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Adoption d'une motion contre l'établissement de tribunaux islamiques - Les musulmans du Québec se sentent discriminés par l'Assemblée nationale

Clairandrée Cauchy   15 septembre 2005  Justice
Photo : Jacques Nadeau
Le débat entourant l'instauration d'un tribunal d'arbitrage islamique en Ontario et, surtout, la motion unanime adoptée en mai dernier par l'Assemblée nationale du Québec en opposition à l'implantation de tels tribunaux ici ont suscité un vif malaise dans la communauté musulmane québécoise, qui s'est sentie stigmatisée.

Dans la foulée de la controverse qui faisait rage en Ontario — et qui s'est soldée dimanche par l'annonce par le premier ministre ontarien Dalton McGuinty du retrait des questions familiales de la procédure d'arbitrage religieux —, la députée Fatima Houda-Pepin avait déposé le 26 mai dernier une motion stipulant que l'Assemblée nationale du Québec s'opposait «à l'implantation des tribunaux dits islamiques au Québec et au Canada».

Pour la trentaine de groupes musulmans signataires d'une déclaration commune publiée aujourd'hui dans Le Devoir en rubrique Libre opinion, cette motion «stigmatise les citoyens de confession musulmane et exprime une discrimination à l'encontre de leur religion». Ces groupes s'abstiennent de se prononcer sur la pertinence même de l'arbitrage religieux, soulignant que si un tel débat devait avoir lieu un jour, ils prendraient position «selon leur lecture des intérêts de la société québécoise et des besoins de ses communautés ethniques et religieuses».

Quelques représentants des organisations signataires ont entrepris ces derniers jours une tournée auprès des médias et de divers politiciens pour demander le retrait de cette motion. «On n'adopte pas une motion à l'unanimité pour quelque chose qui est déjà interdit, qui n'a jamais été permis par la loi, ni pour les musulmans, ni pour personne d'autre. [...] C'est comme si on disait que pour les musulmans, c'est interdit de passer au feu rouge», illustre Nadia Touami, de l'organisme Présence musulmane. «Par une motion, on a montré du doigt toute une communauté», renchérit Rachid Boudjarane, du Regroupement des Algériens canadiens.

Contrairement à la législation qui prévalait en Ontario, le Code civil québécois stipule clairement que les questions familiales relèvent exclusivement du système de justice séculier.

Il eût mieux valu, selon ces groupes, rappeler l'esprit de la loi déjà existante et faire référence aux tribunaux religieux en général, toutes confessions confondues. Cette motion a été reçue, selon Mme Touami, comme une «autre gifle», qui vient s'ajouter aux difficultés d'insertion socioprofessionnelle des musulmans dans une société «de plus en plus islamophobe».

Cette motion est d'autant plus grave qu'aucune demande formelle en faveur de tribunaux musulmans n'avait été déposée au Québec, poursuit Mme Touami.

En fait, le président du Conseil musulman de Montréal avait sollicité l'an dernier une rencontre avec le ministre de la Justice pour discuter entre autres de la création d'une instance de médiation qui offrirait ses services dans le cadre de la législation actuelle. La rencontre n'a pas eu lieu et, depuis, le projet a été abandonné. «Si quelqu'un en a fait la demande, c'est son affaire à lui. La communauté n'a pas été consultée», fait valoir Rachid Boudjarane.

Il souligne que la majorité des musulmans québécois sont «des gens modérés». «L'intégrisme est minoritaire. On dirait que lorsqu'il est question de la communauté musulmane, on met beaucoup plus l'accent sur ce petit groupe-là que sur la communauté qui veut vraiment s'intégrer», déplore M. Boudjarane.

Pour Nadia Touami, une «thérapie» collective s'impose pour parler des tabous et des peurs qui assombrissent les rapports avec les musulmans au Québec. «Le Québec a peur de ses musulmans. [...] On ne peut plus dire "intégriste" et "islamiste à tout crin" à quiconque porte un foulard. Il va falloir ouvrir des canaux de discussion au-delà des reportages télévisés, qui ne durent que deux minutes», plaide-t-elle, soulignant qu'un important travail de sensibilisation est également en cours au sein même de la communauté pour «sortir de la victimisation».






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  • Alceste Parise
    Inscrit
    jeudi 15 septembre 2005 07h19
    Aucune discrimination
    « Le Code civil québécois stipule clairement que les questions familiales relèvent exclusivement du système de justice séculier.
    L'ontario a exclu les procédures d'arbitrage religieux, qu'elles soient islamiques, juives ou de n'importe quelle autre religion.
    Il me semble que les Islamiques essaient d'avancer en se plaignant comme catégorie, au lieu de montrer leur valeur comme individus. »

  • Ginette Desmarais
    Abonné
    jeudi 15 septembre 2005 11h25
    Perplexité...
    « J'ai sursauté ce matin en voyant la photo du journal imprimé, qui accompagnait votre article. Est-ce bien du Devoir qu'il s'agit ?

    Comme tout citoyen du monde, l'islam m'interpelle depuis quelques années, et j'essaie honnêtement de mieux comprendre la pensée et l'attitude des musulmans ici et dans le monde. À ce titre, je me dissocie complètement de votre "point de vue" assez chauvin merci, et m'interroge sérieusement sur vos intentions éditoriales. Le choix d'une photo plutôt que telle autre n'est jamais innocent. Où voulez-vous en venir ? »

  • Bruno Déry
    Inscrit
    jeudi 15 septembre 2005 23h19
    Non à la charia nationale!
    « Jeudi le 26 mai dernier, la motion suivante a été présentée et adoptée à l'unanimité par les membres de l'Assemblée nationale :

    «Que l'Assemblée nationale du Québec s'oppose à l'implantation des tribunaux dits islamiques au Québec et au Canada.»

    Bien que les objectifs des membres de l'Assemblée nationale soient forts louables, ce message sera-t-il perçu selon ses objectifs, dont certains spécifiques à notre culture; ou ce message sera-t-il reçu comme un rejet spécifique de l'islamisme? La réponse semble évidente pour nous québécois, mais l'est-elle pour ceux de culture islamique, ceux que l'on cherche à convaincre de partager nos idéaux?

    Au Québec, la religion catholique, en autre, possède des tribunaux entièrement indépendants de l'État, et vis versa, en ce qui a trait au mariage. Cette façon de faire est largement acceptée, car elle est respectueuse des droits et libertés de tous, entre autre par le respect de l'autorité de l'État qui est responsable d'offrir une protection des droits fondamentaux, des droits inaliénables de chaque personne. La « charia catholique » existe au Québec, mais elle est respectueuse de nos idéaux; sans doute parce que c'est l'Église catholique qui a inspirés en grande partie nos idéaux.

    En visant directement les tribunaux islamiques avec une motion unanime et forte, envoie-t-on un message de juste séparation entre l'État et les Églises, et de respect des droits et libertés individuels; ou envoie-t-on un message de rejet tout court? La compréhension même de la laïcité au Québec ne fait pas l'unanimité au sein d'une nation qui se dit tricotée serrée, qui se dit distincte. Comment un tel message sera donc perçu par des gens qui ne partagent pas en profondeur la culture québécoise? Faut-il rappeler que cette motion, ce message, s'adresse en premier lieu à des gens que l'on cherche à intégrer à notre culture, donc des gens qui ne partagent pas notre culture et surtout pas ses subtilités?

    En envoyant un message de rejet et de refus total, encourageons-nous la clandestinité des musulmans? Il est fort possible d'être marié religieusement sans être marié civilement. Avec la motion de rejet de l'Assemblée nationale, il ne sera pas trop difficile de trouver un imam pour pratiquer un tel mariage clandestin. De plus, il est facile de vivre comme des gens mariés et ce en toute clandestinité. Si de nombreux couples musulmans n'opteront pas pour cette façon de faire, est-ce que ceux-ci sont les personnes que l'État cherche à protégé avec ses tribunaux? Ceux qui opteront librement, ou de force, pour la clandestinité, seront-ils mieux protégés par l'État après une telle motion de refus total? Les femmes musulmanes devront-elle choisir entre un époux musulman et l'État? Devant un tel choix, je crois que le choix d'un nombre significatif de femmes sera celui du replis sur soi, sur sa religion, sur sa culture fortement encré en soi comme l'es la notre en nous.

    Fermerons-nous nos portes aux musulmans? Certains hommes musulmans fermeront-il, en conséquence, la porte de leur logis, la porte de la prison de leur femme? Par la conséquence de nos actes irréfléchis et égocentriques, enfermerons-nous les femmes musulmanes dans une prison encore plus sombre? Avec cette motion de l'Assemblée nationale, sert-on les intérêts des plus faibles, ou sert-on notre bien paraître démagogique?

    Voici un exemple de motion valable invitante, motion qui nous permet de nous affirmer culturellement :

    Au Québec, nous croyons à une juste et sage séparation de l'État et des religions; une séparation coopérative dans un environnement ouvert à la participation de tous pour le plus grand bien de tous. Les citoyens du Québec n'ont pas à choisir entre l'État et leur religion, car les deux de s'excluent pas. L'État québécois a la responsabilité de protéger les droits et libertés inaliénables des personnes. Aucun tribunal ne peut avoir préséance sur les tribunaux de l'État, car ceux-ci sont les défenseurs irrévocables des droits et libertés de chaque personne.

    On veut votre bien et nous l'aurons. Les gens de bonne volonté ne font pas toujours le bien. Ceci est particulièrement vrai lors d'une motion irréfléchie, publique, unanime, autoritaire, et aux apparences de totalitarisme démagogique. Les membres de l'Assemblée nationale semblent prendre l'habitude de prononcer des condamnations publiques et sans appel envers leurs concitoyens. Espérons que le totalitarisme démagogique ne deviendra pas un élément de notre culture, de notre nation distincte!

    Non à la charia démagogique de l'Assemblée nationale! Oui à la primauté des droits fondamentaux, et non à l'exclusion forcée ou volontaire! »

  • Thad Trottier
    Abonné
    vendredi 16 septembre 2005 15h50
    Le droit à la différence ne doit pas nier le droit à un code commun.
    « Dans tout pays, état, province, région du monde, les personnes partageant une même entité géographique définisse des règles de base qu'elles doivent toutes respecter afin de pouvoir vivre sans trop de difficulté sur cet espace géographique commun.

    Au Québec après bien des débats et des questionnements, nous avons fait le choix de séparer les responsabilités dévolues à l'État de celles qui relèvent maintenant des chefs spirituels et eligieux des diverses confessions qui composent le territoire commun.
    Loin de discrimer ou de stigmatiser, cette approche offre des garanties fondées sur le principe même que l'État et la Loi sont égaux devant tous, et non plus devant Dieu et les hommes !

    Je puis comprendre que cette façon de faire ne plaise pas ou ne convienne pas à tout le monde. cependant, nous avons collectivement convenu d'un code commun et nous y tenons. Si certains se sentent stigmatisés par ces normes, peut-être devraient-ils réfléchir plus à fond aux garanties démocratiques qu'elles apportent !
    Caroline Proulx-Trottier »

  • A/s Gilles Beaudet Maison Marie-Victorin
    Abonné
    lundi 19 septembre 2005 23h24
    Les holas de Micheline Labelle, du centre de recherche sur l'ethnicité...
    « Madame Labelle s'indigne contre la photo choisie par Claireandré Cauchy sur le thème de la présumée discrimination dont seraient victimes les musulmans à cause de l'interdiction d'instaurer la charia et les tribunaux islamiques.

    C'est vrai que le groupe est en prière, du moins on peut le penser. Le photographe n'avait peut-être pas d'autre choix que de photographier sous cet angle. Il n'y a pas de quoi en faire un plat.

    Depuis le temps que les Québécois se gaussent et s'insurgent contre le "peuple à genoux" du Minuit chrétiens! sans qu'on n'entende pas un mot d'indignation, il est rafraîchissant de voir un peuple non pas à genoux, mais quasi à plat ventre pour honorer Dieu/Allah. Et le MLQ ne chiâle pas. Les humoristes avalent leur salive. Et madame Labelle est prise de compassion pour l'humiliation infligée à nos si discrets disciples d'Allah. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Sauf s'il s'agissait de catholiques. Alors là ! on ne se prive de rien. Parodies, mascarades, interviews à saveur de scandales: le prêtre est ceci, le prêtre est comme ça... Madame Labelle ne fait que dans l'immigration, on ne peut pas être partout. Je suppose qu'elle est aussi capable de compassion pour les catholiques si généreusement tournés en dérision .

    Je crois avec elle qu'il faut respecter les musulmans et les islamistes qui le méritent. »

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