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    Tragédie de Lac-Mégantic: la Couronne a terminé sa plaidoirie

    4 janvier 2018 | Stéphanie Marin - La Presse canadienne à Sherbrooke | Justice
    Le chef de train Thomas Harding (à gauche) est accusé de négligence criminelle dans la tragédie de Lac-Mégantic qui a coûté la vie à 47 personnes. 
    Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le chef de train Thomas Harding (à gauche) est accusé de négligence criminelle dans la tragédie de Lac-Mégantic qui a coûté la vie à 47 personnes. 

    Le chef de train Thomas Harding a joué un rôle significatif dans la mort des 47 victimes de la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic, parce qu’il n’a pas appliqué suffisamment de freins sur le convoi — soit juste la moitié de ce qui était requis — et qu’il n’a pas effectué de tests sur ceux-ci avant de partir pour la nuit, a plaidé l’un des procureurs de la Couronne, mercredi matin.

     

    Le train de 72 wagons de pétrole brut, laissé sans surveillance en haut d’une pente à Nantes, l’a ensuite dévalée, déraillant et explosant à Lac-Mégantic le 6 juillet 2013.

     

    Quant aux deux autres accusés, d’ex-employés de l’entreprise ferroviaire Montreal, Maine Atlantique (MMA), le contrôleur Richard Labrie et le directeur de l’exploitation de la MMA au Québec, Jean Demaître, le procureur de la Couronne Sacha Blais a fait valoir que s’ils avaient posé des questions pertinentes sur la sécurisation du train, ils auraient pu éviter la tragédie.

     

    Or ni l’un ni l’autre n’ont jugé bon de vérifier auprès du chef de train Harding combien de freins à main avaient été enclenchés et si des tests avaient été faits. Et cela, même s’ils savaient qu’un incendie s’était déclenché sur la locomotive de tête. Ils avaient la responsabilité de prendre les mesures nécessaires pour éviter des blessures et des pertes de vie. Une tâche à laquelle ils ont tous les deux failli par de nombreuses omissions, a plaidé Me Blais.

     

    Les trois hommes sont accusés de négligence criminelle et ont plaidé non coupables.

     

    Le procureur de la Couronne a clos mercredi matin sa plaidoirie au palais de justice de Sherbrooke, où se déroule le procès criminel depuis le début du mois d’octobre.

     

    Le procès devant le jury de 14 personnes est présidé par le juge Gaétan Dumas, de la Cour supérieure.

     

    Les plaidoiries des avocats des trois accusés vont débuter ce jeudi matin et se poursuivre vendredi. Comme ils n’ont pas témoigné à leur procès, les arguments de leurs avocats sont très attendus. Puis, le juge Dumas prévoit de donner ses instructions au jury lundi, leur permettant alors de commencer leurs délibérations.

     

    La compagnie MMA, qui a depuis fait faillite, a aussi plaidé non coupable à l’accusation de négligence criminelle et subira un procès séparé.

     

    Dans sa plaidoirie, le procureur de la Couronne a tenté de convaincre le jury — dix hommes et quatre femmes — que sans les agissements de M. Harding ce soir-là, l’explosion catastrophique du train de pétrole brut ne se serait jamais produite. Il a fait preuve d’insouciance et de mépris envers la sécurité de la population, juge-t-il.

     

    La conduite d’un train de 10 000 tonnes est une activité qui comporte certains dangers, a déclaré Me Blais. Et les employés sur le terrain sont les « derniers remparts pour la sécurité » des gens.

     

    Il y a des règles à suivre, consignées dans des documents, lorsqu’un train est laissé sans surveillance : celles-ci prévoient le nombre de freins à main minimum qui doivent être appliqués et que des tests doivent être faits sur les freins pour s’assurer qu’ils sont efficaces. Un train laissé en haut d’une pente demande un nombre plus élevé de freins, a aussi expliqué le procureur.

     

    « Ces textes sont clairs », a tranché Me Blais, qui a plaidé en anglais et en français. Et ils ne sont pas compliqués, a-t-il ajouté.

     

    « Si Thomas Harding ne fait pas son travail de façon sécuritaire à Nantes [là où le train était arrêté la veille du drame], qui le fera ? » a demandé le procureur.

     

    Il a rappelé qu’un expert en sécurité ferroviaire a déclaré au procès que quatorze freins à main auraient dû être appliqués sur le convoi, alors qu’il n’y en aurait eu que sept.

     

    M. Harding est assis près de ses avocats dans la salle de cour et écoute attentivement, impassible.

     

    Me Blais a aussi insisté sur le fait que M. Labrie aurait pu poser des questions pour s’assurer que le train était adéquatement immobilisé ou qu’il aurait pu exiger de Thomas Harding qu’il retourne sur les lieux pour inspecter la locomotive.

     

    « Celui qui pouvait vérifier le travail de Thomas Harding, c’était lui », a-t-il dit à propos de M. Labrie.

     

    Me Blais a fait réentendre aux quatorze jurés des enregistrements des conversations téléphoniques entre la Sûreté du Québec et M. Labrie au sujet du feu de la locomotive et ensuite entre M. Labrie et M. Demaître.

     

    Avisé de l’incendie de la locomotive par M. Labrie, M. Demaître n’a pas posé de questions non plus sur l’ampleur de l’incendie, le nombre de freins appliqués ni s’ils avaient été testés, a ajouté le procureur de la Couronne.

     

    « Qu’est-ce qu’il a fait pour s’assurer que le train était immobilisé de façon sécuritaire ? Rien », a-t-il dit.

     

    « Toute la preuve devrait vous convaincre hors de tout doute raisonnable que les accusés ont commis de la négligence criminelle », a conclu Me Blais.













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