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    Terrorisme

    Le fil ténu de la prévention

    Josée Boileau
    24 octobre 2014 |Josée Boileau | Justice | Éditoriaux

    Dans un monde idéal, il faudrait arriver à empêcher une fusillade comme celle survenue mercredi au parlement fédéral. Mais la réalité est toujours deux pas devant l’idéal, ou derrière, ou à côté. Heureusement, car l’idéal est un tel monde clos qu’il en serait terrifiant.


    Que veut dire au juste « prévenir » quand on refait pas à pas le chemin qui mène à un drame tel que la fusillade d’Ottawa ? Une remarque, lors de la conférence de presse que le commissaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a tenue jeudi, faisait bien voir ce que les bonnes intentions ont de pervers.

     

    La mère du tireur a appris mercredi aux policiers que son fils avait souhaité se rendre en Syrie. Avoir su, a dit le commissaire Bob Paulson, la GRC l’aurait surveillé plus étroitement. Que faut-il en déduire : qu’au terme d’une simple conversation, la mère aurait dû aussitôt appeler la police ? La société doit-elle donc s’attendre, même implicitement, à des dénonciations de la part d’un parent à l’égard de son enfant, ou inversement, parce qu’il est question non pas d’un projet criminel, mais d’un voyage douteux ?

     

    À ceux qui répondent oui, en additionnant les attentats déplorables survenus cette semaine, il faut rappeler qu’une société intrinsèquement méfiante est l’envers de cette démocratie que l’on dit vouloir préserver. Il faut lire des ouvrages comme Les chuchoteurs, Vivre et survivre sous Staline, pour prendre conscience que l’encouragement à la délation est un poison encore plus délétère que des attentats, rares en nos contrées. Espérer que la police sache tout, c’est rêver de totalitarisme ou en attendre des miracles. Qu’il lui suffise de faire son travail, en amont et en aval.

     

    Or mercredi, sa réaction a été formidable. En une minute et des poussières après les premiers coups de feu, les voitures de police étaient sur les lieux de la colline parlementaire. Le surcroît de précaution de sécurité qui a suivi, indispensable, fut mené avec professionnalisme. En amont, constatons à nouveau que la vie n’est pas une série télé haletante : la quête de renseignement sur des suspects potentiels est d’abord un travail fastidieux. Et tirer des conclusions définitives parce qu’on trouve une adresse courriel dans un disque dur, ficher tous ceux que leurs voisins trouvent bizarres, ce n’est pas de l’enquête mais de la précipitation, dont toute démocratie doit se méfier.

     

    Sans oublier que des choix s’imposent : faut-il mobiliser un maximum de ressources policières pour filer de près tous les individus vaguement suspects ? Bien sûr que non, il faut travailler plus intelligemment que cela, et accepter le risque d’une défaillance. Un spécialiste de ces questions de sécurité rappelait jeudi dans le Globe and Mail une phrase autrefois lancée par l’IRA aux services du renseignement britanniques : « Vous, vous devez être chanceux tout le temps. Nous, il nous suffit de l’être une fois. » Cette formule provocante reste vraie.

     

    La prévention doit donc être entendue au sens plus large que policier, s’attaquer à la source, comme nous le disions en éditorial après l’attentat de Saint-Jean-sur-Richelieu. Philippe Couillard l’entend bien ainsi, mais son engagement pris jeudi n’est assorti d’aucun moyen financier et repose sur des voeux de collaboration avec la communauté musulmane, particulièrement les mosquées. Fort bien, mais la radicalisation est maintenant bien plus le fait des réseaux sociaux que des prêches, disent avec raison des imams, des policiers et des spécialistes en matière de sécurité. Prévenir, c’est aussi savoir cibler.













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