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    L’avocate Marie Henein, médiatisée lors du procès Ghomeshi, plaide pour la présomption d’innocence

    12 octobre 2017 |Jean-François Nadeau | Justice
    S’interroger sur le système de justice est nécessaire et souhaitable, selon Marie Henein, connue du grand public pour avoir été l’avocate de Jian Ghomeshi.
    Photo: Darren Calabrese La Presse canadienne S’interroger sur le système de justice est nécessaire et souhaitable, selon Marie Henein, connue du grand public pour avoir été l’avocate de Jian Ghomeshi.

    Connue du grand public pour avoir été l’avocate de Jian Ghomeshi, Marie Henein a pris la parole à l’Université McGill hier devant les étudiants de la Faculté de droit.

     

    « Le seul fait que je sois une femme devrait a priori vous laisser penser que je ne suis pas favorable au viol. » Jamais au cours de sa conférence elle n’a évoqué directement ce procès qui l’a pourtant projetée à l’avant-scène médiatique. Elle a répété à plusieurs reprises la nécessité de faire évoluer le droit loin de tels projecteurs.

     

    L’avocate défend une conception très libérale du système de justice, lequel serait perpétuellement à rétablir un nouveau point d’équilibre.

     

    L’évolution du système juridique, dit-elle, ne doit surtout pas être dictée par des médias, ni par des réactions épidermiques et mal informées. Elle a parlé à plusieurs reprises « d’hystérie » à l’égard du droit. « Notre profession est dessinée pour changer. Nul besoin que ce soit hystérique. »

     

    C’est à cette fin, croit-elle, que les avocats testent constamment les limites du droit. « C’est ce que les avocats font et c’est ce que je fais pour vivre. »

     

    S’interroger sur le système de justice est nécessaire et souhaitable. « Il y a beaucoup de place faite aux changements et beaucoup de place pour le changement. »

     

    Il y a « des arrière-trains à botter », a-t-elle dit du même souffle. « Ça peut être vigoureux, mais pas en 140 caractères », a-t-elle dit, faisant allusion à l’usage de Twitter et à la réduction de la pensée à laquelle pareil média confine. « On mérite mieux que ça. »

    J’ai défendu des meurtriers. Ce n’est pas parce que je suis pour le meurtre. L’accusé a des droits et ce n’est pas parce que nous l’aimons.
    Marie Henein, avocate
     

    Présomption d’innocence

     

    Dans un discours parfaitement maîtrisé et riche en citations comme en exemples, l’avocate a tout de même fait rire l’auditoire à quelques reprises, en citant notamment Mark Twain de façon inattendue. L’écrivain affirmait que la présence des médias dans les cours de justice avait rendu certaines personnes idiotes.

     

    Le système de justice se trompe souvent, fait-elle valoir en citant des exemples au Canada et aux États-Unis.

     

    Pour elle, il est fondamental de répéter plus que jamais l’importance du principe de la présomption d’innocence. Elle cite le président Donald Trump comme un cas patent de mépris avoué pour ce principe. Une attitude qui conduit à en appeler à la violence, y compris lorsque les faits lui donnent tort.

     

    Au Canada, elle cite plusieurs cas où la justice s’est trompée, ce qui devrait encourager à plus de prudence. « Cela ne peut pas être corrigé par des concours de popularité » d’une mesure ou d’une autre dans le miroir des médias.

     

    Très à l’aise à faire valoir ses arguments, Marie Henein observe que l’instauration d’une multitude de politiques à courte vue qui mettent l’accent sur la répression criminelle a surtout des fins électoralistes. « J’ai défendu des meurtriers. Ce n’est pas parce que je suis pour le meurtre. L’accusé a des droits, et ce n’est pas parce que nous l’aimons. »

     

    Affaires de viol

     

    Après son exposé, huit questions lui ont été adressées, dont seulement deux par des femmes.

     

    L’une d’elles a été la seule à critiquer le système de justice dans les affaires de viol, dénonçant notamment le faitque le pourcentage de femmes qui rapportent des agressions du genre reste très faible. Pour l’avocate, cela tient à des données économiques et démographiques dont il faut tenir compte pour y trouver remède.

     

    L’une des avenues qu’elle suggère serait de beaucoup mieux former la police. Selon elle, les officiers ne posent pas les bonnes questions. Elle ajoute que ce ne sont pas plus d’accusations qui constitueront une solution, mais plutôt l’exploration de nouveaux modèles capables d’élever globalement le statut des femmes dans la société.













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