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La justice refuse de rebrancher Terri Schiavo

Les parents vont en appel

Associated Press   23 mars 2005  Justice
Mary Schindler (à droite), la mère de Terri Schiavo, et la soeur de cette dernière, Suzanne Vitadamo, s’adressent aux médias devant l’hôpital où réside la comateuse. Hier, un juge fédéral a refusé de se rendre aux arguments de la famille Sh
Photo : Agence Reuters
Mary Schindler (à droite), la mère de Terri Schiavo, et la soeur de cette dernière, Suzanne Vitadamo, s’adressent aux médias devant l’hôpital où réside la comateuse. Hier, un juge fédéral a refusé de se rendre aux arguments de la famille Sh
Tampa (Floride) — Déception à la Maison-Blanche et pour les opposants de l'euthanasie: les parents de Terri Schiavo se sont heurtés hier à un juge fédéral qui a refusé d'ordonner la reprise de l'alimentation assistée de leur fille, plongée depuis 15 ans dans un état végétatif. Mais leur bataille pour la maintenir en vie se poursuit en appel.

Avertissant que leur fille «s'affaiblit rapidement» et que sa mort apparaît désormais «imminente», Bob et Mary Schiavo ont interjeté appel devant une cour d'Atlanta par le biais de leur avocat, David Gibbs.

Le mari de Terri Schiavo, Michael, avait obtenu vendredi de la justice de la Floride que le tube permettant d'alimenter son épouse et l'assistance médicale qui la maintient en vie soient retirés. Une décision qui a provoqué un branle-bas de combat spectaculaire au plus haut sommet de l'État, où George W. Bush et le Congrès, dominé par les républicains, sont intervenus en faveur des parents de cette femme de 41 ans afin qu'ils puissent saisir un juge fédéral en référé. Une course contre la montre, puisque les médecins estiment que Terri Schiavo ne survivra qu'une à deux semaines au maximum, après le retrait du tube d'alimentation.

Mais le juge fédéral James Whittemore, qui a été nommé en 1999 par le président démocrate Bill Clinton, a rejeté hier le recours des parents de Terri Schiavo, estimant qu'ils n'avaient pas réussi à établir que leurs arguments auraient une «probabilité substantielle de succès» lors d'un procès. Il a jugé que les «intérêts de vie et liberté» de Terri Schiavo avaient été respectés par la justice de la Floride et que, malgré «ces circonstances difficiles et tendues par le temps», il devait «appliquer la loi».

Quelques heures plus tard, l'avocat David Gibbs déposait un recours devant la 11e Cour d'appel fédérale à Atlanta, qui examinait déjà un autre recours pour déterminer si le droit de Terri Schiavo à une procédure en règle avait été ou non violé.

La Maison-Blanche n'a pas caché sa déception, reconnaissant qu'elle «aurait préféré un jugement différent», selon le porte-parole de la présidence, Scott McClellan, qui accompagnait George W. Bush en visite dans un centre pour personnes âgées à Albuquerque (Nouveau-Mexique).

Le président américain avait écourté sa fin de semaine texane pour revenir précipitamment à la Maison-Blanche afin de signer la loi adoptée spécialement dans la nuit de dimanche à lundi par le Congrès pour que les parents de Terri Schiavo puissent saisir le juge. «Nous espérons qu'ils pourront être soulagés grâce à la procédure d'appel», a ajouté Scott McClellan.

Mais Howard Simon, directeur général de l'Union américaine des libertés civiles de la Floride, a salué la décision du juge Whittemore. «Ce qu'a fait ce juge, c'est protéger la liberté des personnes de prendre leurs propres décisions sur la fin de vie sans l'intrusion des politiques», a-t-il estimé.

D'après des sondages, sept Américains sur dix sont de son avis, estimant que le Congrès américain est intervenu de façon inappropriée dans l'affaire. En outre, plus de six sondés sur dix se disent d'accord avec la décision du juge de la Floride de mettre fin à l'alimentation forcée.

Victime d'atteintes au cerveau en 1990 à la suite d'un bref arrêt cardiaque, Terri Schiavo n'a pas laissé de testament. Son mari, Michael, se bat devant les tribunaux depuis des années, arguant que son épouse n'aurait pas voulu qu'on la maintienne artificiellement en vie. Les médecins nommés par les tribunaux ont estimé que l'état végétatif dans lequel elle est plongée était irréversible. Mais ses parents affirment, eux, qu'elle réagit et que son état peut s'améliorer.

«Voir mes parents traverser cela est absolument barbare», a déploré Bobby Schindler, le frère de Terri, sur la chaîne ABC. «J'aimerais que ces juges viennent s'asseoir dans la pièce et voient aussi ce qui se passe». Devant l'hospice où vit Terri Schiavo, une poignée de manifestants réclament qu'elle soit nourrie. «C'est terrible. Ils vont parler et parler et elle va mourir», commentait Miriam Zlotolow, 59 ans, résidante de Venice (Californie).

Le Vatican est à nouveau intervenu hier dans cette affaire qui divise l'Amérique: le journal du Saint-Siège, Osservatore Romano, y consacrait un éditorial, estimant que le juge Whittemore avait condamné Terri Schiavo à «une mort atroce: la mort par la faim et la soif». Sa situation n'est pas différente de celle des condamnés à mort, ajoute le journal, sauf que «Terri n'a pas commis de crime, si ce n'est celui d'être "inutile" aux yeux d'une société incapable d'apprécier et défendre le cadeau de la vie. De n'importe quelle vie».
 
 
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