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    Attentat de Québec

    Pour qu’ils ne soient pas morts en vain

    Brian Myles
    31 janvier 2017 |Brian Myles | Justice | Éditoriaux

    L’attentat terroriste commis contre une mosquée de Sainte-Foy ne doit pas faire dévier le Québec de sa trajectoire inclusive.


    Tués parce qu’ils étaient musulmans. Peu de doutes planent sur les motivations d’Alexandre Bissonnette, 27 ans, auteur présumé du carnage au Centre culturel islamique de Québec, situé dans l’arrondissement paisible et sans histoire de Sainte-Foy.

     

    La cible : une mosquée. Les victimes : six musulmans sans défense fauchés de dos. Les paroles prêtées au tireur : une farce monstrueuse sur la grandeur d’Allah.

     

    Le Québec tout entier s’est réveillé lundi avec une claque en plein visage. Un attentat terroriste, un crime haineux, lâche et islamophobe vient d’être commis en son sein.

     

    Notre société pacifique et inclusive comporte sa frange d’écervelés comme n’importe où ailleurs. On les croyait naïvement relégués à la périphérie du débat public, et surtout non armés.

     

    Tel un Dylan Roof, ce suprémaciste blanc qui a tué neuf noirs dans une église de Charleston, en Caroline du Sud, Alexandre Bissonnette aurait visé un groupe pour sa singularité, transformant un sanctuaire en un tombeau.

     

    Son geste est aussi islamophobe que celui de Marc Lépine était misogyne. Il faut commencer par se l’avouer, collectivement, afin de tirer des leçons de la tragédie.

     

     

    Les informations qui émergent au sujet d’Alexandre Bissonnette sont encore parcellaires. Une juxtaposition de mots nous fournissent une vague impression de son profil psychologique. Victime d’intimidation. Antisocial. Troll. Arrogant. Antiféministe. Timide. Il n’y en a pas assez pour esquisser le portrait-robot d’un tueur.

     

    Seul le procès à venir permettra de discerner ce qui relève de la folie passagère et de la haine viscérale à l’égard de la différence. Son action s’inscrit-elle dans la mouvance des groupes suprémacistes blancs ? A-t-il été entraîné par un « agent de radicalisation » ? S’est-il radicalisé de lui-même ? A-t-il pris au pied de la lettre le programme politique des partis d’extrême droite ?

     

    La vélocité caractéristique des modes de production de l’information à l’ère du numérique entraîne son lot de réponses tronquées à des questions posées à la hâte. À preuve, un dénommé Mohamed Belkhadir a été identifié comme un complice et un suspect dans de nombreux médias, y compris Le Devoir, alors qu’il n’a finalement rien à voir avec cette sordide histoire. Il portait secours aux victimes.

     

    Il faudra des semaines et des mois de débats afin de cerner la pensée de Bissonnette, la toile de ses influences et ce qu’elles nous révèlent sur l’état de santé de notre « vivre-ensemble ».

     

    Cet attentat ne prouve pas l’existence d’un racisme et d’une islamophobie systémiques au Québec, une société qui véhicule un message global d’entraide, de solidarité, d’accueil et d’ouverture comme l’ont prouvé lundi les leaders politiques. Cette société a aussi ses parts d’ombre qu’il faut avoir le courage de confronter dans les épisodes déchirants de notre histoire collective. Les craintes ressenties par les musulmans sur leur sécurité, l’intolérance et la discrimination dont ils se disent parfois victimes ne disparaîtront pas d’elles-mêmes parce qu’elles sont banalisées ou ignorées.

     

    Ils s’appelaient Azzedine Soufiane, Khaled Belkacemi, Karim Hassan, Aboubaker Thabti, Mamadou Tanou Barry, Ibrahim Barry. Pour qu’ils ne soient pas morts en vain, il est de notre responsabilité d’ouvrir des dialogues et de renforcer l’inaliénable caractère inclusif du Québec.













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