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    Mort d’Alain Magloire

    La leçon d’amnésie

    Brian Myles
    11 mars 2016 |Brian Myles | Justice | Éditoriaux

    Alain Magloire est-il mort pour rien ? La question se pose à la lecture du rapport du coroner Luc Malouin. Les ratés multiples dans la prise en charge des personnes frappées par la maladie mentale, la formation policière à ce sujet, et la nature de l’intervention qui a coûté la vie à M. Magloire sont des tares récurrentes.

     

    Un citoyen sur six est appelé à souffrir de détresse mentale au cours de sa vie. C’est énorme. Il faudra bien que les policiers cessent de se percevoir comme des « combattants du crime » et que les écoles de formation en techniques policières dépoussièrent leur cursus pour assurer une meilleure sécurité de tous les citoyens, y compris les plus vulnérables.

     

    L’intervention n’est pas synonyme de répression. Le dialogue est bien souvent préférable à l’arrestation. Le but de l’intervention policière, à plus forte raison dans le tissu social complexe d’une métropole, est de permettre la résolution des conflits en déployant le minimum de force nécessaire.

     

    Mais que faire avec un itinérant qui, tel un Magloire en crise, fracasse des vitrines et menace les policiers de son marteau ? Essayer d’établir un dialogue, même s’il n’entend pas raison. Acheter du temps. Contenir la crise.

     

    Le coroner Malouin a tort d’établir un lien de causalité entre la mort d’Alain Magloire, abattu par un policier le 3 février 2014, et l’arsenal, anémique, d’armes à impulsion électrique à la disposition du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). M. Malouin a fait sienne l’analyse du policier Denis Côté, selon lequel le « Taser » « n’est jamais là lorsqu’un policier en a besoin ».

     

    Un patrouilleur muni d’un pistolet à impulsion électrique est arrivé sur les lieux 20 secondes après la tragédie. Il fallait donner au « Taser » la chance d’arriver avant de se plaindre de son absence.

     

    Le problème de communication à la base de la tragédie n’explique pas tout, et il serait trop facile de blâmer les patrouilleurs, qui avaient toutes les raisons de craindre pour leur vie.

     

    La formation en santé mentale souffre de carences inacceptables : 90 heures sur un programme de 1545 heures, c’est trop peu. Selon Michael Arruda, spécialiste de la santé mentale au SPVM, les policiers se sentent « dépassés, mal outillés et mal renseignés pour intervenir adéquatement ». Non seulement faut-il mieux les éduquer au cégep, il faut leur offrir une formation continue.

     

    La Santé publique n’arrive pas à mettre en place un filet de sécurité pour les itinérants aux prises avec la maladie mentale. Comme pour la formation policière, il s’agit d’un « échec » relevé à juste titre par le coroner Malouin. Combien de victimes faudra-t-il avant que ces trois institutions, Santé, Éducation et Sécurité publique, donnent le coup de barre attendu depuis trop longtemps ?













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