Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    Répression de la manifestation contre la brutalité policière

    Nous exigeons la démission de Marc Parent et de Ian Lafrenière du SPVM

    17 mars 2014 14h57 |Marcos Ancelovici, sociologie, UQAM, et Francis Dupuis-Déri, science politique, UQAM, et 120 cosignataires | Justice
    La Journée internationale contre la brutalité policière du 15 mars 2014 se sera finalement soldée par 288 arrestations en vertu du règlement municipal P6. Par conséquent, nous, enseignantes et enseignants dans des cégeps et des universités de Montréal, nous demandons s’il est possible de dénoncer la brutalité policière sans en être soi-même la cible.

    Le règne de l’arbitraire

    Alors que la manifestation appelée par le Collectif opposé à la brutalité policière (COBP) devait débuter à 15h, le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) a déclaré le matin même sur son fil Twitter que rien ne lui permettait de déclarer la manifestation légale. Le prétexte? L’itinéraire n’avait pas été divulgué. Déjà deux jours plus tôt, Ian Lafrenière, porte-parole du SPVM, avait déclaré que la manifestation serait illégale pour la même raison. Pourtant, l’article 2.1 du règlement P6, qui concerne l’itinéraire, stipule qu’il suffit de fournir l’itinéraire « au préalable » de la manifestation, ce qui peut signifier seulement au moment du départ du cortège. P6 ne permet donc pas de se prononcer sur la légalité d’une manifestation avant que celle-ci ne commence.

    Le SPVM se défend d’être contre les manifestations. Ian Lafrenière explique : « il y a une façon de [manifester] et la façon est claire : de donner l’itinéraire ». Mais alors pourquoi le SPVM laisse-t-il régulièrement filer des manifestations qui ne divulguent pas leur itinéraire?

    Voici quelques exemples récents : la manifestation de casseroles contre l’austérité (4 mars), la manifestation contre la culture du viol (7 mars) et la manifestation du Comité 8 mars des Femmes de diverses origines. Dans ces trois cas, l’itinéraire n’a pas été divulgué à la police, qui n’est pourtant pas intervenue. Il en va de même pour plusieurs autres manifestations depuis l’adoption de l’article 2.1 du règlement P6 le 18 mai 2012. Le 7 mars dernier, les manifestantes ont même marché dans le sens inverse de la circulation; la manifestation a été déclarée « illégale » mais a été « tolérée » et a filé pendant une bonne heure dans les rues du centre-ville. 

    Il est d’ailleurs très bien que le SPVM « tolère » ces manifestations. Cela devrait aller de soi dans un régime libéral. Par contre, nous nous demandons pourquoi le SPVM fait preuve d’un tel arbitraire à l’égard de la manifestation du 15 mars contre la brutalité policière. 

    Le raisonnement circulaire du SPVM

    Selon le SPVM, cette manifestation mérite un traitement particulier car « [d]epuis 1997, l’historique des manifestations initiées par le Collectif opposé à la brutalité policière (COBP) démontre que ce rassemblement génère des gestes de violence, tant sur les biens que sur les personnes. » Pourtant, cette année comme en 2013, la manifestation a été la cible de charges policières et d’un encerclement de masse avant même de commencer. C’est donc la police — et uniquement la police — qui a fait preuve de violence. Car charger une foule, arrêter des centaines de personnes et les détenir pendant des heures au froid, dans la rue, sans accès à des toilettes et à de l’eau, c’est violent. De plus, cela constitue une violation flagrante des libertés d’expression et de réunion pacifique (rappelons d’ailleurs que la constitutionnalité de P6 est actuellement contestée en cour).

    Le SPVM mentionne régulièrement le nombre d’arrestations pour illustrer la « violence » des manifestations du 15 mars. Mais d’année en année, la plupart des accusations sont abandonnées lors des procès, car elles n’ont pas de fondement légal. Les arrestations ne sont ainsi qu’un indicateur non pas de la « violence » des manifestants, mais plutôt de l’ampleur de la répression policière. 

    Il s’agit donc d’un raisonnement circulaire (on vous arrête cette année parce qu’il y a eu beaucoup d’arrestations les années précédentes) qui ne vise qu’à légitimer du profilage politique. La police ne tolère tout simplement pas qu’on manifeste pour dénoncer sa brutalité.

    Or, année après année, à Montréal, la police assassine des itinérants et brutalise des individus en toute impunité. Sans oublier les 3650 arrestations politiques qui ont eu lieu à Montréal pendant le Printemps érable de 2012 et le printemps 2013.

    Mettre un terme à l’impunité?

    Ces abus systématiques ont été dénoncés par de nombreuses organisations. De plus, la Ligue des droits et libertés a demandé que le Bureau des enquêtes indépendantes mis en place au printemps 2013 ne soit pas constitué d’anciens policiers et qu’il relève du ministre de la Justice plutôt que de celui de la Sécurité publique. De même, en 2012 et 2013, une pétition et plus d’une cinquantaine d’organisations ont demandé la mise en place d’une commission d’enquête publique et indépendante sur les interventions policières. Parallèlement, le Barreau du Québec et l’Association des juristes progressistes ainsi que Projet Montréal et Québec solidaire ont exprimé des préoccupations à l’égard du règlement P6. Pour l’instant, tous ces efforts ont été vains. 

    Face à l’indifférence du pouvoir, un des rares moyens dont dispose la population est de prendre la rue et de manifester. Or, la police, clairement juge et partie dans ce cas, a décidé de supprimer de facto cette liberté.

    Dans un tel contexte, le silence complice de la quasi-totalité de la classe politique municipale et provinciale, des grands médias et des intellectuels est choquant et préoccupant. Comment se fait-il qu’on prétende que la non-divulgation d’un itinéraire de manifestation suffise à justifier l’arrestation de centaines de personnes, leur détention pendant des heures et des amendes de plus de 600$? Comment se fait-il que le pouvoir politique accepte que la police agisse de manière si ouvertement arbitraire en ne sévissant que contre les manifestations qui lui déplaisent? Comment se fait-il que la police s’invite dans l’espace médiatique pour manipuler l’opinion publique en oblitérant, par un discours bien rodé, autant la raison d’être de la manifestation, soit la dénonciation de la brutalité policière, que tous les cas de manifestations tolérées malgré la non-divulgation d’itinéraire? 

    Tout le monde connaît pourtant les responsables de cette répression politique et de cette manipulation de l’opinion publique. Il s’agit du directeur du SPVM, Marc Parent, qui sera reconnu comme le chef de police responsable du plus grand nombre d’arrestations politiques dans l’histoire du Canada, et du porte-parole Ian Lafrenière, devenu maitre dans l’art du sophisme. 

    Assez de cette impunité! Nous exigeons leur démission.

    Cosignataires

    1. Yves-Marie Abraham, HEC, Montréal 2. Omar Aktouf, HEC, Montréal 3. Alia Al-Saji, philosophie, Université McGill 4. Rémi Bachand, sciences juridiques, UQAM 5. Isabelle Baez, école de langues, UQAM 6. Pierre Beaucage, anthropologie, Université de Montréal 7. Dominic Beaulieu-Prévost, sexologie, UQAM 8. Sylvie Béland, littérature et cinéma, cégep Valleyfield 9. Céline Bellot, service social, Université de Montréal 10. François Bergeron, mathématiques, UQAM 11. Margie Bertrand, langues (anglais), Cegep du Vieux Montreal 12. Anne Bérubé, français, langue et littérature, cégep Vieux Montréal 13. Sirma Bilge, sociologie, Université de Montréal 14. Isabelle Billaud, français, cégep Lionel-Groulx 15. Mélissa Blais, études féministes, UQAM 16. Philippe Boudreau, sciences sociales, Collège Ahuntsic 17. Jacqueline Bourdeau, éducation, Téluq 18. ‪Denise Brassard, études littéraires, UQAM 19. Michel Caisse, arts plastiques, école St-Luc 20. Anne E. Calvès, sociologie, Université de Montréal 21. Rachel Chagnon, sciences juridiques, UQAM 22. Jacques Chamberland, philosophie, cégep Maisonneuve 23. Line Chamberland, sexologie, UQAM 24. Daniel Chapdelaine, chimie, UQAM 25. Murielle Chapuis, français, cégep Lionel-Groulx 26. Marie-Ève Charron, histoire de l'art, UQAM 27. Ryoa Chung, philosophie, Université de Montréal 28. Patrick Cloos, service social, Université de Montréal 29. Marc-André Cyr, science politique, UQAM 30. Dominique Damant, service social, Université de Montréal 31. Anne-Marie D'Aoust, science politique, UQAM 32. Mary Ellen Davis, cinéma, Université Concordia 33. Caroline Dawson, sociologie, cégep Édouard-Montpetit 34. Martine Delvaux, études littéraires, UQAM 35. ‪Linda Denis, travail social, UQAM 36. Danielle Desmarais, travail social, UQAM 37. Daniel Desroches, philosophie, cégep Lionel-Groulx 38. Pascale Dufour, science politique, Université de Montréal 39. Michelle Duval, travail social, UQAM 40. Paul Eid, sociologie, UQAM 41. Marc-André Ethier, didactique, Université de Montréal 42. Jean-Sébastien Fallu, psychoéducation, Université de Montréal 43. Carolina Ferrer, études littéraires, UQAM 44. Léa Laurence Fontaine, sciences juridiques, UQAM 45. Patrick Forget, sciences juridiques, UQAM 46. Frédéric Fournier, didactique, UQAM 47. Elsa Galerand, sociologie, UQAM 48. Martin Gallié, sciences juridiques, UQAM 49. Louis Gaudreaum travail social, UQAM 50. Sonia Gauthier, service social, Université de Montréal 51. Diane Gendron, philosophie, cégep Maisonneuve 52. Alain Gerbier, école des médias, UQAM 53. Gaële Gidrol-Mistral, sciences juridiques, UQAM 54. ‪José Antonio Giménez Micó, études espagnoles et latino-américaines, Université Concordia 55. Elisabeth Greissler, service social, Université de Montréal 56. Isabelle Gusse, science politique, UQAM 57. Jean-François Hamel, études littéraires, UQAM 58. Michelle Hartman, études islamiques, Université McGill 59. Adrienne Hurley, études est-asiatiques, Université McGill 60. ‪Martin Jalbert, littérature, cégep Marie-Victorin 61. Sylvie Jochems, travail social, UQAM 62. Claudine Jouny, soins infirmiers, cégep Vieux Montréal 63. Denis Kosseim, philosophie, cégep André-Laurendeau 64. Anna Kruzynski, affaires publiques et communautaires, Université Concordia 65. Marie Lacroix, service social, Université de Montréal 66. Michel Lacroix, études littéraires, UQAM 67. Céline Lafontaine, sociologie, Université de Montréal 68. Thomas LaMarre, études est-asiatiques, Université McGill 69. René Lapierre, études littéraires, UQAM 70. Martine-Emmanuelle Lapointe, littérature de langue française, Université de Montréal 71. Nathalie Larouche, littérature, cégep Lionel-Groulx 72. Isabelle Larrivée, littérature, Collège Rosemont 73. Pierre Lebuis, didactique, UQAM 74. Guylaine Le Dorze, orthophonie et audiologie, Université de Montréal 75. Lucie Lemonde, sciences juridiques, UQAM 76. Georges Leroux, philosophie, UQAM 77. Jean-François Lessard, science politique, UQAM 78. Dominique Leydet, philosophie, UQAM 79. ‪Abby Lippman, épidemiologie, biostatistique, santé au travail, ‪Université McGill 80. ‪Alexis Lussier, études littéraires, UQAM 81. Jessica MacCormack, arts, Université Concordia 82. Louis Martin, histoire de l’art, UQAM 83. Pierre McDuff, Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et les agressions sexuelles, Université de Montréal 84. Laurence McFalls, science politique, Université de Montréal 85. Maria Nengeh Mensah, travail social, UQAM 86. Nathalie Miglioli, histoire de l’art, UQAM 87. Michel Milot, mathématiques, Collège Lionel-Groulx 88. Isabelle Miron, études littéraires, UQAM 89. Christian Nadeau, philosophie, Université de Montréal 90. Piroska Nagy, histoire, UQAM 91. Michèle Nevert, études littéraires, UQAM 92. Dan O’Meara, science politique, UQAM 93. Geneviève Pagé, science politique, UQAM 94. Caroline Patsias, science politique, UQAM 95. Robert Pellan, école de travail social, UQAM 96. Dario Perinetti, philosophie, UQAM 97. Martin Petitclerc, histoire, UQAM 98. Yvette Podkhlebnik, sciences de la Terre et de l'atmosphère, UQAM 99. Marie-Laurence Poirel, service social, Université de Montréal 100. Isabelle Pontbriand, littérature et cinéma, cégep Lionel Groulx 101. Maryse Potvin, éducation et formation spécialisée, UQAM 102. Geneviève Rail, Institut Simone de Beauvoir, Université Concordia 103. Charles Reiss, linguistique, Université Concordia 104. Sandrine Ricci, sociologie, UQAM 105. Jacinthe Rivard, service social, Université de Montréal 106. Élias Rizkallah, sociologie, UQAM 107. Vincent Romani, science politique, UQAM 108. Phaedra Royle, orthophonie et audiologie, Université de Montréal 109. Paul Sabourin, sociologie, Université de Montréal 110. ‪Sylvano Santini, études littéraires, UQAM 111. Jean Sébastien, arts et lettres, cégep Maisonneuve 112. Michel Seymour, philosophie, Université de Montréal 113. Sid Ahmed Soussi, sociologie, UQAM 114. Anick St-Louis, arts et lettres, cégep Rosemont 115. Lori St-Martin, études littéraires, UQAM 116. Brigitte Stanké, orthophonie et audiologie, Université de Montréal 117. Narendra Subramanian, science politique, Univesité McGill 118. Stéphane Thellen, sociologie, cégep du Vieux Montréal 119. Hervé Treille, musique, école Saint-Luc 120. Julien Villeneuve, philosophie, cégep Maisonneuve 121. Anne-Marie Voisard, psychologie, cégep St-Laurent












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.