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    Lac-Mégantic voit défiler ses accusés

    14 mai 2014 |Lisa-Marie Gervais | Justice
    Thomas Harding, Jean Demaître et Richard Labrie ont parcouru, menottes aux mains, la distance qui les séparaient du palais de justice improvisé de Lac-Mégantic.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Thomas Harding, Jean Demaître et Richard Labrie ont parcouru, menottes aux mains, la distance qui les séparaient du palais de justice improvisé de Lac-Mégantic.
    Lire aussi: Pourquoi Ed Burkhardt n’est-il pas accusé ?

    Lac-Mégantic — Des policiers, quelques proches de victimes, des curieux et des médias. Beaucoup de médias. Sous le soleil de midi, mardi, ils étaient nombreux à attendre devant le centre sportif — le palais de justice temporaire — l’arrivée escortée des trois employés de la compagnie Montreal, Maine and Atlantic Railways (MMA), sommés à comparaître pour 47 chefs d’accusation de négligence criminelle ayant causé la mort.

     

    Vers 14 h 10, le bourdonnement des conversations a brusquement cessé. Le fourgon cellulaire de la Sûreté du Québec s’est arrêté devant la porte. Silence. Thomas Harding, ingénieur, Jean Demaître et Richard Labrie, directeur des opérations et répartiteur, ont marché menottés jusqu’à l’intérieur, devant une foule hébétée, qui ne huait ni n’applaudissait. Moment de malaise.

     

    Le retour des caméras

     

    Pour les habitants de Lac-Mégantic, cette agitation et ces caméras braquées sur leur petit coin de pays, n’était pas sans rappeler les semaines suivant l’horreur du 6 juillet dernier, date où le déraillement d’un train rempli de pétrole a déclenché une explosion aux airs de fin du monde et a fauché la vie de 47 personnes. « Ça ravive des émotions », a dit Chantal Vachon, qui a perdu plusieurs amis dans la tragédie.

     

    Faisant le pied de grue dehors, Raymond Lafontaine, un entrepreneur qui a perdu quatre proches, dont son fils, dans l’explosion, a tenu absolument à voir les « acteurs » de cette « pièce de théâtre ». « On a eu droit à une grosse représentation policière. Voyons donc ! Ces gens-là auraient pu venir main dans la main et ne pas être escortés par des chars blindés ! », a dit l’homme, très en verve. « Ils ont fait un gros show pour que notre âme soit en paix, car l’être humain veut toujours que son âme soit vengée. C’était une belle mise en scène. »

     

    Lundi soir, la veille, les policiers lourdement armés de l’escouade tactique (SWAT) ont fait une visite-surprise aux endroits où se trouvait chacun des trois hommes pour procéder à des arrestations musclées. Les accusés ont passé la nuit au poste de police en détention jusqu’au lendemain. Peu après l’arrestation, l’avocat de Harding, Me Thomas Walsh, n’a pu parler que deux minutes à son client. Celui-ci, un résident de Farnham qui est en arrêt de travail car souffrant d’un choc post-traumatique, aurait été surpris de son arrestation. « On s’est toujours dit que la Couronne allait nous avertir avant pour qu’on ait le temps de se préparer », a dit l’avocat. « Le nombre de policiers qu’on avait aujourd’hui n’était pas nécessaire. Ce n’était pas nécessaire d’aller avec une escouade tactique, a-t-il soutenu. J’ai l’impression que c’était comme tuer une mouche avec un canon. »

     

    Depuis le drame, plusieurs procès ont lieu à Sherbrooke plutôt qu’à Lac-Mégantic même. Pourquoi revenir à Lac-Mégantic ? Parce que ce qui s’est produit est majeur et qu’il était important que les accusations se fassent dans le lieu d’origine, a expliqué le directeur des poursuites criminelles et pénales, Me René Verret, à sa sortie du palais de justice. « Normalement, les accusations sont prises dans le district judiciaire où les infractions ont été commises. On voulait respecter ce principe-là. Il y a une salle d’audience aménagée ici et qui était déjà prête. »

     

    La comparution

     

    « La Cour du Québec, sous la présidence de l’honorable Paul Dunnigan, est ouverte ». C’est silence dans la salle d’audience. Le climat est plutôt solennel. Une trentaine de places seulement étaient disponibles, dont dix pour des journalistes. Certains proches de victimes, frustrés, ont dû attendre dehors.

     

    La Couronne a proposé au préalable des conditions de remise en liberté à la défense, qui les avait jugées raisonnables. Le juge en a fait la lecture : une caution de 15 000 $, garder la paix et une bonne conduite, ne pas être en possession d’armes, demeurer au Québec, ne pas déménager à moins d’en aviser la Cour, rendre son passeport, ne pas travailler dans une compagnie ferroviaire à moins d’être en compagnie d’une personne qualifiée mise au courant des conditions.

     

    Il y a possibilité que le procès se fasse devant jury, si l’un des accusés en fait la demande. L’audience aura duré 15 minutes. La date de l’enquête préliminaire a été fixée au 11 septembre.

     

    D’autres coupables ?

     

    Toute la journée, les conversations ont porté sur l’émoi causé par les trois accusés. S’ils sont reconnus coupables, les employés pourraient écoper d’une peine d’emprisonnement à perpétuité. Justice est-elle rendue ? « Ça ne se pardonne pas ce qu’ils ont fait. En prison, ils vont être trop bien traités », a lancé Richard Boulet, 67 ans, qui a frôlé la mort la nuit du drame.

     

    Jacques Leblond n’est pas d’accord. « C’est pas juste de leur faute. Les accuser oui, les punir, oui. Mais pas à vie ! », a-t-il dit.

     

    Raymond Lafontaine doute que mettre des gens derrière les barreaux soit la solution. Pour lui, le blâme va au gouvernement fédéral. « Aujourd’hui il ne se montre pas, il ne parle pas, mais on sait que c’est lui qui est responsable de la sécurité ferroviaire. »

     

    Pour Denise, une employée d’entretien du centre sportif, ce n’est pas nécessairement un beau jour pour les Méganticois. « J’en entends plusieurs qui disent que ça ne va rien changer. Les vrais coupables, ils ne sont pas ici aujourd’hui », a dit cette résidante de Lac-Drolet. « C’est les grands boss, pis ils jouent au golf », a renchéri une passante du tac au tac.













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