quand j'ai commencé à lire que le cours ECR ne pouvant exister que dans un climat de laïcité donc le cours d'ECR était tolérant, j'ai décroché.

    C'est vraiment nul : d'une part une multiplicité de cours (même relgieux) peuvent s'imaginer dans une école laïque (les Belges le font dans les écoles publiques laïques), ensuite imposer à tous, même dans les écoles confessionnelles ce que le Monopole de l'Enseignement désire en matière de transmission de valeurs et d'éthiques n'est pas de la tolérance.
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  • Claude Michaud - Abonné
    19 mai 2008 14 h 08
    Claude.michaud@uottawa. ca Identité de l'autre ... et la mienne ?
    La réflexion du professeur Leroux est très stimulante. Il me reste en question particulière: Je cite ce que dit l'article: «La culture religieuse lui donne les connaissances pour saisir l''identité des autres et aussi, par une forme de réciprocité, la sienne propre». Comment peut s'articuler concrètement cette réciprocité en vue de la réflexion sur sa propre identité compte tenu du fait qu'elle contribue à la définition de sa vision personnelle avec tout ce que cela implique d'affectif?
    Un gros merci!
    Claude Michaud
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  • roger girard - Abonné
    25 mai 2008 08 h 15
    Devoir de philo... ou d'apologétique?
    Contrairement à la majorité des articles offerts dans le cadre du «Devoir de philo», le présent article laisse un arrière-goût de plaidoyer justificateur. Est-ce la faute de l'auteur de l'article ou de l'interviewé? Peu importe, le dit programme d'Éthique et de culture religieuse soulève suffisamment de questions fondamentales pour que l'on prenne le temps de les considérer au lieu d'en appeler à l'autorité de Locke ou autres pour simplement le défendre.

    Quelle connaissance des religions et des courants séculiers serait porteuse de tolérance et d'harmonie sociale? Quel rapport aux savoirs religieux et philosophiques doit promouvoir l'école pour favoriser le développement de l'intelligence et la structuration de l'identité? La difficulté appréhendée face au pluralisme religieux représente-t-elle la même chose chez les adultes et chez les jeunes? La culture religieuse est-elle soluble dans l'éthique? Quelle place accorder à la culture religieuse en éducation scolaire? Pourquoi a-t-il été nécessaire d'ajouter les deux grandes finalités sur «la reconnaissance de l'autre» et sur «la recherche du bien commun» en plus des compétences disciplinaires qui, dans les autres programmes, suffisent à orienter les apprentissages? Est-il réaliste de demander aux enseignants et enseignantes de pallier par leur «posture professionnelle» les carences conceptuelles et pédagogiques du programme?

    Pour diverses raisons, il est permis de douter que le célèbre penseur britannique eût «encouragé l'adoption de cet enseignement».

    D'abord, sa promotion de la tolérance s'enracinait dans une pensée sociale profondément religieuse. C'est ce que rappelle clairement Guy Boisson (http://www.marieweblog.com/log/index.php?post/2006 :« Pour John Locke cependant, protestant convaincu, la tolérance est avant toute chose une exigence de la foi elle-même. L'acte religieux implique par nature une sincérité intérieure absolue du sujet qui est incompatible avec toute forme de contrainte : ''Je peux m'enrichir à faire un métier qui me déplaît, me guérir en absorbant des remèdes qui me dégoûtent, je ne peux faire mon salut en pratiquant une religion que j'abhorre.'' (Lettre sur la Tolérance, p.187). » On doit donc éviter un certain télescopage historique en abordant Locke, car ce dernier ne loge aucunement à l'enseigne de la pensée républicaine laïque.

    De plus, l'éducation ne relevait pas de la responsabilité publique comme aujourd'hui, les premières grandes organisations d'enseignement scolaire émergeant d'ailleurs le plus souvent de motivations religieuses. Pour lui, le liens à l'État reposait davantage sur le besoin de préserver la sécurité et la prospérité que sur un «contrat social» à la manière de Rousseau ou sur des «valeurs communes publiques» que l'on évoque couramment aujourd'hui. Dans son approche empiriste, la question de l'État n'est aucunement affaire de «foi» ou de sentiment d'appartenance à développer chez les membres. Il aurait sans douter sursauter de lire que «la tolérance est la responsabilité du magistère de l'État», comme si l'État avait une fonction d'enseignement à l'instar des religions... Le magistrat civil n'aurait pas à intervenir sur ce qui relève de l'intériorité des personnes mais sur ce qui permet aux personnes de mener une vie harmonieuse, prospère et conforme aux principes spirituels qui les animent.

    La prise en charge de l'éducation par l'État comporte évidemment une nouvelle donne bien étrangère à Locke. S'il avait été confronté au défi contemporain de l'enseignement relatif à la religion, il aurait sans doute été séduit par le système français qui dresse une frontière bien claire entre le domaine civil et public et le domaine convictionnel et privé, se limitant à aborder le «fait religieux» au fil des diverses disciplines sans élaborer un programme distinctif à cet égard. Le système belge aurait pu répondre tout autant à ses critères au plan de la pratique de la tolérance, puisque le pouvoir public ne s'engage pas sur un contenu qui, dans la perspective lockienne, ne lui appartient aucunement. Le système britannique, qui a su rallier dans une même entreprise les groupes qui agissaient séparément ou qui étaient laissés de côté, attirerait aussi sa sympathie puisqu'une même éducation est offerte à tous les jeunes. Il trouverait peut-être alors le futur programme québécois, bien que paré des «meilleurs principes du monde», assez faible au plan du réalisme pédagogiques et peu en mesure de répondre aux situations vécues dans les divers milieux (En Grande-Bretagne, le programme Religious Education est précisé et supervisé par des comités régionaux). Il serait sans doute surpris, lui qui faisait face à de graves intolérances politiques et religieuses, de constater l'emphase mise sur notre contexte de pluralité religieuse pour justifier tout un appareillage qui risque de déformer la réalité sociale et de détourner des enjeux éducatifs plus essentiels. Lui-même formé à la pratique médicale, il devait s'appliquer à approfondir le diagnostic avant de proposer un traitement. En fin de compte, quand on résiste à la tentation d'accorder aux propos de Locke une valeur universelle plutôt désincarnée, il est raisonnable de penser qu'il aurait pu tout autant privilégier notre régime d'options en vigueur depuis quelques décennies et qui, malgré ses difficultés organisationnelles, ne comportaient pas tous les torts dont ses détracteurs l'ont affublés.

    Pour conclure, signalons qu'il est paradoxal, pour justifier le programme, de recourir à ce que le programme lui-même considère comme nuisible à une bonne pratique du dialogue. En effet, dès le primaire, le programme présente comme «obstacle au dialogue» le recours à «l'argument d'autorité» : c'est là un élément de contenu prescriptif, parmi les «procédés susceptibles d'entraver le dialogue». Alors, que penser de l'argumentation soumise dans ce «devoir de philo» au regard de la cause défendue? Et que penser de ce programme censé offrir un cadre éducatif répondant aux attentes de la population?

    Roger Girard (http://www.ethiqueetculturereligieuse.blogspot.com
    Ex-enseignant et chercheur en éducation
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