Et si on remplaçait les élections par des tirages au sort?

Dans «La haine de la démocratie», «La mésentente» et «Aux bords du politique», de Jacques Rancière, on trouve de longs passages consacrés au tirage au sort et à l’anarchie.
Illustration: Tiffet Dans «La haine de la démocratie», «La mésentente» et «Aux bords du politique», de Jacques Rancière, on trouve de longs passages consacrés au tirage au sort et à l’anarchie.

Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d’histoire et d’histoire des idées le défi de décrypter une question d’actualité à partir des thèses d’un penseur marquant.

Ci-gît la réforme du mode de scrutin. Ce fut une promesse de campagne de Justin Trudeau et les partis d’opposition à Québec avaient récemment publié une déclaration commune en ce sens.

 

Le scrutin majoritaire à un tour ne sera donc pas remplacé par le scrutin proportionnel promis.

 

Partis d’opposition et organisations favorables à la proportionnelle ont dénoncé l’abandon de cet engagement, eux qui comptaient sur elle pour remédier au manque d’expression de la volonté du peuple sous les ors des palais parlementaires.

 

Pourtant, dans ce vaste débat politique, aucun réformateur déclaré ne semble véritablement interroger le principe même qui veut que l’élection soit, sous une forme ou sous une autre, la panacée démocratique.

 

Ce silence assourdissant est assez révélateur des interdits et des impossibles qui pèsent sur le sujet dans les régimes représentatifs et libéraux, à droite comme à gauche. Les élus, en particulier, veulent bien modifier le système électoral existant pour le bien du peuple, mais ils ne veulent pas discuter du bien-fondé de ce système avec lui.

 

Ce n’est pas seulement que les élus cherchent à conserver le système qui les conserve. C’est que, pour eux, l’option électorale va de soi.

 

Dans la démarche qui est la nôtre, de critique du principe électoral, les travaux du philosophe Jacques Rancière nous paraissent susceptibles de rompre le cercle de l’impossible et de l’interdit qui enferme le débat politique dans la fausse alternative du plus ou moins de représentation et des seules modalités électorales.

 

Dans La haine de la démocratie, La mésentente et Aux bords du politique, pour ne citer que ces trois livres de Rancière, on trouve, en effet, de longs passages consacrés au tirage au sort et à l’anarchie. La mention du tirage au sort dans une critique de l’élection n’a rien de très surprenant, en revanche, son lien avec l’anarchie peut aiguiser notre curiosité.

 

La politique n’est pas le gouvernement

 

Chez Rancière, la politique est anarchique ou n’est pas. Cette proposition peut ébranler certaines de nos certitudes, à commencer par celles qui nourrissent les débats centrés sur les élections.

 

Elle heurte, tout d’abord, l’idée courante que la politique repose sur un principe d’autorité en vertu duquel une personne ou une institution se fait obéir des autres. La politique serait le rassemblement des hommes sous une autorité supérieure, le gouvernement, alors que l’anarchie signifierait, selon son étymologie grecque, « ce qui est sans commandement et commencement », mais aussi, et par extension, « ce qui est sans gouvernement et gouvernant ».

 

Cette conception « gouvernementale » de la politique est solidaire du principe électif. Qu’elle soit majoritaire ou proportionnelle, l’élection relève toujours de la désignation du « supérieur » pour gouverner les autres. Élire un représentant revient essentiellement à reconnaître son infériorité, à admettre en acte son incapacité à se gouverner. C’est pourquoi l’élection fut pratiquement et théoriquement considérée pendant des millénaires comme un principeoligarchique de distribution des charges publiques et nullement comme « une forme démocratique par laquelle le peuple fait entendre sa voix ».

 

L’élection n’est pas une technique de démocratisation des institutions publiques. Elle est une procédure de sélection des gouvernants inégalitaire et antidémocratique.

 

Ce premier problème se double d’un second : selon quels critères reconnaîtrons-nous le supérieur qui nous gouvernera ? Rancière, à la suite de Platon, énumère sept critères de supériorité qu’il nomme des titres d’autorité. Parmi ceux-ci, nous comptons la richesse, le savoir ou la haute naissance. Tous ces titres qui donnent accès au gouvernement sont donc fondés sur le statut social des gouvernants. Tous, sauf le septième titre, le tirage au sort, qui n’est « fondé sur rien d’autre, écrit Rancière, que l’absence de tout titre à gouverner ».

 

La politique, ce n’est pas le gouvernement. La politique, c’est le gouvernement de ceux qui ne sont pas désignés en fonction de leur titre à gouverner. Le gouvernement de ceux que rien ne destine au gouvernement. La politique, c’est le « gouvernement anarchique ».

 

Cela peut sembler bien abstrait. C’est pourtant ce que met concrètement en oeuvre le tirage au sort. Ce dernier ne connaît pas de supérieur pour occuper une charge publique. Il ignore la continuité établie par les titres d’autorité entre une position privilégiée dans la société et le droit à la gouverner. Il est aveugle aux distinctions sociales : à la richesse de Pierre Karl Péladeau comme au nom et à la « belle gueule » de Justin Trudeau. Bref, la logique an-archique du tirage au sort est en tout point opposée à la logique « archique » du principe électif.

 

La politique n’est pas le pouvoir

 

Le présupposé anarcho-politique de Rancière heurte également l’idée répandue de nos jours que la politique, sous le couvert du bien commun et de la justice « démocratique », consiste en réalité à répartir le pouvoir, c’est-à-dire les postes d’autorité, selon les intérêts et les valeurs des groupes sociaux dominants. En somme, la politique, c’est « magouille et compagnie ».

 

Cette conception « sceptique » de la politique-pouvoir opère un décrochage entre le principe électif et sa pertinence politique.

 

Elle nous semble, cependant, manquer un point crucial. La politique, ce n’est pas House of Cards ou Game of Thrones. Ceux et celles qui rendent la politique identique au désir des grands de prendre le pouvoir confondent sous le même nom deux logiques différentes et opposées : la logique politique et la logique policière.

 

La police est un concept de Rancière. Elle désigne simplement l’ensemble des manières de constituer la visibilité d’une société en fonction de l’archè.

 

La « société de cour » et les mazarinades auxquelles nous identifions volontiers la politique répondent précisément à une telle constitution du visible. Elles figurent un monde social entièrement régi par la distribution hiérarchique des groupes qui le composent.

 

Rancière a pour habitude de résumer la police à la formule « Circulez ! Il n’y a rien à voir ». Ce qui signifie qu’il n’y a rien à voir d’autre que des supérieurs et des inférieurs, des gouvernants et des gouvernés, des élus et des électeurs, etc. La police ne connaît aucun monde commun. Elle ne connaît que des mondes séparés par des fonctions et des rangs.

 

C’est précisément ce qui la distingue de la politique. La police ne fait voir que des dominants et des dominés, tandis que la politique fait voir de surcroît des égaux. Il ne s’agit donc pas de nier l’existence des rapports de domination, mais de rompre la vision unilatérale qui ne montre qu’eux.

 

La politique ne gère pas des intérêts différents. Elle confronte des régimes de visibilité opposés.

 

Le tirage au sort, au contraire de l’élection, permet de rompre la logique sociale qui réserve les charges publiques aux élites. Il ne redistribue pas seulement des positions au hasard : il compose un corps politique aléatoire, un peuple sans archétype économique ou physique, un peuple anarchique.

 

La politique n’est pas l’État

 

Enfin, le lien d’identité de la politique à l’« an-archie » heurte l’idée plus sophistiquée et formulée de longue date par les anarchistes historiques eux-mêmes que la prétention politique de représenter le bien commun remplit la fonction idéale dont le pouvoir a besoin pour masquer son essence.

 

Cette critique sociale de la politique transforme cette dernière en théâtre d’ombres dont la vérité cachée résiderait dans un arrière-monde socioéconomique.

 

Marx, notamment, aura durablement contribué à installer dans le paysage critique cette dénonciation de la politique-spectacle.

 

Rancière note toutefois qu’elle aura joué un rôle d’une « extraordinaire ambiguïté » au cours des deux derniers siècles de luttes et de créations révolutionnaires.

 

D’un côté, la critique sociale de la politique ou, plus exactement, ses appropriations collectives auront paradoxalement permis de manifester la politique en dehors des instances étatiques auxquelles cette même critique l’avait pourtant limité : la politique s’est retrouvée à l’usine, au bureau, à l’école, au foyer, dans les rues et sur les places, etc.

 

De l’autre, cette critique aura rempli la fonction conservatrice de dénier une quelconque valeur à ces mêmes manifestations politiques extraparlementaires. Jadis prisée par les partis et les États « ouvriers » pour disqualifier les luttes non prioritaires, cette critique sociale permet de nos jours à l’économisme libéral d’expliquer la sphère politique par la sphère économique, les décisions de l’une par les seules nécessités de l’autre.

 

Le tirage au sort représente une solution de rechange à la politique telle que conçue par les orthodoxies marxistes d’antan et par les orthodoxies capitalistes d’aujourd’hui.

 

En désignant fortuitement ceux et celles qui n’auraient jamais exercé autrement des charges publiques, le tirage au sort constitue un peuple entre deux bords : le bord juridique qui le réduit au droit et à des institutions d’experts d’une part, le bord social qui le réduit aux classes pauvres et des institutions de contrôle d’autre part. « Les sujets politiques, affirme Rancière, se définissent toujours par un intervalle entre des identités, que ces identités soient déterminées par les rapports sociaux ou par les catégories juridiques. »

 

Le peuple politique est un peuple de dés-identifications. Le tirage au sort est une opération de dés-identification du peuple. L’élection, quant à elle, est la synthèse pratique des bords juridique et social de nos systèmes représentatifs. Elle identifie les élus et les classes dominantes au sujet de droit rationnel et responsable pour former le « bon peuple » des modernes et des experts. En retour, elle assimile au « mauvais peuple » arriéré et violent un socle croissant de citoyens pauvres ou précaires qui ne votent pas ou ne votent pas bien.

 

Que des candidats anti-systèmes et généralement affairistes profitent de la situation créée par un moyen de promotion des élites privées pour qu’elles s’enrichissent au détriment des électeurs n’a rien de très étonnant. Ce qui devrait nous étonner, en revanche, c’est l’obstination que nous mettons à ne pas voir combien ce moyen — l’élection — favorise l’ascension de ces affairistes.

 

Le tirage au sort ne permettra pas à lui seul de contrecarrer le désir de pouvoir des « professionnels de la brigue », comme les nomme Rancière. Mais au-delà des conditions auxquelles les défenseurs du système électoral assortissent sa mise en oeuvre — rotation des charges, mandat court et non cumulable dans le temps, décentralisation et relocalisation des lieux de délibération et de décision, etc. —, le tirage au sort soulève la question, proprement anarchique, qui se pose périodiquement à toute communauté politique : que signifient « commander » et « gouverner » pour une communauté de citoyens égaux qui se définissent par le refus de l’un et de l’autre ?

 

À ce problème entre égalité et inégalité, la réforme du mode de scrutin proposait une représentation plus fidèle des rapports inégalitaires qui règlent la société civile ; le tirage au sort, a contrario, oppose la mise en place de rapports égalitaires qui dérèglent ceux de la société civile. Pour Rancière, le débat politique ne se situe donc pas entre deux modes de scrutin, il se situe entre deux formes de suffrage : l’élection ou le tirage au sort.

 


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  • Raymond Labelle - Abonné 18 février 2017 06 h 15

    Question restante: le poids de la population non tirée au sort dans la prise de décisions

    À ces bons arguments on pourrait ajouter celui que le tirage au sort ferait aussi en sorte que chacun se sente susceptible d'avoir un poste d'autorité et donc, pourrait augmenter la probabilité que les citoyens s'intéressent à la chose publique. Et pourrait se sentir davantage représenté, car les responsables peuvent être n'importe qui.

    Mais il faut aussi considérer ceci. Les élections ne servent pas seulement à savoir qui sera élu, mais quelle politique sera adoptée. Si on a une préférence pour tel programme ou telle proposition, on peut la manifester lors de l'élection.

    Avec le tirage au sort seul, il n'y a pas de possibilité de choisir un programme ou une proposition si on en reste là. Il restera à déterminer le processus délibératif et d'approbation pour prendre les décisions et comment la population non tirée au sort pour diriger pourra faire valoir son point de vue et avoir un poids dans la prise de décisions.

    A noter que le tirage au sort existe déjà pour le choix de jurés. Aussi, il avait été utilisé pour constituer l'assemblée de citoyens en Colombie-Britannique chargée de déterminer quel mode de scrutin serait soumis à la population par référendum. Cette assemblée se devait, avant de délibérer, faire une tournée et entendre les représentations à ce sujet.

  • Sylvain Auclair - Abonné 18 février 2017 06 h 55

    Un problème

    Si le tirage au sort est le seul mode d'élection, les gens ordinaire sentiront qu'ils n'ont aucun pouvoir.

    • Jean-Sébastien Garceau - Abonné 18 février 2017 12 h 20

      "Tirage au sort" et "élection" sont antithétiques. Les gens ordinaires n'ont déjà aucun pouvoir politique (car ils ne sont pas le gouvernement). Au contraire, avoir la chance de devenir en charge du pouvoir politique est incroyablement plus fort que ce sentiment de lancer une toute petite bouteille à la mer tous les 4 ans.

  • Claude Bariteau - Abonné 18 février 2017 07 h 24

    La politique du hasard opposée la conscience citoyenne

    Rancière a la plume critique qu’alimente son regard anarchiste sur les règles de la démocratie représentative. Il imagina alors le tirage au sort pour remplacer les élections dans des sociétés libérales torpillées par le capitalisme.

    Pour lui, la conscience sociale étant en chute libre, aussi la lutte des classes, voire le marxisme qu'il voit tel un mouvement réformiste dépassé, l’aléatoire est l’arme secrète pour enrayer un déterminisme qui fait table rase de tout.

    En recourant au tirage au sort, son objectif est de miner la rampe de lancement qui propulse le capitalisme. Ce faisant, il transforme la démocratie un une loto qui sélectionne des gagnants dont la seule condition est d’être sur la liste des tirés au sort.

    Après, silence oblige. Les non-tirés deviennent les sujets des tirés jusqu’au prochain tirage. Que feront- ces tirés si, contrairement à Rancière, ils ne portent pas ses lunettes pour transformer la vie collective en quelque chose de non déterminée.

    Il y a dans le levier que devient le hasard un piège du seul fait que les tirés seront des membres d’une entité politique à l’image de ce que critique Rancière, car entre eux il y a autant de probabilité qu’ils reproduisent ce que Rancière a vu chez les élus.

    Aussi faudra-t-il des balises de contre-pouvoir. Si elles ont sauté en éclats, pourquoi alors ne pas chercher à en façonner de nouvelles en misant sur la revitalisation de la conscience sociale ?

    C’est là que l’antithèse à l’élection élague le citoyen et la citoyenne et institue des sujets dirigés par de nouveaux maîtres gagnants d’un un statut tiré au sort et actif dans un univers où la conscience a foutu le camp au profit des tireurs de ficelle du monde capitaliste.

    • Francois Cossette - Inscrit 18 février 2017 08 h 05

      Il propose, dans les faits, de remplacer la bêtise humaine par le hasard en souhaitant que celui-ci permette un choix plus éclairé. Je me dois malheureusement de dire, a la lumiere de ce que l'on voit, que le hasard a bien plus de chance d'etre un chois sensé.

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 18 février 2017 08 h 49

      Je suis d'accord avec vous et c'est aussi le sens que je mets dans mon commentaire au texte de M Mannet.
      Quand vous écrivez" pourquoi alors ne pas chercher à en façonner de nouvelles en misant sur la revitalisation de la conscience sociale ?" vous utilisez, dans l'état actuel des choses, le bon verbe puisqu'en "misant" on fait, en quelque sorte, un pari. Compte tenu des effets non seulement économiques mais aussi politiques et idéologiques que produit le néo-libéralisme on est, malheusement, en droit si les dés ne sont pas déjà pipés ?
      Pierre Leyraud

    • Claude Bariteau - Abonné 18 février 2017 12 h 53

      Ah bon ! Pour vous des gens sans projet gagnants à la loterie du pouvoir seraient un choix plus sensé que celui fait par les électeurs qui se présentent aux urnes, car ce que vous voyez n'est pas à la hauteur de vos attentes.

      Ne vous rendez-vous pas compte que vous préférez un choix à l'aveugle qu'un choix collectivement fait par des électeurs et des électrices que vous regardez avec les lunettes d'un anarchiste désireux d'accentuer l'anarchie.

  • Michel Sarao - Abonné 18 février 2017 07 h 41

    fini les partis politiques

    Et si on abolissait les partis politiques. Fini les lignes de partis. Nous ne voterions que pour des individus. Des députés formeraient le gouvernement. Nous voterions pour tel ou tel député pour être ministre. Ces ministres seraient redevables aux citoyens. Nous pourrions les remplacer aux besoins selon leurs promesses et leurs performances...
    Cette idée pourrait être développée.

  • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 18 février 2017 07 h 51

    LA "BONNE POLITIQUE" TIRÉE AU SORT ?

    Votre phrase "Le tirage au sort représente une solution de rechange à la politique telle que conçue par les orthodoxies marxistes d’antan et par les orthodoxies capitalistes d’aujourd’hui." indique clairement un des problèmes majeurs sur lequel le texte reste muet. En effet il est clair que, en ce qui concerne la forme, le tirage au sort se démarque qualitativement de tout systéme électif, mais doit-on comprendre votre phrase comme signifiant que le tirage au sort serait aussi une solution de rechange à la dichotomie politique "ordinaire " ( mal désignée d'ailleurs ) gauche ( marxiste) et droite (capitaliste) ? Alors que tout le texte se situe dans le cadre de la philosophie politique et utilise ses catégories, la phrase citée semble être une incursion dans la philosophie sociale puisque le mot politique semble être utilisé dans le sens de "la politique que font les politiciens ". Formulé autrement, le texte ne montre pas en quoi le tirage au sort pourrait conduire à "une meilleure politique pour tout le monde ". Pour quelles raisons une politique faite par des gens tirés au sort serait-elle automatiquement émancipatrice ? Par quelle magie le rapport égalitaire instauré par le tirage au sort diffuserait-il dans toutes les parties de la société ?
    On a déjà pensé que la démocratie parlementaire allait humaniser le capitalisme et la démocratie y a perdu des plumes en même temps que le capitalisme voguait vers le néo-libéralisme !
    " que signifient « commander » et « gouverner » pour une communauté de citoyens égaux qui se définissent par le refus de l’un et de l’autre ?" est sans doute une question fondamentale dans l'optique du tirage au sort, mais quand bien même on y aurait répondu on ne serait guère avancé sur le contenu des décisions politiques à prendre .
    Pierre Leyraud

    • Geoffroy Mannet - Abonné 20 février 2017 12 h 22

      Bonjour,

      J'entends bien votre critique mais mon point était le suivant: l'élection et le tirage au sort sont avant tout des procédures de répartition des charges publiques entre les citoyens. Ces procédures ne s'équivalent pas. La première est inégalitaire, elle vise à désigner le meilleur; la seconde est démocratique, elle vise à désigner l'égal.
      Par conséquent ceux et celles qui prétendent démocratiser les institutions politiques avec l'élection ignorent ou sous-estiment la propriété antidémocratique de l'élection.
      Ma critique porte sur le caractère discriminatoire de l'élection en tant que telle.
      Maintenant vous avez raison, le tirage au sort tout comme l'élection est un critère formel et non un critère matériel. Il ne définit donc pas une politique.
      Cependant, j'attire votre attention sur ce point: le tirage au sort ne peut exister dans n'importe quelle société. Une société de "nazions" n'accepterait pas le tirage au sort qui présuppose tout de même le pouvoir de n'importe qui.
      autrement dit, le tirage au sort est un critère formel qui appelle malgré tout certain contenu politique pour exister, à commencer par des rapports libres et égalitaires entre les hommes.