Le procès des Hells - Un coup de théâtre en trois actes
Le coup de théâtre du juge Jean-Guy Boilard, qui s'est désisté hier du procès de 17 présumés membres ou associés des Hells Angels, tient en trois actes qui se résument comme suit:
Le 21 juin. Par décision écrite, le juge Boilard écarte en termes durs une requête mixte plaidée par Gilles Doré au nom de l'accusé Daniel Lanthier. Invoquant «l'ampleur historique du dossier» et la lenteur manifestée par la Couronne dans la divulgation de la preuve, Me Doré avait réclamé un arrêt des procédures ou, à défaut, la remise en liberté de son client. Selon lui, la complexité de la cause rendait impossible la tenue d'un procès.
Le juge se montre plutôt cinglant dans sa décision. «Une fois dégonflée de sa rhétorique ronflante et de l'hyperbole, il s'agit simplement d'une requête en cautionnement», écrit d'entrée jeu M. Boilard, qui se fait un devoir de souligner «l'outrecuidance» de Me Doré.
Le juge reconnaît le caractère unique de la cause, en raison du nombre d'accusés (une quarantaine), de la nature des crimes qui leur sont reprochés (gangstérisme, meurtres et trafic de drogue) et du «gigantisme» de la preuve. Mais il ne prête aucun fondement à la requête en arrêt des procédures de Me Doré, affirmant qu'elle est «non seulement surprenante, mais tout à fait ridicule».
Résultat? Lanthier reste en prison en attente de procès; la requête mixte est rejetée en totalité. Une fois la lecture du jugement terminée, Me Doré demande à ce que l'on note, à des fins d'enregistrement, que le juge Boilard ne l'a pas laissé plaider sa requête en totalité. Ce à quoi Me Boilard réplique: «Un avocat insolent est rarement utile à son client.»
Le 18 juillet. Le juge Boilard apprend de la bouche de la journaliste Isabelle Richer que le Conseil canadien de la magistrature désapprouve sa conduite. La lettre dont la reporter de Radio-Canada a obtenu copie est datée du 15 juillet. Elle fait suite à une plainte de Me Doré. Après étude de la preuve, le Conseil déplore les remarques «désobligeantes et injustifiées», voire «disgracieuses» formulées par le juge Boilard à l'encontre de l'avocat. «À titre d'exemple, parler de la "rhétorique ronflante et de l'hyperbole" et de "l'outrecuidance" de l'avocat qui plaide devant vous, de toute évidence de bonne foi, est inutilement offensant», écrit le juge Alban Garon, président du sous-comité de la magistrature qui a analysé la plainte. «Dire à un avocat qui plaide devant vous que "j'ai l'impression que cela va être pénible" abaisse gratuitement l'avocat. Qualifier une procédure devant la Cour de "tout à fait ridicule" est inutilement humiliant», ajoute M. Garon.
Le Conseil de la magistrature va au-delà de l'affaire Doré pour étudier quatre autres causes impliquant le juge Boilard. «Le sous-comité a pu constater votre penchant à vous servir de votre tribune pour dénigrer injustement l'avocat qui paraît devant vous», conclut le juge Garon. Il invite M. Boilard à traiter les avocats plaidant devant lui «avec respect et courtoisie».
Hier matin, 10h. À la surprise générale, le juge Boilard annonce son désistement à la reprise des audiences dans le procès de 17 présumés membres et associés des Hells Angels. Il ne peut cacher sa surprise devant le fait que les médias lui ont appris l'existence d'une décision défavorable du Conseil de la magistrature à son égard. «J'estime ne plus avoir l'autorité morale et peut-être aussi l'aptitude requise pour continuer mon rôle d'arbitre dans ce procès. Tant les parties et leurs avocats que l'observateur raisonnable seront toujours justifiés de mettre en doute la justesse de mes décisions ou l'à-propos de mes interventions vu les commentaires du Conseil canadien de la magistrature», déclare-t-il. Fait à souligner, Me Doré ne représente aucun des 17 individus jugés devant M. Boilard. Et son client, Daniel Lanthier, doit subir son procès pour meurtre à l'automne devant le juge Réjean Paul.
Avant la tombée du rideau, M. Boilard convoque le jury pour le lundi suivant, et il renvoie le dossier au juge en chef de la Cour supérieure, Lyse Lemieux. En fin de journée, elle annoncera son intention de nommer un nouveau juge dans les plus brefs délais.
Le juge Boilard contemple pour sa part l'idée de la retraite.
Le 21 juin. Par décision écrite, le juge Boilard écarte en termes durs une requête mixte plaidée par Gilles Doré au nom de l'accusé Daniel Lanthier. Invoquant «l'ampleur historique du dossier» et la lenteur manifestée par la Couronne dans la divulgation de la preuve, Me Doré avait réclamé un arrêt des procédures ou, à défaut, la remise en liberté de son client. Selon lui, la complexité de la cause rendait impossible la tenue d'un procès.
Le juge se montre plutôt cinglant dans sa décision. «Une fois dégonflée de sa rhétorique ronflante et de l'hyperbole, il s'agit simplement d'une requête en cautionnement», écrit d'entrée jeu M. Boilard, qui se fait un devoir de souligner «l'outrecuidance» de Me Doré.
Le juge reconnaît le caractère unique de la cause, en raison du nombre d'accusés (une quarantaine), de la nature des crimes qui leur sont reprochés (gangstérisme, meurtres et trafic de drogue) et du «gigantisme» de la preuve. Mais il ne prête aucun fondement à la requête en arrêt des procédures de Me Doré, affirmant qu'elle est «non seulement surprenante, mais tout à fait ridicule».
Résultat? Lanthier reste en prison en attente de procès; la requête mixte est rejetée en totalité. Une fois la lecture du jugement terminée, Me Doré demande à ce que l'on note, à des fins d'enregistrement, que le juge Boilard ne l'a pas laissé plaider sa requête en totalité. Ce à quoi Me Boilard réplique: «Un avocat insolent est rarement utile à son client.»
Le 18 juillet. Le juge Boilard apprend de la bouche de la journaliste Isabelle Richer que le Conseil canadien de la magistrature désapprouve sa conduite. La lettre dont la reporter de Radio-Canada a obtenu copie est datée du 15 juillet. Elle fait suite à une plainte de Me Doré. Après étude de la preuve, le Conseil déplore les remarques «désobligeantes et injustifiées», voire «disgracieuses» formulées par le juge Boilard à l'encontre de l'avocat. «À titre d'exemple, parler de la "rhétorique ronflante et de l'hyperbole" et de "l'outrecuidance" de l'avocat qui plaide devant vous, de toute évidence de bonne foi, est inutilement offensant», écrit le juge Alban Garon, président du sous-comité de la magistrature qui a analysé la plainte. «Dire à un avocat qui plaide devant vous que "j'ai l'impression que cela va être pénible" abaisse gratuitement l'avocat. Qualifier une procédure devant la Cour de "tout à fait ridicule" est inutilement humiliant», ajoute M. Garon.
Le Conseil de la magistrature va au-delà de l'affaire Doré pour étudier quatre autres causes impliquant le juge Boilard. «Le sous-comité a pu constater votre penchant à vous servir de votre tribune pour dénigrer injustement l'avocat qui paraît devant vous», conclut le juge Garon. Il invite M. Boilard à traiter les avocats plaidant devant lui «avec respect et courtoisie».
Hier matin, 10h. À la surprise générale, le juge Boilard annonce son désistement à la reprise des audiences dans le procès de 17 présumés membres et associés des Hells Angels. Il ne peut cacher sa surprise devant le fait que les médias lui ont appris l'existence d'une décision défavorable du Conseil de la magistrature à son égard. «J'estime ne plus avoir l'autorité morale et peut-être aussi l'aptitude requise pour continuer mon rôle d'arbitre dans ce procès. Tant les parties et leurs avocats que l'observateur raisonnable seront toujours justifiés de mettre en doute la justesse de mes décisions ou l'à-propos de mes interventions vu les commentaires du Conseil canadien de la magistrature», déclare-t-il. Fait à souligner, Me Doré ne représente aucun des 17 individus jugés devant M. Boilard. Et son client, Daniel Lanthier, doit subir son procès pour meurtre à l'automne devant le juge Réjean Paul.
Avant la tombée du rideau, M. Boilard convoque le jury pour le lundi suivant, et il renvoie le dossier au juge en chef de la Cour supérieure, Lyse Lemieux. En fin de journée, elle annoncera son intention de nommer un nouveau juge dans les plus brefs délais.
Le juge Boilard contemple pour sa part l'idée de la retraite.
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