Adoption d'une motion contre l'établissement de tribunaux islamiques - Les musulmans du Québec se sentent discriminés par l'Assemblée nationale
Photo : Jacques Nadeau
Le débat entourant l'instauration d'un tribunal d'arbitrage islamique en Ontario et, surtout, la motion unanime adoptée en mai dernier par l'Assemblée nationale du Québec en opposition à l'implantation de tels tribunaux ici ont suscité un vif malaise dans la communauté musulmane québécoise, qui s'est sentie stigmatisée.
Dans la foulée de la controverse qui faisait rage en Ontario — et qui s'est soldée dimanche par l'annonce par le premier ministre ontarien Dalton McGuinty du retrait des questions familiales de la procédure d'arbitrage religieux —, la députée Fatima Houda-Pepin avait déposé le 26 mai dernier une motion stipulant que l'Assemblée nationale du Québec s'opposait «à l'implantation des tribunaux dits islamiques au Québec et au Canada».
Pour la trentaine de groupes musulmans signataires d'une déclaration commune publiée aujourd'hui dans Le Devoir en rubrique Libre opinion, cette motion «stigmatise les citoyens de confession musulmane et exprime une discrimination à l'encontre de leur religion». Ces groupes s'abstiennent de se prononcer sur la pertinence même de l'arbitrage religieux, soulignant que si un tel débat devait avoir lieu un jour, ils prendraient position «selon leur lecture des intérêts de la société québécoise et des besoins de ses communautés ethniques et religieuses».
Quelques représentants des organisations signataires ont entrepris ces derniers jours une tournée auprès des médias et de divers politiciens pour demander le retrait de cette motion. «On n'adopte pas une motion à l'unanimité pour quelque chose qui est déjà interdit, qui n'a jamais été permis par la loi, ni pour les musulmans, ni pour personne d'autre. [...] C'est comme si on disait que pour les musulmans, c'est interdit de passer au feu rouge», illustre Nadia Touami, de l'organisme Présence musulmane. «Par une motion, on a montré du doigt toute une communauté», renchérit Rachid Boudjarane, du Regroupement des Algériens canadiens.
Contrairement à la législation qui prévalait en Ontario, le Code civil québécois stipule clairement que les questions familiales relèvent exclusivement du système de justice séculier.
Il eût mieux valu, selon ces groupes, rappeler l'esprit de la loi déjà existante et faire référence aux tribunaux religieux en général, toutes confessions confondues. Cette motion a été reçue, selon Mme Touami, comme une «autre gifle», qui vient s'ajouter aux difficultés d'insertion socioprofessionnelle des musulmans dans une société «de plus en plus islamophobe».
Cette motion est d'autant plus grave qu'aucune demande formelle en faveur de tribunaux musulmans n'avait été déposée au Québec, poursuit Mme Touami.
En fait, le président du Conseil musulman de Montréal avait sollicité l'an dernier une rencontre avec le ministre de la Justice pour discuter entre autres de la création d'une instance de médiation qui offrirait ses services dans le cadre de la législation actuelle. La rencontre n'a pas eu lieu et, depuis, le projet a été abandonné. «Si quelqu'un en a fait la demande, c'est son affaire à lui. La communauté n'a pas été consultée», fait valoir Rachid Boudjarane.
Il souligne que la majorité des musulmans québécois sont «des gens modérés». «L'intégrisme est minoritaire. On dirait que lorsqu'il est question de la communauté musulmane, on met beaucoup plus l'accent sur ce petit groupe-là que sur la communauté qui veut vraiment s'intégrer», déplore M. Boudjarane.
Pour Nadia Touami, une «thérapie» collective s'impose pour parler des tabous et des peurs qui assombrissent les rapports avec les musulmans au Québec. «Le Québec a peur de ses musulmans. [...] On ne peut plus dire "intégriste" et "islamiste à tout crin" à quiconque porte un foulard. Il va falloir ouvrir des canaux de discussion au-delà des reportages télévisés, qui ne durent que deux minutes», plaide-t-elle, soulignant qu'un important travail de sensibilisation est également en cours au sein même de la communauté pour «sortir de la victimisation».
Dans la foulée de la controverse qui faisait rage en Ontario — et qui s'est soldée dimanche par l'annonce par le premier ministre ontarien Dalton McGuinty du retrait des questions familiales de la procédure d'arbitrage religieux —, la députée Fatima Houda-Pepin avait déposé le 26 mai dernier une motion stipulant que l'Assemblée nationale du Québec s'opposait «à l'implantation des tribunaux dits islamiques au Québec et au Canada».
Pour la trentaine de groupes musulmans signataires d'une déclaration commune publiée aujourd'hui dans Le Devoir en rubrique Libre opinion, cette motion «stigmatise les citoyens de confession musulmane et exprime une discrimination à l'encontre de leur religion». Ces groupes s'abstiennent de se prononcer sur la pertinence même de l'arbitrage religieux, soulignant que si un tel débat devait avoir lieu un jour, ils prendraient position «selon leur lecture des intérêts de la société québécoise et des besoins de ses communautés ethniques et religieuses».
Quelques représentants des organisations signataires ont entrepris ces derniers jours une tournée auprès des médias et de divers politiciens pour demander le retrait de cette motion. «On n'adopte pas une motion à l'unanimité pour quelque chose qui est déjà interdit, qui n'a jamais été permis par la loi, ni pour les musulmans, ni pour personne d'autre. [...] C'est comme si on disait que pour les musulmans, c'est interdit de passer au feu rouge», illustre Nadia Touami, de l'organisme Présence musulmane. «Par une motion, on a montré du doigt toute une communauté», renchérit Rachid Boudjarane, du Regroupement des Algériens canadiens.
Contrairement à la législation qui prévalait en Ontario, le Code civil québécois stipule clairement que les questions familiales relèvent exclusivement du système de justice séculier.
Il eût mieux valu, selon ces groupes, rappeler l'esprit de la loi déjà existante et faire référence aux tribunaux religieux en général, toutes confessions confondues. Cette motion a été reçue, selon Mme Touami, comme une «autre gifle», qui vient s'ajouter aux difficultés d'insertion socioprofessionnelle des musulmans dans une société «de plus en plus islamophobe».
Cette motion est d'autant plus grave qu'aucune demande formelle en faveur de tribunaux musulmans n'avait été déposée au Québec, poursuit Mme Touami.
En fait, le président du Conseil musulman de Montréal avait sollicité l'an dernier une rencontre avec le ministre de la Justice pour discuter entre autres de la création d'une instance de médiation qui offrirait ses services dans le cadre de la législation actuelle. La rencontre n'a pas eu lieu et, depuis, le projet a été abandonné. «Si quelqu'un en a fait la demande, c'est son affaire à lui. La communauté n'a pas été consultée», fait valoir Rachid Boudjarane.
Il souligne que la majorité des musulmans québécois sont «des gens modérés». «L'intégrisme est minoritaire. On dirait que lorsqu'il est question de la communauté musulmane, on met beaucoup plus l'accent sur ce petit groupe-là que sur la communauté qui veut vraiment s'intégrer», déplore M. Boudjarane.
Pour Nadia Touami, une «thérapie» collective s'impose pour parler des tabous et des peurs qui assombrissent les rapports avec les musulmans au Québec. «Le Québec a peur de ses musulmans. [...] On ne peut plus dire "intégriste" et "islamiste à tout crin" à quiconque porte un foulard. Il va falloir ouvrir des canaux de discussion au-delà des reportages télévisés, qui ne durent que deux minutes», plaide-t-elle, soulignant qu'un important travail de sensibilisation est également en cours au sein même de la communauté pour «sortir de la victimisation».
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