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Témoignages de délateurs au procès des Hells - Les taupes ont la vie dure

Brian Myles   12 juillet 2002  Justice
Claude Desserres est mort sous les balles pour avoir collaboré avec la police. Serge Boutin anticipait le même sort pour avoir contribué à l'élimination de cette taupe. Chez les Hells Angels, il y a toutes les raisons du monde de craindre pour sa vie.

Serge Boutin est le troisième et plus important délateur à témoigner au procès de 17 présumés membres ou associés des Hells. Membre de la filiale des Rockers de 1999 à 2001, il chapeautait, dans le quartier gay, un réseau de vente de drogue si profitable qu'il achetait la cocaïne au kilo.

Boutin est devenu délateur en mai 2001 parce qu'il en avait trop fait pour rester en liberté, et aussi parce qu'il en savait trop sur les Hells Angels pour rester en vie.

Il avait conduit l'informateur de police Claude Desserres à un rendez-vous avec la mort, le 3 février 2000. Les Hells soupçonnaient Desserres d'informer les policiers en vertu des renseignements trouvés dans un ordinateur portable volé à un enquêteur ontarien.

À la demande de René Charlebois, Boutin a conduit Desserres, l'un de ses employés, dans un chalet de la région de Berthierville afin qu'il subisse un interrogatoire en règle. Il a mené Desserres jusqu'au sous-sol et a fait demi-tour lorsqu'il a aperçu «une main gantée et un revolver».

Boutin a eu «un vrai choc» lorsqu'un enquêteur lui a fait entendre un extrait sonore de la soirée du 3 février, quelques jours plus tard. Desserres portait un appareil d'enregistrement: il avait enregistré sa propre mort. «Trois secondes après qu'il ait passé la porte, paf! Il a reçu une balle dans la tête», a expliqué Boutin.

Accusé du meurtre de Desserres, Boutin s'est laissé gagner par la peur. Dans cette affaire, il pouvait incriminer René Charlebois et Normand Robitaille, ses deux supérieurs hiérarchiques au sein des Nomads, ainsi que Guillaume Serra, membre des Rockers tout comme lui. «Tous mes problèmes ont tourné autour de cette cause-là. J'en savais trop, a-t-il dit hier. Je me serais fait tuer.» Pendant qu'il attendait son procès en prison, Boutin a fait l'objet de nouvelles accusations, au printemps 2001, pour trafic de drogue, complot pour meurtre et gangstérisme. Il a éprouvé «un mauvais feeling» lorsqu'il a retrouvé son ami Normand Robitaille, un coaccusé dans l'opération Printemps, à la prison de Bordeaux. «Il s'est mis à paranoïer.»

Boutin a choisi de retourner sa veste. «Je me voyais pour 25 ans en prison. Je me voyais me faire tuer parce que deux supérieurs des Hells Angels paranoïaient sur moi.»

Malgré ce revirement, le délateur garde un bon souvenir de certains des 17 accusés. «Il y a des gens là-dedans que j'aime et qui ne m'ont rien fait. J'ai signé un contrat avec la justice. C'est pas moi qui décide de qui est accusé», a-t-il lancé à ses anciens frères d'armes. Son témoignage reprendra lundi.



Retour sur Kane

En matinée, la défense a de nouveau surfé sur la théorie du complot pour tenter d'expliquer la disparition subite de Dany Kane, un membre des Rockers à la solde des policiers, qui s'est suicidé le 7 août 2000.

Après avoir rédigé une courte lettre d'adieux, l'agent-source s'est enlevé la vie par intoxication au monoxyde de carbone dans le garage de sa résidence. Des analyses toxicologiques menées sur son cadavre ont révélé une concentration létale de 63 % de monoxyde de carbone dans son sang.

L'avocat de la défense, Jacques Bouchard, a demandé au toxicologue judiciaire Pierre Picotte si les analyses auraient permis de détecter un gaz comme l'éther, qui a la propriété de plonger rapidement une personne dans un état d'inconscience. «Ce n'est pas évident. C'est une substance très volatile. Ça disparaît rapidement [de l'organisme]», a répondu M. Picotte.

En vertu des règles internes du Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale, les échantillons prélevés lors des autopsies sont détruits après un délai de 18 mois. Dans le cas de Kane, la destruction des preuves remonte au 2 juillet dernier, si bien que la défense est dans l'impossibilité de demander une contre-expertise.

Depuis le début du procès, Me Bouchard s'est demandé, d'une part, si Kane était bel et bien mort et, d'autre part, s'il s'est vraiment suicidé, comme l'affirme le ministère public, certificat et photos d'autopsie à l'appui.
 
 
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