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Récit d'un délateur - Le calvaire d'un Rock Machine

Brian Myles   11 juillet 2002  Justice
Les Rock Machine avaient intégré la menace d'un attentat mortel au coeur de leurs préoccupations quotidiennes au plus fort de la guerre des motards, allant même jusqu'à revêtir un gilet pare-balles et traîner une arme dans leurs moindres déplacements, y compris pour une visite à la boucherie du coin.

C'était le cas de Peter Paradis, qui a raconté hier son ascension et sa chute comme leader des Rock Machine dans Verdun, un quartier réputé comme un territoire indépendant pour la vente de drogue pendant des décennies.

Paradis ne se doutait pas du calvaire qui l'attendait, en mai 1993, lorsqu'il a entendu parler pour la première fois d'un nouveau gang qu'il ne connaissait pas: les Rockers. Les beaux jours de l'indépendance tiraient à leur fin. Revendeur de drogue sans attache, il a reçu la visite non sollicitée de Patrick Locke, qui lui aurait dit: «Y en aura plus d'indépendants. T'as 24 heures pour répondre.» L'homme ne s'en est pas laissé imposer. «Je l'ai envoyé promener.» Un an plus tard, il se ralliait aux Rock Machine à l'invitation de Pierre Beauchamp et Renaud Jomphe. «En 1994, l'indépendance s'est arrêtée tranquillement, sauf pour certaines familles», dit-il pour expliquer son choix.

Les attentats à la bombe ont succédé aux attaques à main armée, si bien que Peter Paradis n'osait plus sortir de chez lui sans une veste pare-balles et un pistolet de calibre Magnum .357 dissimulé à l'intérieur de sa camionnette, dans une «cache électronique» qui ne pouvait être déverrouillée qu'en actionnant des leviers secrets.

Par une journée torride du mois d'août 1998, Paradis avait trop chaud pour garder sa veste à son retour de la boucherie. De toute façon, il était presque arrivé à la maison, et son garde du corps, Daniel Leclerc, prenait place à ses côtés. Mal lui en prit. Paradis avait remarqué qu'une voiture les suivait à une vitesse anormalement lente. À peine s'est-il retourné à un feu rouge que la voiture était rendue à sa hauteur et qu'il encaissait quatre projectiles à la poitrine, à l'abdomen, à l'aine et au derrière. Le Magnum .357 est resté figé entre les doigts de Leclerc. Paradis s'est retrouvé à l'hôpital, mais le personnel, énervé par le dispositif de sécurité autour de sa chambre, l'a laissé sortir au bout de huit jours. «Mes bandages saignaient encore», dit-il.

Paradis était considéré au moment de l'attentat comme l'âme dirigeante des Rock Machine dans Verdun. Il avait hérité de ce titre au lendemain de l'assassinat de Renaud Jomphe, en octobre 1996, sans qu'aucun membre en règle du gang ne convoite ce territoire chaud.

La guerre avait commencé par des gestes d'intimidation dans les bars, où les Rockers et les Rock Machine exhibaient tour à tour leurs couleurs pour marquer leur territoire. Elle a par la suite dégénéré en un conflit armé pour la protection, puis l'expansion de ces mêmes territoires. À la fin de son parcours criminel, en 1999, Peter Paradis n'avait «plus rien à défendre», plus de territoire. «C'est ma vie que je défendais.»

Mis en accusation pour trafic de drogue et gangstérisme, il a réclamé la prison en attente de son procès parce qu'il ne pouvait plus assurer sa propre sécurité dans les rues de Verdun, le quartier de son enfance.

Paradis a finalement décidé de témoigner contre les membres de son réseau dans le premier procès pour gangstérisme de l'histoire de la justice canadienne. Il a lui-même plaidé coupable aux accusations en janvier 2000, écopant d'une peine de 12 ans de pénitencier. Il a retrouvé sa liberté le 4 avril dernier. Son contrat de témoin repenti comportait une clause stipulant qu'il purgerait sa peine dans une prison de juridiction provinciale au lieu d'un pénitencier fédéral, ce qui lui a permis de sortir au sixième de sa peine (et non au tiers) pour bonne conduite. «Ça fait 12 ans qui passent vite», a lancé l'avocat de la défense Jacques Bouchard, dans les premiers échanges du contre-interrogatoire.






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