Témoignage d'un ex-motard - Les Rockers ont connu une traversée du désert
La guerre des motards a généré des effets contraires sur les Hells Angels Nomads et leur filiale des Rockers, les premiers s'enrichissant en cercle fermé tandis que les seconds connaissaient un passage à vide en raison d'une expansion incontrôlée, en 1999.
Les effectifs de la bande avaient gonflé jusqu'à 25 membres, le tiers d'entre eux se révélant comme des fêlés. «Des gars chauds, là, des machines [...]. J'te dis, une vraie gang de mentals», lance Jean-Guy Bourgoin dans l'une des dix rencontres enregistrées par Sirois. «Dans mon livre à moé, c'est des psychopathes.»
Le jugement est aussi sévère que crédible puisque Bourgoin est considéré comme le vice-président des Rockers à l'époque.
À l'opposé, les Nomads dominent sans partage un business florissant. Comme l'a expliqué Sirois, tous les membres des Rockers sont maintenant contraints d'acheter leurs stupéfiants «à la table des Nomads», qui a fixé le prix du kilo de cocaïne à 35 000 $. Quand Sirois annonce à Bourgoin que l'un de ses contacts dispose de 20 kilos à vendre, il se fait répondre que les Nomads achètent «à coups de 100 kilos ou 1000 kilos». Les mots sont de Sirois. Bourgoin ne se montre jamais aussi explicite dans les conversations enregistrées par la police. Au fil de ses échanges avec Bourgoin et André Chouinard, un présumé membre des Nomads, Stéphane Sirois comprend qu'il appartient déjà à la vieille école. Du temps où il était membre des Rockers, «on prenait au meilleur prix», a-t-il dit lundi.
Les tentatives répétées de l'agent-source pour réintégrer les rangs des Rockers sont par ailleurs minées par le chaos régnant au sein du groupe. «Ils sont 25 gars à avoir des idées différentes, c'est plus compliqué que c'était. Même moé, j' ai perdu le contrôle de ça», résume André Chouinard, qui devrait pourtant détenir une partie de l'autorité sur les Rockers en raison de son affiliation avec les Nomads. Parrainés à l'origine par Maurice Boucher, les Rockers sont tombés sous la gouverne du clan des Nomads (une douzaine d'hommes tout au plus) dans le cours de la guerre des motards, a confirmé Sirois dans son témoignage.
Les rencontres des Rockers, ces fameuses «messes» filmées à leur insu, confirment aussi la dérive de la bande de motards. Fin 1999, les frères ne disposent même plus d'un local de réunion. Les «strikers» et les membres en règle manquent souvent à l'appel lorsque leurs supérieurs des Nomads exigent une surveillance armée, ce qui met les patrons en beau fusil. Les leaders des Rockers multiplient les rappels à l'ordre dans ces messes présentées en preuve il y a quelques semaines. Ils somment les troupes de se «mettre à la coche» pour l'an 2000 et de regagner l'estime perdue des Nomads.
Encore hier, Sirois a livré un témoignage accablant contre Jean-Guy Bourgoin, qui ne fait pas partie du groupe de 17 personnes jugées pour trafic de drogue, gangstérisme et complot pour meurtre. Son procès aura lieu à une date ultérieure.
Les conversations enregistrées révèlent un homme soucieux de son teint — il passe beaucoup de temps au salon de bronzage RX Soleil — et téméraire. Sirois a raconté hier que Bourgoin lui a personnellement livré quatre kilos de haschisch, dissimulés sous son gilet, dans une voiture stationnée près d'un Dunkin Donuts du Plateau Mont-Royal, le 17 janvier 2000. «On les "runne" ou on les "runne" pas», lui a lancé Bourgoin, le verbe runner se traduisant par «livrer».
Bourgoin se montre tout aussi serviable, le 28 janvier, quand Sirois lui demande s'il ne connaîtrait pas un comptable. Un nom sort spontanément: George Therrien, que Bourgoin décrit comme un ancien fonctionnaire d'État ayant déjà servi de comptable à un certain Rizzuto. «Tu y donnes de l'argent liquide, "tiens, lave-moé ça", pis y va jouer avec ton argent», dit Bourgoin.
L'écoute des conversations enregistrées par Sirois se terminera aujourd'hui, et l'agent-source subira sous peu l'épreuve du contre-interrogatoire.
Les effectifs de la bande avaient gonflé jusqu'à 25 membres, le tiers d'entre eux se révélant comme des fêlés. «Des gars chauds, là, des machines [...]. J'te dis, une vraie gang de mentals», lance Jean-Guy Bourgoin dans l'une des dix rencontres enregistrées par Sirois. «Dans mon livre à moé, c'est des psychopathes.»
Le jugement est aussi sévère que crédible puisque Bourgoin est considéré comme le vice-président des Rockers à l'époque.
À l'opposé, les Nomads dominent sans partage un business florissant. Comme l'a expliqué Sirois, tous les membres des Rockers sont maintenant contraints d'acheter leurs stupéfiants «à la table des Nomads», qui a fixé le prix du kilo de cocaïne à 35 000 $. Quand Sirois annonce à Bourgoin que l'un de ses contacts dispose de 20 kilos à vendre, il se fait répondre que les Nomads achètent «à coups de 100 kilos ou 1000 kilos». Les mots sont de Sirois. Bourgoin ne se montre jamais aussi explicite dans les conversations enregistrées par la police. Au fil de ses échanges avec Bourgoin et André Chouinard, un présumé membre des Nomads, Stéphane Sirois comprend qu'il appartient déjà à la vieille école. Du temps où il était membre des Rockers, «on prenait au meilleur prix», a-t-il dit lundi.
Les tentatives répétées de l'agent-source pour réintégrer les rangs des Rockers sont par ailleurs minées par le chaos régnant au sein du groupe. «Ils sont 25 gars à avoir des idées différentes, c'est plus compliqué que c'était. Même moé, j' ai perdu le contrôle de ça», résume André Chouinard, qui devrait pourtant détenir une partie de l'autorité sur les Rockers en raison de son affiliation avec les Nomads. Parrainés à l'origine par Maurice Boucher, les Rockers sont tombés sous la gouverne du clan des Nomads (une douzaine d'hommes tout au plus) dans le cours de la guerre des motards, a confirmé Sirois dans son témoignage.
Les rencontres des Rockers, ces fameuses «messes» filmées à leur insu, confirment aussi la dérive de la bande de motards. Fin 1999, les frères ne disposent même plus d'un local de réunion. Les «strikers» et les membres en règle manquent souvent à l'appel lorsque leurs supérieurs des Nomads exigent une surveillance armée, ce qui met les patrons en beau fusil. Les leaders des Rockers multiplient les rappels à l'ordre dans ces messes présentées en preuve il y a quelques semaines. Ils somment les troupes de se «mettre à la coche» pour l'an 2000 et de regagner l'estime perdue des Nomads.
Encore hier, Sirois a livré un témoignage accablant contre Jean-Guy Bourgoin, qui ne fait pas partie du groupe de 17 personnes jugées pour trafic de drogue, gangstérisme et complot pour meurtre. Son procès aura lieu à une date ultérieure.
Les conversations enregistrées révèlent un homme soucieux de son teint — il passe beaucoup de temps au salon de bronzage RX Soleil — et téméraire. Sirois a raconté hier que Bourgoin lui a personnellement livré quatre kilos de haschisch, dissimulés sous son gilet, dans une voiture stationnée près d'un Dunkin Donuts du Plateau Mont-Royal, le 17 janvier 2000. «On les "runne" ou on les "runne" pas», lui a lancé Bourgoin, le verbe runner se traduisant par «livrer».
Bourgoin se montre tout aussi serviable, le 28 janvier, quand Sirois lui demande s'il ne connaîtrait pas un comptable. Un nom sort spontanément: George Therrien, que Bourgoin décrit comme un ancien fonctionnaire d'État ayant déjà servi de comptable à un certain Rizzuto. «Tu y donnes de l'argent liquide, "tiens, lave-moé ça", pis y va jouer avec ton argent», dit Bourgoin.
L'écoute des conversations enregistrées par Sirois se terminera aujourd'hui, et l'agent-source subira sous peu l'épreuve du contre-interrogatoire.
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