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    Inuits et itinérance: le préjugé perdure au SPVM

    20 mai 2016 |Marie-Michèle Sioui | Justice
    Ossie Michelin, né d’un père inuit et d’une mère ontarienne, dénonce le discours discriminatoire.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Ossie Michelin, né d’un père inuit et d’une mère ontarienne, dénonce le discours discriminatoire.

    Les mots « itinérant » et « autochtone » ne sont pas interchangeables. C’est ce que tient à rappeler Ossie Michelin, un résidant du quartier Saint-Henri, à Montréal, une semaine après un incident impliquant le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

     

    Malgré les activités de sensibilisation et l’existence d’une formation sur la question autochtone au sein du corps policier, le jeune Inuit estime avoir été témoin de profilage racial lors d’une tournée policière qui a eu lieu mardi dernier dans le secteur où il habite.

     

    « Est-ce moi qui suis trop sensible ? » se demande encore Ossie Michelin. Dans le parc Émilie-Gamelin, il décrit au Devoir l’échange qu’il a eu avec des policiers du SPVM la semaine dernière.

     

    Il était chez lui, avec son ami Stephen Puskas, quand deux agents ont cogné à sa porte. « Ils ont dit qu’ils étaient proactifs, qu’ils avaient reçu beaucoup de plaintes l’an dernier et qu’ils faisaient du porte-à-porte pour savoir si les gens du voisinage avaient eu des problèmes avec les “ autochtones… itinérants  », relate-t-il. Ossie Michelin a remarqué comment l’agent a accroché sur le mot « autochtone », pour ensuite le remplacer par « itinérant ».

     

    Mais il a laissé le policier continuer sa présentation. « Il a ajouté qu’il fallait être alerte, surveiller les personnes louches, celles qui voudraient entrer dans les cours arrière, celles qui voudraient interrompre la circulation automobile ou, encore, les Inuits qui dorment dans le parc », poursuit-il.

     

    À ce moment, le jeune homme a interrompu le policier. « J’ai dit : je suis Inuit ! Je viens du Labrador ! » raconte-t-il.

     

    Le SPVM reconnaît ses torts

     

    Le policier en question a reconnu avoir fait une erreur. Au SPVM, l’agent de liaison avec les communautés autochtones Carlo DeAngelis assure que l’opération porte-à-porte visait des comportements, et non des individus. « Le policier a dit que ce n’était pas son intention d’insulter ou de blesser qui que ce soit par ses propos », assure-t-il au Devoir. D’ailleurs, ce même policier s’était informé, peu de temps avant l’incident, de la possibilité de mettre sur pied des patrouilles mixtes (autochtones-allochtones) dans le quartier Saint-Henri, a-t-il indiqué. Comme les autres membres de son poste de quartier, il a suivi une « session de sensibilisation » de 45 à 50 minutes l’an dernier.

     

    « Ils disent qu’ils ont eu la formation l’an dernier et balaient la question. Mais qu’y a-t-il dans cette formation ? […] Et à combien de portes ont cogné ces policiers ? se demande quand même Ossie Michelin. Combien de résidants de mon quartier ont potentiellement peur des autochtones ? Des Inuits ? »

     

    L’association qu’ont faite les policiers entre l’itinérance et l’appartenance à une communauté autochtone dérange d’autant plus le jeune homme qu’il est souvent interpellé par des amis qui se demandent pourquoi il y a « tant d’Inuits itinérants » à Montréal. « Je leur réponds : parce que nous avons une population grande et diversifiée, mais que vous ne remarquez que les sans-abri, dit-il. Quand vous voyez des personnes comme moi, des gens qui vont bien, vous pensez qu’ils sont latinos, asiatiques ou blancs… »

       

    Éduqués et de plus en plus actifs

     

    Dans les faits, il y a 26 285 autochtones à Montréal, selon les données du recensement de 2011. Quelque 900 d’entre eux s’identifient comme Inuits. Ce qui les amène ici ? L’éducation (41 %), l’emploi (31 %) et la famille (29 %), selon une étude menée en 2009 auprès de 250 autochtones montréalais de première génération dans le cadre du projet Urban Aboriginal Peoples Study (UAPS), rattaché à l’Université de Winnipeg.

     

    Non, ces autochtones ne réalisent pas tous l’objectif qu’ils se sont donné en se rendant dans la métropole. Mais 70,3 % d’entre eux (71,7 % des femmes et 68,9 % des hommes) détenaient un diplôme universitaire en 2006, selon une étude de l’alliance de recherche ODENA. Aussi, le taux de chômage des autochtones résidant dans l’agglomération de Montréal ne cesse-t-il de diminuer, selon la même recherche. Chez les hommes, il a chuté de 11,7 points, entre 1996 et 2006, pour finalement s’établir à 7,8 %. Du côté des femmes, le taux a baissé de 13 points, durant cette même période, pour atteindre 7,8 % en 2006.

     

    Profilage racial

     

    Pourtant, l’intervention des policiers qui se sont rendus chez Ossie Michelin « promeut le profilage racial dans la communauté et laisse entendre que les allochtones devraient se méfier des Inuits », insiste Stephen Puskas, un Inuit de Yellowknife qui vit aussi à Montréal. Comme participant au manuel de sensibilisation culturelle du SPVM, il est déçu par la tournure des événements.

     

    « Les Montréalais sont ceux qui sont les moins bien informés à propos des autochtones, selon ce qu’a trouvé l’étude de l’UAPS [menée dans 11 villes canadiennes], souligne-t-il. Une formation de 45 minutes par année, ce n’est pas assez. Surtout quand on sait qu’il n’y a pas d’éducation sur les réalités autochtones dans les écoles publiques du Québec. »

     

    À cela, le SPVM répond en demandant à la population d’être patiente. « On travaille pour avoir des sessions de sensibilisation de 4 heures en 2017 », affirme Carlo DeAngelis. Et qui recevra la formation ? « Ça devra être déterminé, mais en principe, ce serait pour tous les policiers. »













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