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    Une juge refuse d’entendre une femme portant le hidjab

    27 février 2015 | Philippe Orfali - Avec Brian Myles | Justice
    La juge de la Cour du Québec Eliana Marengo a demandé à plusieurs reprises le retrait d'un voile islamique.
    Photo: Jacques Grenier Archives Le Devoir La juge de la Cour du Québec Eliana Marengo a demandé à plusieurs reprises le retrait d'un voile islamique.

    Comparant le port du foulard islamique à celui de lunettes de soleil, une juge de la Cour du Québec a refusé d’entendre mardi la cause d’une mère célibataire musulmane parce que celle-ci refusait de retirer son hidjab à sa demande. Une décision erronée en droit qui a de quoi inquiéter, selon un expert.

     

    Rania el-Alloul porte le hidjab, ce voile islamique qui couvre entièrement la tête, tout en laissant le visage à découvert. Elle se trouvait mardi devant la cour afin de tenter de reprendre possession de sa voiture, celle-ci ayant été confisquée par la Société d’assurance-automobile du Québec (SAAQ), car son fils la conduisait alors que son permis était suspendu.

     

    Ce devait être une comparution sans histoire. Ce fut tout le contraire, la juge Eliana Marengo ayant interpellé à maintes reprises Mme El-Alloul pour qu’elle retire son voile, sans quoi elle refuserait d’entendre la cause, rapportait mardi soir la CBC, qui a obtenu un enregistrement audio de l’audience.

     

    Invoquant un article du règlement de la Cour du Québec qui précise que toute personne qui comparaît devant le tribunal doit être « convenablement vêtue », la juge Marengo a demandé à la dame d’enlever son hidjab. Les mêmes règles doivent s’appliquer à tous, a-t-elle affirmé. « Je n’entendrai pas votre cause si vous portez un foulard sur votre tête, tout comme je n’entendrais pas une personne qui porte des lunettes de soleil ou toute autre tenue n’ayant pas sa place au tribunal. »

     

    Interloquée, Mme El-Alloul a bien tenté de faire entendre raison à la juge. En vain. « Je vis de l’aide sociale. Je suis séparée. Je vis avec trois garçons. Je ne peux pas me payer un avocat, je ne peux même pas payer l’amende qui m’est demandée. C’est pour cela que je suis ici », dit-elle sur un ton qui trahit son désarroi. « Ce n’est pas ça le problème. […] Vous devez faire quelque chose », lui répond la juge, avant d’ajourner la séance.

     

    Dangereux précédent

     

    Cet incident survient alors que la Ville de Shawinigan refusait il y a quelques semaines d’autoriser l’installation d’une mosquée sur son territoire, et alors que divers sondages semblent démontrer une hausse du sentiment islamophobe au Québec. Il y a dix jours à peine, le gouvernement conservateur à Ottawa laissait savoir qu’il ne se plierait pas à une récente décision de la Cour fédérale qui autorise une femme à conserver son voile intégral lorsqu’elle prête serment pour devenir citoyenne canadienne.

     

    Avocat, chargé de cours et auteur du livre La fin de l’État de droit ?, Frédéric Bérard trouve « inquiétante » cette mouvance. « Les chartes canadienne et québécoise protègent la liberté de religion. La liberté de religion permet, selon l’interprétation d’à peu près tous les tribunaux, le port d’un signe religieux, notamment devant un tribunal », souligne-t-il.

     

    Cette question est « erronée en droit » et « constitue un dangereux précédent », selon M. Bérard.

     

    Juge aux petites créances depuis sa nomination il y a 18 ans, Mme Marengo jouit d’une réputation peu enviable au sein de la profession, a confié au Devoir un avocat s’exprimant sous le couvert de l’anonymat. « C’est une magistrate qui n’est pas réputée pour sa compétence et son envergure. Elle fait partie de la catégorie de juges qui ne sont pas à leur place », a-t-il dit, affirmant ne pas être surpris de voir Mme Marengo mêlée à cette controverse.

     

    La juge Marengo n’a pas donné suite aux demandes d’entrevue du Devoir. Mme El-Alloul, pour sa part, entend porter plainte auprès du Conseil de la magistrature du Québec. Ébranlée par l’incident, elle est toujours dans l’attente d’une nouvelle audience.













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