Les Google Glass sous l’oeil de Descartes

Photo: Collage: Tiffet

Samsung, le géant coréen de l’électronique, vient de lancer sur le marché, en cette fin d’année 2013, sa première montre dite « intelligente », la Galaxy Gear. Elle prendra place sur un marché qu’on annonce prometteur et qui porte déjà un terme générique le qualifiant, celui des « technologies mettables » (comme on « met » un vêtement), aux côtés de la deuxième version de la montre de Sony, elle aussi toute récente, et en attendant les déjà fameuses — bien avant leur sortie supposée en 2014 — « lunettes intelligentes » de Google, les désormais célèbres Google Glass (ainsi appelées, et non pas « glasses », car il n’y a qu’un seul verre).

Ce nouveau segment économique, que certains chiffrent déjà en millions d’objets vendus dans les années à venir, vecteur de croissance espéré de l’industrie électronique, soulève dès maintenant de nombreuses interrogations, fait naître des fantasmes de surveillance généralisée et affole les beaux esprits. Qui, en effet, contrôlera ces nouveaux objets ? Qui pourra s’assurer que ces gadgets invisibles ou au fonctionnement indétectable, souvent équipés de minuscules caméras espions, ne violeront pas en permanence notre vie privée, créant autant de nouveaux problèmes quotidiens que de casse-têtes juridiques pour ceux qui essayeront d’en réglementer l’usage, en tentant d’allier périlleusement le respect de la liberté individuelle et celui de l’intimité d’autrui ?


La philosophie moderne souvent antitechnologique

À vrai dire, celui qui critique, en particulier dans le domaine de la technologie moderne, a toujours d’excellents exemples et de très bons arguments à faire valoir. Il est ainsi toujours possible, pour celui qui le voudrait, de ne parler de l’aviation que sous l’angle des catastrophes aériennes, des nuisances sonores et de l’épuisement des sources d’énergie fossiles. Vues sous cet aspect, les plus belles innovations de l’esprit humain flétriront à vue d’oeil et prendront vite un tour inquiétant, l’angoisse naîtra de ce qui aurait pu susciter l’admiration et la prise de distance critique à leur égard deviendra le mot d’ordre incontournable.

Ainsi en va-t-il aujourd’hui, presque toujours, dans le domaine de la philosophie de la technologie : à titre d’exemple de cette hantise, on peut rappeler l’article publié ici même, dans cette rubrique, il y a deux ans, lors de la sortie d’un nouvel iPhone. Prenant Heidegger pour modèle, l’auteur taillait en pièces le dernier jouet de la marque californienne, accusé de tous les maux ou presque.

Cette technophobie commune à la plupart des philosophes contemporains nous interdit donc, si on ne désire pas critiquer systématiquement l’innovation technologique, de rechercher de leur côté une analyse bienveillante à son égard. C’est donc plutôt, et de manière paradoxale, du côté des philosophes du passé qu’il faut parfois aller chercher, en se basant sur ce qu’ils ont dit des innovations de leur temps, cette compréhension plus ouverte à l’égard de nos technologies modernes. Parmi ces philosophes qui n’ont pas été négatifs ou suspicieux, mais au contraire enthousiastes envers les technologies de leur époque, il en est un justement, non des moindres, qui peut nous aider à poser quelques étapes sur le chemin de la compréhension de ces nouvelles « technologies mettables » : je veux parler de René Descartes (1596-1650).

Le philosophe accordait une très grande importance aux informations que nous procurent nos sens. Par conséquent, il pourrait nous aider à comprendre ce rapport inédit que nous nouons avec ces objets intelligents qui s’incrustent désormais au plus près de notre corps. C’est Descartes en effet qui écrivait dans son ouvrage majeur, Les méditations métaphysiques : « Tout ce que j’ai reçu jusqu’à présent pour le plus vrai et assuré, je l’ai appris des sens, ou par les sens. »

Avant de douter de ces mêmes sens — idée qu’on retient le plus souvent de ce début des Méditations — Descartes nous rappelle leur importance. Or c’est précisément grâce à ces nouvelles technologies, par la voie royale des sens et non par l’apprentissage fastidieux ou bien le raisonnement, que nous serons renseignés (ou trompés, diront les détracteurs) par les informations en quelque sorte tombées du ciel, là, à la disposition de nos organes de perception… Se situant contre notre peau ou devant nos yeux, ces objets nous donneront immédiatement, sans intermédiaire, toutes les indications que nous voulons.

Oculocentrisme

La fascination inquiète suscitée par les lunettes de Google s’explique sans doute par l’importance de celui de nos cinq sens qui est ici concerné. Dans un autre ouvrage de Descartes, La dioptrique, le philosophe écrit, dès sa première phrase : « Toute la conduite de notre vie dépend de nos sens, entre lesquels celui de la vue étant le plus universel et le plus noble, il n’y a point de doute que les inventions qui servent à augmenter sa puissance, ne soient des plus utiles qui puissent être. » On retrouve ici l’importance extraordinaire accordée par l’homme aux informations provenant de la vue, ce que l’on peut appeler notre « oculocentrisme ».

Descartes poursuit : « Et il est malaisé d’en trouver aucune qui l’augmente davantage que celle de ces merveilleuses lunettes qui, n’étant en usage que depuis peu, nous ont déjà découvert de nouveaux astres dans le ciel, et d’autres nouveaux objets dessus la terre, en plus grand nombre que ne sont ceux que nous y avions vus auparavant : en sorte que, portant notre vue beaucoup plus loin que n’avait coutume d’aller l’imagination de nos pères, elles semblent nous avoir ouvert le chemin, pour parvenir à une connaissance de la Nature, beaucoup plus grande et plus parfaite qu’ils ne l’ont eue. »

Toutes proportions gardées, par comparaison avec les merveilleux instruments d’optique du XVIIe siècle, le Nouveau Monde auquel nous ouvrent aujourd’hui les technologies mettables, c’est celui du virtuel, ou plus exactement le mixte du « réel » et du « virtuel », leur fusion en un seul continuum de perceptions, comme on ne l’a encore jamais connu. Ce qui est visé ici, ce ne sont pas tant les fameuses Glass elles-mêmes (dont le premier modèle sera certainement loin d’être parfait et dont le look fera hésiter beaucoup de gens à s’en affubler) ou les montres intelligentes actuelles, que le principe fondamental qui les habite et qu’on pourrait résumer ainsi : être connecté, partout, tout le temps, sans que jamais le monde numérique ne soit hors de notre portée.


La supplémentation du réel

Là en effet où, avec un téléphone intelligent « traditionnel » (si on ose employer ce mot pour un appareil qui n’existe, après tout, que depuis quelques années, malgré le sentiment que nous avons de sa naturalité, l’impression qu’il a toujours été là), il est possible de louper un appel, en n’entendant pas par exemple la sonnerie du téléphone dans la poche de sa veste, avec une montre connectée au poignet, il est impossible d’ignorer qu’un message vient d’arriver ou qu’un correspondant cherche à nous joindre, par le simple fait que la montre vibre pour nous en informer. Avec les lunettes intelligentes, c’est la réalité supplémentaire elle-même de l’univers « virtuel » qui nous sera en permanence accessible.

D’ores et déjà, en effet, nous vivons une double vie numérique, notre vie ordinaire est secondée, complétée, une couche logicielle s’interpose entre nous et la réalité. C’est le cas, par exemple, lorsque nous prenons les transports en commun et que nous pouvons suivre, en direct sur notre smartphone, à travers une application dédiée, l’état réel du trafic et être ainsi informés, en « temps réel » comme on dit, de tout incident survenant sur notre ligne et pouvant générer du retard.

Cette supplémentation du réel, cette adjonction permanente d’information à la quotidienneté ordinaire de nos vies atteint une forme d’apogée dans ce qu’on appelle la « réalité augmentée », lorsque par exemple nous voulons en savoir plus sur un monument devant nous, ou connaître la direction d’une station de taxi dans une ville inconnue, et qu’il nous suffit de regarder l’écran de notre téléphone intelligent pour y voir, superposées à l’image live du bâtiment ou de la rue actuellement en face de nous les informations désirées, notre position géographique étant repérée grâce au GPS intégré de notre appareil, les indications de distance ou les renseignements culturels apparaissant en surimpression sur le fond de la réalité ordinaire perçue comme à travers les vitres d’une voiture.

Cependant, ces utilisations restent, on le sait, exceptionnelles, certains n’utilisant jamais ces fonctions. Et cela s’explique fort bien, pour de simples raisons pratiques, car personne n’a jamais passé et ne passera jamais sa vie le bras tendu vers l’avant, un smartphone à la main, en dirigeant celui-ci vers le monde qui se présente en face de lui pour lire sur son écran les informations que son téléphone lui donnera sur la réalité environnante, seconde par seconde.

C’est ici, précisément, que les lunettes (en attendant bientôt les lentilles) intelligentes révèlent leur importance. Ce n’est pas autrement, en effet, qu’avec un tel dispositif sans cesse présent à notre regard et ne nécessitant pas d’effort de notre part pour se maintenir dans le champ de notre perception que la fusion complète, l’interaction permanente entre les deux mondes sera faisable. L’immersivité absolue, la jointure parfaite des deux univers nécessitait l’ingéniosité de cette invention, à vrai dire sans doute inéluctable, un jour ou l’autre appelée à être incarnée dans un engin incontournable, quelles que soient les préventions et les réticences que nous puissions nourrir à son égard.

Aujourd’hui, de fait, nous ne sommes pas toujours connectés, nous en sommes même loin pour certains d’entre nous. De ces gens ordinaires, consommateurs intermittents du réseau, intérimaires du web, les montres et surtout les lunettes connectées feront demain des résidents permanents du Monde secondaire de la Toile, branchés sans discontinuer, au moins le temps de leur vie consciente, dès le matin au réveil et le soir au coucher, ou même, pour les plus accros, jusqu’à l’ultime moment de s’endormir, de rejoindre l’autre monde virtuel du rêve, connu depuis bien longtemps celui-là. La mort elle-même peut-être, ultime passage éventuel vers un tout autre monde, un réseau radicalement différent, ne s’atteindra pas sans avoir une dernière fois perçu la réalité d’ici-bas à travers l’altérité augmentée de nos lentilles intelligentes.

Une question fondamentale nous est alors posée. Si, par exemple, j’ai rencontré, comme Descartes, la reine de la Suède mais que je ne l’ai pas recon-nue, je manque certainement quelque chose du réel si je dis : « J’ai rencontré une femme célèbre aujourd’hui à Stockholm. » Si, grâce à la reconnaissance des visages implantée dans des lunettes intelligentes, j’ai su qui je rencontrais, ma connaissance du réel est sans doute plus exacte. Mais jusqu’où va cette connaissance ? Le réel se réduit-il à la somme d’informations que nous en prenons ? Jusqu’à quelle couche de renseignements, à quelle quantité de savoir les lunettes devront-elles aller pour que nous ne rations rien du monde extérieur qui nous entoure ? Voilà une première interrogation qu’on peut proposer, en guise de petite introduction philosophique à la nouveauté des technologies mettables.

Vincent Billard, auteur de Geek philosophie (2013) et d’iPhilosophie. Comment la marque à la pomme investit nos existences (2011), tous deux aux Presses de l’Université Laval.

12 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 28 décembre 2013 11 h 42

    Jamais eu de problème avec les monuments

    Quand je croise un monument dans un parc, je n'ai pas le réflexe de me désoler de ne pas déjà ou immédiatement tout savoir sur lui.

    Je le regarde avec mes yeux de mortelle, en commençant par où je veux, les orteils si ça me chante.

    Si je veux en savoir plus long, je peux aborder ce vieux monsieur sur un banc qui nourrit les pigeons et nous avons une agréable conversation. Je peux également souhaiter ne pas tout savoir de ce monument, garder certains aspects dans l'ombre, et aussi avoir en tout temps une bonne excuse de ne pas toujours répondre au téléphone: je ne l'ai pas entendu. Mieux, mon téléphone est et restera chez moi.

    • Stéphanye Carrier - Inscrite 28 décembre 2013 15 h 08

      Sauf que l'information disponible sur Internet risque d'être plus exacte et plus détaillée que ce que le vieux monsieur va vous dire.
      La technologie ne vous empêcherait pas non plus de regarder la statue en commençant où bon vous semble.
      Votre argument est centré sur l'argument du "naturel", comme quoi ce qui est naturel est mieux. Or, c'est un argument sans fondement.

    • Jean-Pierre Audet - Abonné 29 décembre 2013 17 h 02

      Je suis entièrement d'accord avec la réaction de Mme Marcotte. J'ai sursauté en lisant le dernier paragraphe de l'auteur, dont cette phrase inouie que Descartes n'aurait certainement pas imaginée : " Jusqu’à quelle couche de renseignements, à quelle quantité de savoir les lunettes devront-elles aller pour que nous ne rations rien du monde extérieur qui nous entoure ?" Il est facile de traiter de sans fondement l'argument du "naturel". Branchés du lever au coucher, nous oublions peu à peu qui nous sommes. Devenus virtuels, nous finirons par faire l'amour à nos lunettes.

  • Nicolas Blackburn - Inscrit 28 décembre 2013 11 h 51

    Instruments et média

    La conclusion de l'article pose une question qui m'est justement venue à l'esprit en lisant l'article : "Le réel se réduit-il à la somme d’informations que nous en prenons ?"

    Je pense qu'il existe une différence fondamentale entre les googles glass et autres appareils intelligents, et par exemple, un téléscope, pour reprendre l'exemple de Descartes. Cette différence fondamentale est la suivante: un téléscope est un instrument alors que les google glass et autres appareils de cette famille sont des média. Ainsi, un instrument, au contraire d'un médium ne fait pas que relayer une information déjà connue ou calculée à partir d'autres informations connues, mais il apporte plutôt une nouvelle information qui n'existait pas avant.

    Ainsi, la nature des informations ajoutées par un instrument transforme la représentation que nous nous faisons de la réalité et nous permet de mieux la connaître en y ajoutant de nouvelles mesures alors qu'un médium peut présenter l'information sous une forme en apparence nouvelle, mais dont la nature de cette information ne nous permettra jamais de découvrir ou de confirmer de nouvelles mesures et ainsi de mieux connaître le réel.

    • Gabriel Auclair - Inscrit 29 décembre 2013 13 h 19

      Êtes-vous en train de dire que toutes formes de communications sont futiles?

    • Nicolas Blackburn - Inscrit 30 décembre 2013 09 h 56

      @M. Auclair

      Bien sûr que non. Je ne dis pas que les média sont futiles. Je pense au contraire qu'ils sont très utiles et bien que ne jouant pas le même rôle, instruments et média sont complémentaires dans notre compréhension du réel. Dans mon commentaire, j'ai simplement tenté de répondre à la question posée en fin d'article et je crois que pour y répondre, il est utile de faire la distinction entre média et instrument.

  • Ève Marie Langevin - Abonnée 28 décembre 2013 13 h 04

    Surtout ne rien manquer!

    Vos questions à la fin de votre texte partent d'un apriori qui me semble nécessiter quelques questions préalables : quelle est la nature de ce besoin de ne rien rater sur notre monde extérieur ? En quoi cette immense masse d'information potentiellement disponible n'est-elle pas un distracteur ou pire, un déni de notre vie intérieure ? Comme le mentionne Mme Marcotte ci-dessus, est-ce que ces nouvelles technologies de l'information vont rendre caduc le petit effort d'aller vers l'autre pour lui poser une question? Préférez-vous regarder sur votre GPS ou demander votre chemin à quelqu'un lorsque vous êtes perdu ? En quoi cette technologie va-t-elle enrichir l'humanité des personnes et vraiment développer le potentiel de leurs sens ? Comment ces TIC vont-elles affecter le tissu social qui est déjà gravement malade ?

    Plusieurs de mes amis qui ont un téléphone intelligent me disent qu'ils ont peur d'en devenir esclaves ou avouent candidement l'être devenus volontairement. Quand je marche sur la rue, je préfère rester en contact avec le moment présent, les lieux, les gens qui passent, les sons, les paysages et mes propres rêveries, bref la vie qui passe, plutôt que de rester branchée, les yeux (encore) rivés à un écran...

    Autre question d’actualité, la NSA, son homologue britannique ou autre, mettront-elles scandaleusement une application cachée dans ces lunettes, comme on vient d’apprendre qu’elles l’ont fait dans nos ordinateurs et cellulaires pour nous espionner, nous les citoyens ordinaires ? (voir http://evemarieblog.wordpress.com/2013/12/26/refus
    Ève Marie Langevin, 28-12-13

    • Gabriel Auclair - Inscrit 29 décembre 2013 14 h 41

      "[Quelle] est la nature de ce besoin de ne rien rater sur notre monde extérieur ?"
      Elle s'appelle curiosité et est mère de tout progrès. Mais elle ne peut nuire à aucune vie intérieure. Il est une vieille idée selon laquelle la science et la créativité sont antagonistes, que la connaissance et la technologie sont des forces immanentes qui ramènent à leur niveau tout ce qui transcendent. Les Romains avaient par exemple l'habitude d'utiliser le fer travaillé pour contrer les fantômes. De cette idée fallacieuse peut découler l'idée que celui qui connaît les secrets de la lumière ne pourrait voir la beauté d'un arc-en-ciel, ou encore qu'un littéraire ne pourrait aimer la lecture. Ladite théorie ne tient pas la critique.

      Seconde idée fallacieuse: Les nouvelles technologies nuisent au tissu social. Je suis certain que si, à l'aube de l'histoire, certaines personnes étaient les moindrement semblables aux présents détracteurs et détractrices de TIC, on aurait pu voir des personnes décriées l'invention de l'écriture pour les mêmes raisons. "Morbleu, diraient-ils, l'écriture risque de nuire aux liens sociaux car les personnes risques d'arrêter de parter de vive voix au profit des tablettes d'argile gravée." Je vous propose comme défit de me donner un argument fondé sur le tissu social qui ne peut être utilisé pour dénoncer l'écriture.

      Finalement, je vous conseille de vérifier la définition d'"esclavage" avant de l'utiliser n'importe comment. Il y a des personnes qui sont mortes en combattant l'esclavage. Vous déshonorer leur lutte par votre mauvais usage du mot "esclavage".

  • Claude Saint-Jarre - Inscrit 28 décembre 2013 17 h 25

    Non philosophe

    Je suis académiquement un non philosophe, mais j'aime penser. À la lecture de cet article, et il me semble qu'il y a un surplus de transcendance par rapport à l'immanence et, surtout, un manque d'être à combler d'abord en lisant sur la philosophie de l'immatérialisme.

  • Gilbert Talbot - Abonné 29 décembre 2013 09 h 59

    Le virtuel est réel!

    Quand nous distinguons le virtuel et le réel, on fait une fausse dichotomie. Le virtuel fait partie du réel: il est de plus en plus présent dans notre réalité quotidienne. Descartes n'est peut-être pas le meilleur philosphe pour faire l'éloge de ces google Glass. Pour lui la pensée était supérieure aux sens: une idée claire et distincte était plus crédible que les perceptions de nos cinq sens. Son fameux cogito nous donne la pensée comme critère de vérité de notre propre existence: je ne peux pas douter que je pense, alors que je peux douter de mes sens.

    Il faut aller plutôt du côté des philosophes matérialistes - Démocrite, Épicure - qui, bien avant Descartes avaient affirmé que ce ne sont pas nos sens qui nous trompaient mais notre esprit qui faussait le message émis par nos sens. Et pour eux, notre sens le plus important n'était pas la vue, mais le toucher dont les capteurs sont présents sur tout le corps et même à l'intérieur. D'ailleurs votre texte confirme - involontairement peut-être - cette supériorité du toucher lorsque vous parlez des vibrations qu'on peut mieux percevoir que les sons ou la vue, qui ne sont pas en constant éveil alors que le toucher est toujours en alerte.

    • Robert Morin - Inscrit 29 décembre 2013 21 h 08

      M. Talbot, vous me permettrez ce bref commentaire. J'aurai été incapable d'aussi bien dire que vous. J'ajouterai seulement que même sans toucher ou source extérieure, une personne ayant développé suffisamment la conscience peut ressentir les vibrations corporelles dans son entièreté.