Agressions sexuelles - Le bon côté de l'affaire Cloutier
Les victimes parlent plus facilement et la population leur est davantage sympathique
Photo : Jacques Nadeau
Guy Cloutier, photographié en novembre dernier lors de sa comparution pour répondre à des accusations d’agressions sexuelles sur des personnes mineures. La cause du célèbre gérant d’artistes a été très largement médiatisée. Selon un sondag
La vague médiatique qui s'était abattue sur le Québec à la suite de l'affaire Guy Cloutier a eu un impact bénéfique sur la population, qui a fait preuve d'une plus grande ouverture cette année à l'égard des victimes d'agressions sexuelles. Selon un sondage, ce capital de sympathie aurait même donné une confiance accrue aux victimes, qui seraient plus nombreuses que jamais à dire tout haut ce qu'on leur a fait sous le bâillon.
En 2002, un sondage CROP mené pour le compte de la Fondation Marie-Vincent avait montré que 13 % des Québécois avaient subi des attouchements sexuels de la part d'un adulte ou d'un enfant plus âgé pendant l'enfance. En 2005, ils sont désormais 18 % (23 % des femmes et 13 % des hommes) à dénoncer de tels gestes. Avant l'âge de 18 ans, 3 % (2 % des hommes et 5 % des femmes) ont même dit avoir été forcés à avoir une relation sexuelle complète.
Rendues publiques hier à l'occasion du lancement de la campagne de sensibilisation de la fondation, ces statistiques ont été jugées «impressionnantes» par la présidente de l'Ordre des psychologues du Québec (OPQ), Rose-Marie Charest. «3 % est un chiffre qui frappe. Cela veut dire que 3 % des Québécois ont subi un événement qui a eu un impact destructeur majeur sur leur vie et dont les conséquences graves peuvent encore aujourd'hui avoir un effet multiplicateur.»
Selon Claude Girouard, chef du Programme enfance-famille jeunesse et santé mentale au CLSC Lac-Saint-Louis, ces chiffres cachent en effet une grande souffrance. Un point de vue que partage Mme Charest, qui déplore l'inaction qui a cours dans ce dossier. «Si on avait à combattre une maladie qui avait des conséquences aussi importantes et qui touchait autant de monde, tout le système de santé serait mobilisé.»
Le sondage de la fondation a également permis de mesurer à quel point la population a été sensible à la souffrance qui leur a été racontée par les médias. En 2003, 83 % des Québécois jugeaient qu'il était important de briser le silence et de parler ouvertement d'une agression. En 2005, ce taux a grimpé à 96 %.
«Cela dénote une plus grande ouverture, certes, mais cela ne veut pas dire qu'on agit plus pour autant, prévient toutefois Mme Charest. C'est une amélioration des valeurs, mais il reste du chemin à parcourir pour passer des paroles aux actes.»
À la suite de l'affaire Cloutier, plusieurs personnes ont également dit avoir mieux compris pourquoi il était souvent difficile pour la victime de dénoncer son agresseur, surtout quand celui-ci est apprécié et respecté dans son entourage et sa collectivité.
Tous ces facteurs expliquent pourquoi la Fondation Marie-Vincent poursuit depuis maintenant 30 ans sa lutte contre la violence faite aux enfants. Cette année plus que jamais, ses bénévoles ont senti combien il était important de dire la violence, balayant du revers de la main l'opinion de ceux qui croyaient que la médiatisation peut, comme elle le fait avec le suicide, banaliser le phénomène ou précipiter les choses.
Avec un suicidaire, il faut gagner du temps. Si le plan qui lui est présenté par les médias lui plaît, il est possible qu'il passe à l'acte. C'est tout le contraire avec une victime d'agression. «En parler invite la victime à dénoncer et à partager son expérience, mais c'est aussi un signal très clair que notre société lance à l'agresseur pour lui rappeler que nous n'acceptons pas ce geste», croit Mme Charest, qui siège au conseil d'administration de la fondation.
D'un point de vue statistique, le nombre d'agressions sexuelles n'a pas changé au cours des dernières années, a-t-on confirmé hier du côté du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), dont le dernier bilan remonte à 2003, avec 1548 agressions sexuelles. Il faudra cependant attendre le prochain bilan pour voir si la tendance a changé avec la médiatisation de l'affaire Cloutier.
Le sondage omnibus CROP-Express présenté hier par la Fondation Marie-Vincent repose sur 1008 entrevues menées entre le 17 et le 30 mars 2005 auprès de Québécois âgés de plus de 18 ans et choisis aléatoirement. L'échantillon est précis à trois points près, 19 fois sur 20.
En 2002, un sondage CROP mené pour le compte de la Fondation Marie-Vincent avait montré que 13 % des Québécois avaient subi des attouchements sexuels de la part d'un adulte ou d'un enfant plus âgé pendant l'enfance. En 2005, ils sont désormais 18 % (23 % des femmes et 13 % des hommes) à dénoncer de tels gestes. Avant l'âge de 18 ans, 3 % (2 % des hommes et 5 % des femmes) ont même dit avoir été forcés à avoir une relation sexuelle complète.
Rendues publiques hier à l'occasion du lancement de la campagne de sensibilisation de la fondation, ces statistiques ont été jugées «impressionnantes» par la présidente de l'Ordre des psychologues du Québec (OPQ), Rose-Marie Charest. «3 % est un chiffre qui frappe. Cela veut dire que 3 % des Québécois ont subi un événement qui a eu un impact destructeur majeur sur leur vie et dont les conséquences graves peuvent encore aujourd'hui avoir un effet multiplicateur.»
Selon Claude Girouard, chef du Programme enfance-famille jeunesse et santé mentale au CLSC Lac-Saint-Louis, ces chiffres cachent en effet une grande souffrance. Un point de vue que partage Mme Charest, qui déplore l'inaction qui a cours dans ce dossier. «Si on avait à combattre une maladie qui avait des conséquences aussi importantes et qui touchait autant de monde, tout le système de santé serait mobilisé.»
Le sondage de la fondation a également permis de mesurer à quel point la population a été sensible à la souffrance qui leur a été racontée par les médias. En 2003, 83 % des Québécois jugeaient qu'il était important de briser le silence et de parler ouvertement d'une agression. En 2005, ce taux a grimpé à 96 %.
«Cela dénote une plus grande ouverture, certes, mais cela ne veut pas dire qu'on agit plus pour autant, prévient toutefois Mme Charest. C'est une amélioration des valeurs, mais il reste du chemin à parcourir pour passer des paroles aux actes.»
À la suite de l'affaire Cloutier, plusieurs personnes ont également dit avoir mieux compris pourquoi il était souvent difficile pour la victime de dénoncer son agresseur, surtout quand celui-ci est apprécié et respecté dans son entourage et sa collectivité.
Tous ces facteurs expliquent pourquoi la Fondation Marie-Vincent poursuit depuis maintenant 30 ans sa lutte contre la violence faite aux enfants. Cette année plus que jamais, ses bénévoles ont senti combien il était important de dire la violence, balayant du revers de la main l'opinion de ceux qui croyaient que la médiatisation peut, comme elle le fait avec le suicide, banaliser le phénomène ou précipiter les choses.
Avec un suicidaire, il faut gagner du temps. Si le plan qui lui est présenté par les médias lui plaît, il est possible qu'il passe à l'acte. C'est tout le contraire avec une victime d'agression. «En parler invite la victime à dénoncer et à partager son expérience, mais c'est aussi un signal très clair que notre société lance à l'agresseur pour lui rappeler que nous n'acceptons pas ce geste», croit Mme Charest, qui siège au conseil d'administration de la fondation.
D'un point de vue statistique, le nombre d'agressions sexuelles n'a pas changé au cours des dernières années, a-t-on confirmé hier du côté du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), dont le dernier bilan remonte à 2003, avec 1548 agressions sexuelles. Il faudra cependant attendre le prochain bilan pour voir si la tendance a changé avec la médiatisation de l'affaire Cloutier.
Le sondage omnibus CROP-Express présenté hier par la Fondation Marie-Vincent repose sur 1008 entrevues menées entre le 17 et le 30 mars 2005 auprès de Québécois âgés de plus de 18 ans et choisis aléatoirement. L'échantillon est précis à trois points près, 19 fois sur 20.
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