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Témoignage du délateur Stéphane Gagné - La guerre des trois

Les Hells Angels éliminaient la concurrence ruelle après ruelle pour s'approprier le marché de la revente de drogue à Montréal

Brian Myles   10 juillet 2002  Justice
Ils étaient trois à «runner» la guerre des motards à Montréal pour le compte des Hells Angels. André Tousignant, Paul Fontaine et Normand Robitaille coordonnaient les frappes contre les membres des Rock Machine tandis qu'une poignée d'exécutants comme Stéphane Gagné les traquaient ruelle après ruelle, parc après parc, caressant le rêve de les abattre comme de vulgaires «canards».

Le délateur Stéphane Gagné a une fois de plus illustré le caractère glacial et sanguinaire de la guerre des motards hier dans son témoignage au procès pour trafic de drogue, complot pour meurtre et gangstérisme de 17 présumés membres ou associés des Hells. Les règles du jeu étaient d'une aveuglante clarté. «Les Rock Machine? C'est pas compliqué! On avait toutte les Rock Machine à tuer», a-t-il dit hier en contre-interrogatoire.

L'exercice, mené à tour de rôle par cinq avocats de la défense, a fait ressortir le caractère monopolistique des Hells Angels et de leur filiale des Rockers, qui voulaient «tuer les Rock Machine pour leur voler leurs points de vente de stupéfiants pour faire plus d'argent».

Au faîte de sa carrière criminelle, Gagné contrôlait, avec quatre partenaires de «business», tout le marché de la vente de drogue dans le quartier gay, à l'exception des rues Saint-Hubert et Panet. Deux fissures dans le bitume que les Rockers ne pouvaient pas tolérer. Gagné a donc commencé à épier les concurrents des rues Saint-Hubert et Panet, prenant même leur photo. Il avait dans sa mire non seulement la tête du réseau mais aussi «tous les ti-gars» qui évoluaient sous les ordres de celle-ci. Parce qu'une «bonne job» ne doit pas s'arrêter «au gars d'en haut»... Ces attentats n'ont jamais eu lieu. Le 5 décembre 1997, Gagné est tombé dans les mailles du filet policier pour ne plus jamais en ressortir.

Le délateur revendique une éphémère mais destructive carrière dans le monde interlope. Il a gravité dans l'entourage des Hells pendant moins de trois ans mais a trouvé le moyen de tuer deux gardiens de prison et de s'en prendre à un troisième. Il a aussi étranglé un ancien associé, qu'il a laissé pour mort dans un bois enneigé, mais sa victime a survécu. «On y a mis des balles dans le corps, on l'a étranglé. C'est pas de ma faute si y est resté vivant», dira-t-il devant un tribunal mi-amusée, mi-sidérée.

Gagné faisait partie, avec moins d'une dizaine d'individus, d'un cercle restreint de tueurs à gages cyniquement appelé «l'équipe de football» par les Hells et les Rockers. «Moi, j'ai été engagé pour tuer du monde», dit-il, candide. «Paul [Fontaine], Toots [André Tousignant] pis Norm [Normand Robitaille], c'est pas mal eux autres qui runnaient la guerre des motards», ajoute-t-il.

Animé par un désir fiévreux de devenir membre des Hells Angels Nomads — «et de faire ben de l'argent» —, Gagné a rejoint le clan de la «big red machine» dès les premières charges de la guerre des motards, à sa sortie de prison, en 1994.

Après avoir brossé le portrait de la mécanique de guerre des Hells et des Rockers, la raison qu'il a invoquée devant le jury pour justifier son choix a de quoi laisser pantois. «Les Rock Machine, pour moi, c'était une gang de bums. J'voulais rien savoir d'eux autres.»
 
 
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