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    Justice

    Aucune accusation déposée contre le député Sklavounos

    Alice Paquet, victime alléguée d’agression sexuelle, se désole des difficultés qu’impose le fardeau de la preuve

    3 février 2017 |Marie-Michèle Sioui | Justice
    Gerry Sklavounos
    Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Gerry Sklavounos

    Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a annoncé jeudi qu’il ne portera aucune accusation contre le député de Laurier-Dorion, Gerry Sklavounos, ciblé par des allégations d’agression sexuelle. La décision a soulagé l’élu, mais également permis à la plaignante, Alice Paquet, d’exposer les difficultés auxquelles se butent les personnes qui portent plainte dans ce genre de dossier.

     

    « Dès le premier instant, j’ai maintenu mon innocence, qui se voit aujourd’hui confirmée par cette décision », a ainsi réagi Gerry Sklavounos, en se disant « soulagé et satisfait » de la tournure des événements.

     

    « Aucun acte criminel n’a été commis », a bel et bien conclu le DPCP, dans une décision publiée quelques instants après une rencontre avec Alice Paquet et les policiers de la ville de Québec responsables de son dossier.

     

    Dans un entretien au Devoir, la jeune femme a répété qu’elle avait bel et bien été agressée sexuellement par le député. « Ce que j’ai vécu, de A à Z, c’est vrai. Et c’est ça qui est aberrant, c’est ce qui me choque », a-t-elle déclaré. La jeune femme avait déclaré avoir été agressée par un député libéral dans le cadre d’une manifestation à Québec au mois d’octobre. L’identité de son agresseur présumé avait été révélée le lendemain par les médias.

     

    Jeudi, elle a transmis une lettre au Devoir, dans laquelle elle fait la lumière sur les insultes qu’on lui a envoyées, mais aussi sur son court passé d’escorte.

     

    « Que ce soit par des discours qui alimentent les préjugés sur la prostitution ou par une critique de mes habitudes de vie, on m’a fait honte — pour avoir osé parler, pour avoir nommé cette blessure collective qu’on cherche savamment à dissimuler, pour sauver les apparences et maintenir une ambiance sereine », a-t-elle écrit. Dans la foulée de la dénonciation d’Alice Paquet, plusieurs femmes ont témoigné au Devoir de gestes déplacés dont elles auraient été victimes de la part de Gerry Sklavounos. Aucune de ces femmes n’a cependant porté plainte contre le député.

    «Finalement, elle s’est pas fait violer» Dans une lettre qu'elle a fait parvenir au Devoir, Alice Paquet revient sur les difficultés auxquelles elle s'est butée depuis sa dénonciation du député Gerry Sklavounos. Se disant forte de l'appui de nombreuses autres victimes dénonçant les agressions qu'elles ont subies, la jeune femme y affirme aussi son désir de continuer son combat.

    Lisez la lettre d'Alice Paquet
     

    Pour ces femmes, et pour toutes celles qui lui écrivent pour dénoncer des abus dont elles disent avoir été victimes de la part de diverses personnes, Alice Paquet ne regrette pas d’avoir pris la parole publiquement. Elle se désole néanmoins du parcours difficile qui attend les victimes qui dénoncent un agresseur. « Pour pouvoir aller avec ça en Cour, comme ils disaient [les policiers], ça prendrait presque une caméra. Pour qu’il y ait des accusations, il faut quasiment que ce soit comme dans les films : tu prends quelqu’un dans la rue. C’est très compliqué », a-t-elle résumé.

     

    La notion du consentement a possiblement nui à dossier, a-t-elle reconnu. « [Les policiers] savent très bien qu’il y a eu une relation sexuelle, mais ce qui est difficile avec le fardeau de la preuve, c’est quand tu ne sais pas si, du début jusqu’à la fin, c’était non consentant. Il faut être non consentant de A jusqu’à Z, tandis que dans mon cas ça partirait peut-être de B jusqu’à Z », a-t-elle illustré.

     

    Pour porter des accusations, le DPCP doit être convaincu de posséder un dossier qui peut lui permettre de prouver la culpabilité de l’accusé en Cour. Ce fardeau de la preuve implique d’éliminer tout doute raisonnable sur l’innocence de l’accusé.

      

    Sklavounos prêt à reprendre ses activités

     

    Dans la courte déclaration qu’il a publiée, Gerry Sklavounos s’est dit prêt à retourner au travail « le plus rapidement possible ». Il est « très soulagé » de la décision du DPCP et « compte revenir à l’Assemblée nationale », a annoncé la présidente du caucus libéral, Nicole Ménard. Avec son parti, elle étudiera la semaine prochaine la possibilité de réintégrer le député dans le caucus libéral, qui se retrouve par le fait même dans une situation aussi inédite qu’embarrassante.

     

    Les députés et leur chef, Philippe Couillard, devront atteindre un consensus au sujet de la réintégration de l’élu de Laurier-Dorion. Les principes de justice naturelle — après tout, le député évite les accusations — plaident en faveur d’un retour de Gerry Sklavounos dans le giron libéral. Mais des considérations politiques et éthiques, notamment celles entourant la conduite exemplaire que devrait adopter un député, pourraient lui barrer le chemin. Jeudi, la plupart des députés libéraux se refusaient à tout commentaire.

      

    Le PQ et QS restent solidaires d’Alice Paquet

     

    Les députés des partis d’opposition ont été plus volubiles. « Le système judiciaire, le système policier ne sont pas adaptés pour permettre clairement à notre société [de] mettre fin aux violences sexuelles », a fait valoir l’élue solidaire Manon Massé. Elle a salué le « courage » démontré par Alice Paquet au fil des derniers mois. « Bien sûr que je la crois », a-t-elle attesté.

     

    « Il y a tellement de femmes qui ne parlent pas. Celles qui parlent, on va leur donner notre solidarité », a aussi affirmé la whip du Parti québécois, Carole Poirier.

     

    Elle a exigé de Philippe Couillard et de son whip, Stéphane Billette, qu’ils soumettent le cas de Gerry Sklavounos à la procédure prévue par l’Assemblée nationale dans sa politique pour contrer le harcèlement au travail. Cette procédure viserait non pas la plainte d’Alice Paquet, mais certains comportements allégués qu’aurait eus le député avec des membres du personnel de l’Assemblée nationale.

      

    Avec Robert Dutrisac et Marco Bélair-Cirino













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