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    Enquête sur les femmes autochtones: «Le prêtre nous a fait des choses»

    Des femmes innues auraient subi les violences sexuelles d’un père oblat dans leur enfance

    30 novembre 2017 |Améli Pineda | Justice
    Simone Bellefleur dit avoir été agressée sexuellement à répétition par le curé Alexis Joveneau.
    Photo: Capture d'écran Simone Bellefleur dit avoir été agressée sexuellement à répétition par le curé Alexis Joveneau.

    Frustrées, tristes et brisées, des femmes de la communauté d’Unamen Shipu, qu'on appelait autrefois La Romaine, ont témoigné mercredi du mal de vivre qu’elles ont hérité du curé Alexis Joveneau, qui les aurait agressées sexuellement à répétition, dont certaines fois en compagnie d’amies.

     

    « J’avais environ 10 ans et le prêtre nous a fait des choses », a confié la voix cassée Simone Bellefleur. « C’était au confessionnal. Normalement, quand on va là, on se mettait à genoux. Lui, il nous invitait à nous asseoir sur lui. Ce que je vais vous raconter, vous l’avez entendu [mardi]. J’ai vécu la même chose. »

     

    Mme Bellefleur a avoué avoir été saisie d’une profonde colère lorsqu’elle a entendu mardi le témoignage de Mary Mark, une autochtone qui a levé le voile sur les agissements de ce missionnaire. Selon les témoignages livrés dans les deux derniers jours, le curé Alexis Joveneau, perçu comme un Dieu dans la communauté autochtone, abusait de son pouvoir.

     
    La violence, la première fois que je l'ai vécue, elle provenait des bonnes soeurs et du curé
    Simone Bellefleur, de la communauté d'Unamen Shipu
     

    Avec du recul, les femmes entendues mercredi disent avoir réalisé que leurs souffrances prenaient racine dans les abus du curé.

     

    « Je n’ai jamais vécu de violence de la part de mes parents », a-t-elle raconté. « La violence, la première fois que je l’ai vécue, elle provenait des bonnes soeurs et du curé. »

     

    Silence de 25 ans

     

    Mme Bellefleur a soutenu que le père Joveneau invitait souvent un groupe de jeunes filles à faire sa vaisselle.

     

    « C’était pour faire la même chose [qu’au confessionnal]. Je n’étais pas seule, j’étais accompagnée d’autres filles et il faisait la même chose à toutes. On était une gang et il nous prenait à tour de rôle », a-t-elle mentionné en essuyant ses larmes.

     

    Noëlla Mark s’est imposé le silence pendant plus de 25 ans. Le scénario du confessionnal, elle l’a elle aussi connu.

     

    « Il me touchait le dos et allait jusqu’aux fesses. On nem’a jamais parlé de ces choses-là. Je ne savais pas si ce qu’il faisait était bien ou mauvais », a expliqué la femme, aujourd’hui âgée de 57 ans.

     

    Mercredi, la congrégation des Oblats de Marie-Immaculée, à laquelle appartenait le père Joveneau, a indiqué qu’elle entend collaborer pleinement à l’ENFFADA. « Les oblats sont profondément préoccupés et affligés à la suite des témoignages entendus à l’occasion de cette enquête et souhaitent que toute la lumière soit faite sur ces événements […] Ils condamnent vigoureusement toute forme de violence physique ou psychologique », a-t-elle indiqué par voie de communiqué.

     

    Image de saint

     

    En matinée, Ambroise Mark, un homme qui était âgé de 10 ans lorsque sa famille a été expulsée vers La Romaine, a témoigné de la misère dans laquelle ils ont vécu.

     

    Il s’est souvenu des menaces du curé aux autochtones qui ne voulaient pas déménager vers La Romaine. « On nous a souvent raconté qu’il détruisait les chèques d’allocation des Innus qui étaient retournés à Pakuashipi », a-t-il dit.

     

    Pour Marie-Pier Bousquet, anthropologue et directrice du programme en études autochtones de l’Université de Montréal, le père Joveneau illustre le pouvoir que les missionnaires exerçaient sur les communautés autochtones.

     

    « C’étaient des personnes qui projetaient une image de saint », souligne Mme Bousquet. Elle rappelle que les autorités se sont souvent reposées sur les missionnaires pour faire appliquer leurs politiques. « Ils étaient une figure d’autorité très forte », dit-elle.

     

    Selon Mme Bousquet, la souffrance dont témoignent les femmes autochtones aujourd’hui doit aussi être vue comme l’illustration de la place qu’ont pu prendre des non-autochtones pour gérer leur vie.

     

    Compensation

     

    Des Innus qui ont brisé le silence ont soulevé la volonté d’être indemnisés pour les dommages subis durant des décennies.

     

    « [Mardi] j’ai regardé la télévision et j’ai vu le premier ministre Justin Trudeau qui a dit qu’il y avait eu abus des soldats [homosexuels]. Je l’ai vu pleurer et je me suis demandé s’il versera des larmes lorsqu’il va entendre nos histoires », s’est questionnée Rachel Mark.

     

    La femme a témoigné sur la disparition d’une de ses nièces, qui après avoir été transportée dans un hôpital de Québec peu après sa naissance n’est jamais revenue.

     

    M. Mark estime quant à lui que sa communauté a été contrôlée par le père Joveneau.

     

    « Les enfants qui ont fréquenté des pensionnats, on les a dédommagés pour les mauvais traitements qu’ils ont subis. Je veux qu’on sache que nous aussi, on a été maltraité, on a souffert quand on nous a déplacés. Il faut qu’on pense à des réparations, à des compensations », a-t-il fait valoir.

     

    « Avant les expulsions, on vivait bien. Si on nous avait dit tout ce qui allait se passer, personne n’aurait accepté d’aller là », a-t-il soutenu.













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