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    Haïti

    Des policiers québécois épinglés pour inconduite sexuelle

    Les policiers faisaient partie de la MINUSTAH, déployée par l’ONU en Haïti. De nombreux cas d’inconduite sexuelle ont été recensés parmi les Casques bleus. Ci-dessus, des soldats brésiliens aussi membres de la mission de maintien de la paix défilent à Port-au-Prince.
    Photo: Vanderlei Almeida Agence France-Presse Les policiers faisaient partie de la MINUSTAH, déployée par l’ONU en Haïti. De nombreux cas d’inconduite sexuelle ont été recensés parmi les Casques bleus. Ci-dessus, des soldats brésiliens aussi membres de la mission de maintien de la paix défilent à Port-au-Prince.

    Le problème des inconduites sexuelles des Casques bleus touche aussi le Québec. Deux policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ont été sanctionnés après avoir eu des enfants avec des Haïtiennes, alors que l’ONU proscrit toute relation sexuelle avec des résidants.

     

    Les deux fautifs faisaient partie de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), dans laquelle près de 90 policiers canadiens sont déployés.

     

    Selon des informations révélées mercredi par Radio-Canada, le premier cas date de 2013 et concerne un policier qui a eu un enfant avec sa femme de ménage. L’homme a été dénoncé par des collègues à son retour au pays. Le SPVM l’a suspendu pendant neuf jours, mais il a pris sa retraite par la suite. Il semble qu’il soutienne financièrement la mère de son enfant.

     

    Dans l’autre cas, qui date de 2012, le policier a écopé de cinq jours de suspension pour avoir lui aussi fait un enfant à une Haïtienne. Celle-ci a porté plainte quand le père de l’enfant a cessé de lui verser une pension alimentaire. La relation était demeurée secrète jusque-là.

     

    Au SPVM, le commandant Ian Lafrenière indique que les autorités ont choisi d’agir « même si les faits se sont passés alors que les policiers n’étaient pas sous la juridiction du SPVM et qu’il s’agissait de relations consensuelles. Une histoire comme ça vient entacher tout le travail qui est fait par nos policiers en Haïti [500 Montréalais ont été dépêchés depuis 20 ans]. Quand on fait une mission, c’est pour aider les gens », pas pour compliquer leur sort, dit-il.

     

    Deux autres cas d’inconduite sexuelle ont été recensés par Radio-Canada, concernant cette fois des policiers de la Sûreté du Québec. Le premier, en 2013, a été réglé par la démission du policier avant sa comparution devant le comité de discipline. Dans l’autre dossier, le policier doit comparaître devant ce comité en juillet.

     

    Comment agir ?

     

    M. Lafrenière souligne qu’il est « difficile de détecter » les cas qui passent sous le radar des mécanismes de plainte. Plus largement, les inconduites sexuelles de Casques bleus causent de sérieux maux de tête à l’ONU, qui a publié le 16 février un rapport complet sur la question de l’exploitation sexuelle par des Casques bleus.

     

    En 2015, 69 cas d’exploitation et d’atteintes sexuelles ont ainsi été signalés dans neuf missions de maintien de la paix à travers le monde, dont neuf en Haïti. En introduction de son rapport, l’ONU se dit « consternée par la répétition » de ces « actes odieux qui trahissent toute la confiance que les populations placent en ceux chargés de les protéger ».

     

    L’ONU se bute à plusieurs obstacles pour s’attaquer au problème : quand les abus sont dénoncés (alors qu’ils impliquent des gens en position de pouvoir face à une population vulnérable), il n’est pas dit qu’ils sont par la suite punis. Ce sont les pays contributeurs qui sont responsables de leurs Casques bleus, et c’est à eux d’imposer les sanctions qu’ils jugent adéquates.

     

    Tout au plus, « lorsqu’il s’agit d’allégations de mauvaise conduite sérieuse impliquant des membres des composantes militaires ou policières, l’ONU peut décider de rapatrier les personnes concernées et de les bannir de toute future participation aux opérations de maintien de la paix », indiquait mercredi soir au Devoir une porte-parole de la MINUSTAH.

     

    Dans le rapport du 16 février, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, évoquait que le « fait de ne pas engager de poursuites pour des infractions sexuelles revient à accorder l’impunité », et qu’il fallait en conséquence faire pression pour que les États membres prennent les mesures disciplinaires et pénales nécessaires. Radio-Canada rapportait mercredi que l’ambassadrice américaine à l’ONU, Samantha Power, a dénoncé la minceur de la sanction de neuf jours imposée par le SPVM.

     

    Le rapport de l’ONU propose autrement quelques solutions : mise en place et promotion de mécanismes communautaires d’enregistrement des plaintes ; projet « d’instituer des tribunaux militaires dans le pays hôte » pour juger les crimes sexuels ; création d’un fonds spécial pour les victimes ; collecte d’échantillons d’ADN des personnes accusées de sévices ; etc. Le 11 mars, le Conseil de sécurité a aussi adopté la résolution 2272, qui approuve certaines mesures de lutte contre les sévices sexuels.

     

    L’histoire des quatre policiers québécois survient alors que le gouvernement Trudeau a annoncé son intention de se réengager dans les missions de maintien de la paix.

     

    Ottawa n’a pas commenté le dossier des deux policiers du SPVM, sinon que pour dire qu’il « prendra les mesures appropriées après avoir examiné les faits ».













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