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    Guy Cloutier en prison

    - Une peine de trois ans et demi de pénitencier- Le producteur renonce à faire appel

    21 décembre 2004 |Brian Myles | Justice
    Le producteur Guy Cloutier entouré de policiers lors de son arrivée au palais de justice, hier, à Montréal. Il en est ressorti pour prendre le chemin du pénitencier.
    Photo: Jacques Nadeau Le producteur Guy Cloutier entouré de policiers lors de son arrivée au palais de justice, hier, à Montréal. Il en est ressorti pour prendre le chemin du pénitencier.
    Malgré les remords, les tentatives d'acheter le silence à fort prix et la manipulation psychologique exercée sur une victime marquée à jamais par les stigmates de la pédophilie, Guy Cloutier aura échoué dans la plus déterminante entreprise de sa vie: échapper à la prison.

    Le célèbre producteur a pris le chemin des cellules, hier matin, après que le juge de la Cour du Québec Robert Sansfaçon l'eut condamné à une peine de trois ans et demi de pénitencier pour avoir agressé sexuellement deux enfants pendant toute leur adolescence. Le scénario du pire s'est réalisé pour l'impresario de 64 ans. Assis dans le box des accusés, Guy Cloutier s'est incliné vers l'avant lorsqu'il a reçu le coup de poing mettant un terme à sa vie sous les feux de la rampe. Il est demeuré immobile pendant de longues secondes, le front enfoncé dans sa main gauche, en encaissant le choc.

    De toute évidence, Cloutier gardait l'espoir de conserver sa liberté. Son avocate, Sophie Bourque, avait suggéré une peine de deux ans moins un jour à purger dans la collectivité. Selon elle, la publicité hors du commun entourant cette cause, l'absence d'un risque de récidive, l'expression de remords sincères de la part de Cloutier et la reconnaissance de sa culpabilité concouraient à lui épargner la prison. La Couronne réclamait pour sa part cinq ans de détention.

    Me Bourque a jugé la sentence «sévère, rendue dans des termes très difficiles». Mais Guy Cloutier refuse de porter la cause en appel. «Tout au long de ce processus judiciaire, les instructions que j'avais de M. Cloutier étaient de mener ce dossier de façon à éviter aux victimes tout traumatisme supplémentaire», a expliqué Me Bourque.

    À l'inverse, le procureur de la Couronne, Josée Grandchamp, a salué le «travail magistral» accompli par le juge Sansfaçon. «Il a dit haut et fort qu'on vit dans une société qui n'acceptera jamais ce type de comportement, et il a rendu une sentence de pénitencier qui satisfait la poursuite», a dit Me Grandchamp.

    La peur de la prison

    Guy Cloutier passera Noël en prison. Aussitôt la sentence rendue, il a été emmené au centre de détention de Rivières-des-Prairies, en attendant de faire l'objet d'une évaluation rigoureuse. Cinq pénitenciers hébergent des délinquants sexuels au Québec, dont les deux prisons à sécurité minimale de Montée Saint-François, à Laval, et de Sainte-Anne-des-Plaines. Compte tenu du fait qu'il présente un faible risque de récidive et qu'il a exprimé le souhait de suivre une thérapie, Cloutier pourrait se retrouver dans l'un ou l'autre de ces pénitenciers. Il pourrait aussi être conduit au pénitencier à sécurité moyenne de La Macaza, dans les Laurentides, qui offre un programme étoffé de thérapie pour les délinquants sexuels. Il devra purger au moins le tiers de sa sentence (un an et deux mois) avant d'être admissible à une libération conditionnelle.

    Guy Cloutier craignait la prison plus que tout. À son âge, il ne le supporterait pas, avait-il dit à sa première victime, le 17 mars 2004, lors d'une rencontre enregistrée par les policiers. Cette fameuse confrontation a mené à la chute de Cloutier. Le producteur reconnaît qu'il a agressé la jeune fille dès l'âge de 11 ans.

    Il lui offre 300 000 $, et ne lui demande qu'une chose: «Fais moi pas arrêter.» «Penses-tu que je ne suis pas malheureux? J'ai peur que la police vienne cogner à ma porte le matin», lui dit-il. Guy Cloutier a par ailleurs acheté une maison de 450 000 $ à cette jeune femme, et il lui a versé 5000 $ par mois, dès janvier 2002, lorsqu'il a su qu'elle avait fait des confidences incriminantes à un proche au sujet des agressions.

    Selon le juge Sansfaçon, ces faits démontrent «le caractère insidieux et pernicieux» du comportement de Guy Cloutier envers sa victime. Bien qu'elle ait retiré de considérables avantages financiers, «l'accusé en bénéficiait tout autant et il pouvait continuer à vivre une vie "normale"». Les sommes «servaient davantage à convaincre [la victime] de conserver le secret et à éviter le dévoilement et la dénonciation», estime le juge.

    Le juge Sansfaçon prend acte des remords exprimés par Guy Cloutier, mais il se garde bien de les confondre avec l'empathie ou la compassion. Les évaluations psychiatriques menées sur l'accusé révèlent d'ailleurs qu'il se souciait «autant, sinon davantage, des conséquences sur sa vie, ses proches, sa carrière, son image et sa liberté que des conséquences de ses gestes sur les victimes». Au sujet de la première victime, qu'il a traitée comme son objet sexuel entre 11 et 18 ans, il déclare aux psychiatres que «bien d'autres événements [dans sa vie] ont pu la marquer davantage». Quant à la deuxième, il ne croit pas que les actes illicites (fellations, attouchements, masturbations) aient pu l'affecter.

    Il s'agit là de facteurs aggravants au même titre que l'âge des victimes (11 ans et 12 ans lors des premières agressions), la quantité et la fréquence des actes, leur nature (relations complètes, fellations, masturbations, etc.), leur durée (six et sept ans), la position de confiance de l'accusé, les séquelles et l'absence de compassion.

    Parmi les facteurs atténuants, le juge retient le fait que Guy Cloutier a plaidé coupable à la première occasion, l'absence d'antécédents judiciaires, le faible risque de récidive, la présence de regrets et la thérapie entreprise par l'accusé.

    Le juge Sansfaçon s'est appuyé sur une centaine de décisions de la jurisprudence pour en arriver à un verdict de trois ans et demi de pénitencier pour Cloutier. Les sentences avec sursis sont peu nombreuses, voire exceptionnelles lorsqu'il y a plus d'une victime d'agression sexuelle, constate le juge. À l'opposé, les peines de 7 à 13 ans sont imposées lorsqu'il y a des circonstances de violence ou des antécédents judiciaires de la part de l'accusé. «La sentence maximale doit viser le pire des cas, commis par le pire des criminels. Ce n'est pas le cas en l'espèce. Il n'y a eu ni menace ni violence, sauf celle intrinsèque à la nature des infractions», croit-il.

    Le juge Sansfaçon a enfin souligné la «force de caractère hors du commun» dont la première victime a fait preuve en dénonçant un agresseur qui bénéficiait d'une grande notoriété publique et qui fut autrefois une personne de confiance dans sa vie. «La culpabilité, le secret forcé, les pressions psychologiques exercées par l'abuseur, [...] la perte de confiance et d'estime de soi ont anéanti un pan de son existence», souligne-t-il. La victime «ne comprend ni ne pardonne» à Cloutier de lui avoir volé sa jeunesse. Seules la dénonciation et la consultation d'un psychologue, depuis deux ans, lui permettent d'aspirer «à une certaine paix intérieure et à un bonheur relatif».












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