Témoignage d'un ex-membre des Rockers - Point final avec de gros poings
Pour avoir «sali» le nom des Rockers de Montréal, une filiale des Hells Angels, deux individus ont été invités au local du gang de motards, rue Gilford, où Stéphane Sirois leur a infligé une raclée si sévère qu'à la fin ils se tordaient au sol, en proie à des convulsions. Les victimes ont été réanimées in extremis, «à la "hose" à l'eau froide».
Stéphane Sirois, un ex-membre des Rockers reconverti en agent-source, a entraîné hier le public plus à fond dans l'abîme de violence que constitue l'univers des motards. Son témoignage risque d'être aussi dévastateur que ses poings. Membre en règle des Rockers de mars 1996 à juillet 1997, il a quitté le groupe pour des raisons inconnues, pour ensuite s'en rapprocher à l'automne 1999 à titre d'agent-source.
Dans son travail de taupe à la solde des policiers, il a porté un mouchard (un «body pack») à une dizaine de reprises entre le 14 octobre 1999 et le 1er février 2000.
Il a aussi facilité l'enregistrement de 16 conversations téléphoniques à la même époque.
Cheveux en brosse, vêtu d'un complet-veston et cravate, Sirois arbore davantage le look du policier-enquêteur que celui du motard à la retraite. Dès son arrivée à la barre des témoins, il a décoché un regard dur et soutenu en direction des 17 accusés, des membres ou associés des Hells et des Rockers qui subissent leur procès pour trafic de drogue, gangstérisme et complot pour meurtre. Sirois ne s'en laisse pas imposer. Il parle d'un ton clair et, contrairement à certains de ses homologues du monde des motards, il ne conjugue pas l'imparfait du verbe être, à la troisième personne du pluriel, par un singulier «sontaient».
Âgé de 33 ans, le témoin-vedette de la Couronne a déjà fait partie de la célèbre «équipe de baseball» des Rockers, ainsi nommée dans le monde interlope parce qu'elle était chargée de «donner des tapes sur la yeule aux autres, fracasser une couple de clubs, intimider».
Une virée dans un bar
Sirois se souvient entre autres d'avoir effectué une virée dans un bar de Saint-Sauveur, où le propriétaire refusait que des hommes de main des Hells s'adonnent au trafic de stupéfiants. Avec quatre individus, dont l'accusé Kenny Bédard, Sirois est entré dans le bar bondé de clients, où ils ont tout détruit «à coups de battes de baseball».
Les activités des Rockers, telles que décrites par Sirois, consistaient à prendre le contrôle de la vente de drogue dans la région de Montréal, au risque de broyer quelques os au passage, ou même de faucher des vies. Si Stéphane Sirois ne faisait pas partie de «l'équipe de football» des Rockers, présentée comme un alignement de tueurs, ce n'est pas faute d'avoir essayé.
Il est déjà «parti à la chasse» à deux ou trois reprises avec René Charlebois, dans l'espoir d'abattre Marc Belhumeur, un membre des Rock Machines, et Salvatore et Junior Gervasi, les propriétaires du Castel Tina. Ils ne les ont jamais trouvés. Belhumeur a toutefois été assassiné par la suite.
De son propre aveu, Sirois n'était pas un spécialiste de la «job de bras», mais un homme de business, c'est-à-dire un revendeur de stupéfiants. Îuvrant dans le milieu des bars, il a saisi dans ce commerce illicite l'occasion facile de s'enrichir rapidement. «Pas plus fin qu'un autre, j'ai embarqué».
Sirois a commencé sa carrière comme modeste revendeur indépendant évoluant dans le giron du clan Pelletier, à Anjou et Tétreaultville, pour ensuite se ranger du côté des Hells au début de la guerre des motards, à l'été 1994.
Promu «hangaround» des Rockers en 1995, puis «striker» et enfin membre en règle, il écoulait de un à deux kilos de cocaïne par mois. À titre de porte-couleur des Rockers, de 1996 à 1997, il avait son mot à dire lors des «messes» sur le partage des territoires de vente, le recrutement de nouveaux effectifs et autres affaires courantes. À chaque mois, Sirois versait, comme tous ses frères, «10 % de tout profit de toute activité criminelle» au trésorier du gang, un poste qu'il a lui-même occupé à une certaine époque.
L'argent servait à entretenir le local de la rue Gilford, acheter des armes et verser des allocations aux «frères» emprisonnés. Et pour chaque kilo de cocaïne vendu, les Rockers donnaient une commission de 500 $ à Maurice Boucher, leur parrain.
L'interrogatoire principal de Sirois se poursuit ce matin.
Stéphane Sirois, un ex-membre des Rockers reconverti en agent-source, a entraîné hier le public plus à fond dans l'abîme de violence que constitue l'univers des motards. Son témoignage risque d'être aussi dévastateur que ses poings. Membre en règle des Rockers de mars 1996 à juillet 1997, il a quitté le groupe pour des raisons inconnues, pour ensuite s'en rapprocher à l'automne 1999 à titre d'agent-source.
Dans son travail de taupe à la solde des policiers, il a porté un mouchard (un «body pack») à une dizaine de reprises entre le 14 octobre 1999 et le 1er février 2000.
Il a aussi facilité l'enregistrement de 16 conversations téléphoniques à la même époque.
Cheveux en brosse, vêtu d'un complet-veston et cravate, Sirois arbore davantage le look du policier-enquêteur que celui du motard à la retraite. Dès son arrivée à la barre des témoins, il a décoché un regard dur et soutenu en direction des 17 accusés, des membres ou associés des Hells et des Rockers qui subissent leur procès pour trafic de drogue, gangstérisme et complot pour meurtre. Sirois ne s'en laisse pas imposer. Il parle d'un ton clair et, contrairement à certains de ses homologues du monde des motards, il ne conjugue pas l'imparfait du verbe être, à la troisième personne du pluriel, par un singulier «sontaient».
Âgé de 33 ans, le témoin-vedette de la Couronne a déjà fait partie de la célèbre «équipe de baseball» des Rockers, ainsi nommée dans le monde interlope parce qu'elle était chargée de «donner des tapes sur la yeule aux autres, fracasser une couple de clubs, intimider».
Une virée dans un bar
Sirois se souvient entre autres d'avoir effectué une virée dans un bar de Saint-Sauveur, où le propriétaire refusait que des hommes de main des Hells s'adonnent au trafic de stupéfiants. Avec quatre individus, dont l'accusé Kenny Bédard, Sirois est entré dans le bar bondé de clients, où ils ont tout détruit «à coups de battes de baseball».
Les activités des Rockers, telles que décrites par Sirois, consistaient à prendre le contrôle de la vente de drogue dans la région de Montréal, au risque de broyer quelques os au passage, ou même de faucher des vies. Si Stéphane Sirois ne faisait pas partie de «l'équipe de football» des Rockers, présentée comme un alignement de tueurs, ce n'est pas faute d'avoir essayé.
Il est déjà «parti à la chasse» à deux ou trois reprises avec René Charlebois, dans l'espoir d'abattre Marc Belhumeur, un membre des Rock Machines, et Salvatore et Junior Gervasi, les propriétaires du Castel Tina. Ils ne les ont jamais trouvés. Belhumeur a toutefois été assassiné par la suite.
De son propre aveu, Sirois n'était pas un spécialiste de la «job de bras», mais un homme de business, c'est-à-dire un revendeur de stupéfiants. Îuvrant dans le milieu des bars, il a saisi dans ce commerce illicite l'occasion facile de s'enrichir rapidement. «Pas plus fin qu'un autre, j'ai embarqué».
Sirois a commencé sa carrière comme modeste revendeur indépendant évoluant dans le giron du clan Pelletier, à Anjou et Tétreaultville, pour ensuite se ranger du côté des Hells au début de la guerre des motards, à l'été 1994.
Promu «hangaround» des Rockers en 1995, puis «striker» et enfin membre en règle, il écoulait de un à deux kilos de cocaïne par mois. À titre de porte-couleur des Rockers, de 1996 à 1997, il avait son mot à dire lors des «messes» sur le partage des territoires de vente, le recrutement de nouveaux effectifs et autres affaires courantes. À chaque mois, Sirois versait, comme tous ses frères, «10 % de tout profit de toute activité criminelle» au trésorier du gang, un poste qu'il a lui-même occupé à une certaine époque.
L'argent servait à entretenir le local de la rue Gilford, acheter des armes et verser des allocations aux «frères» emprisonnés. Et pour chaque kilo de cocaïne vendu, les Rockers donnaient une commission de 500 $ à Maurice Boucher, leur parrain.
L'interrogatoire principal de Sirois se poursuit ce matin.
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