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    Environnement - Il faut prendre nos droits en main avant qu’il ne soit trop tard

    1 juin 2013 |Claude Lafleur | Justice
    Sylvie Paquerot rappelle que les citoyens ont le droit de dire non à leur gouvernement.
    Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Sylvie Paquerot rappelle que les citoyens ont le droit de dire non à leur gouvernement.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    On assiste présentement à de nouveaux progrès dans la conquête de nos droits et libertés, avec un militantisme pour l’élargissement de nos droits à l’accès à l’eau et à l’alimentation. Car droits humains et protection de l’environnement vont désormais de pair, observent Sylvie Paquerot, professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, et Vincent Gleason, vice-président de la Ligue des droits et libertés.


    « La lutte pour nos droits et libertés, c’est l’histoire de l’humanité !, lance Mme Paquerot. C’est la lutte que les humains mènent pour ne pas être à la merci du pouvoir, ni à la merci de la misère. C’est toute l’histoire de l’humanité… qui se poursuit aujourd’hui encore. »


    « Les enjeux écologiques nous rappellent qu’on ne peut plus continuer de vivre comme nous le faisons depuis la Seconde Guerre mondiale, enchaîne Vincent Gleason. Les ressources naturelles sont limitées et il faut donc collectivement se questionner. Or, en utilisant le cadre des droits humains et celui des enjeux écologiques, voilà qui permet de situer correctement le débat. »


    Humaniser la mondialisation


    Sylvie Paquerot étudie la démocratie, les droits de la personne et la gouvernance par le biais, entre autres, de l’accès à l’eau, « une belle fenêtre pour observer la mondialisation », dit-elle.


    Dans les années 1990, explique-t-elle, la Banque mondiale a considéré qu’on réglerait le problème de l’accès à l’eau potable en permettant sa marchandisation. Or les ONG et les groupes de citoyens ont réagi, et c’est alors qu’est apparue la revendication du droit à l’eau.


    Étonnamment, note-t-elle, ce droit n’a pas été inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, puisque, « pour les rédacteurs, c’était une évidence : pas d’eau, pas de vie ! » Cette omission a donné lieu à une bataille, sur la scène internationale, qui illustre comment se met en place la gouvernance mondiale et comment peuvent agir les citoyens. « Les citoyens sont ainsi parvenus à faire valoir ce droit dans le système international, constate Mme Paquerot. Voilà qui montre qu’on peut influencer la mondialisation. »


    « Il est en train de se passer la même chose avec le droit à l’alimentation, poursuit-elle. Au nom de ce droit, des groupes de citoyens, un peu partout à travers le monde, s’opposent à la mainmise de certaines entreprises sur les semences. »


    Nouvelle alliance


    « De plus en plus, il y a des enjeux écologiques qui viennent colorer notre vie, constate pour sa part Vincent Gleason, en donnant pour exemple l’exploitation des gaz de schiste. Or, si on veut avoir des habitats pour exercer nos droits, il faut se préoccuper de l’environnement ! »


    M. Gleason coordonne la Table ronde des organismes volontaires d’éducation populaire de l’Outaouais (TROVEPO), le regroupement le plus ancien du milieu communautaire québécois. La TROVEPO est porteuse d’un projet de société axé sur la justice sociale. Cette démarche s’inspire des propos d’Hervé Kempf, le journaliste français qui affirme qu’on ne peut plus lutter contre la pauvreté si on ne se préoccupe pas de l’environnement, et vice-versa. C’est ainsi que, depuis 2006, une union s’est forgée entre les mouvements communautaires et écologistes.


    « À cela nous ajoutons la démocratie, poursuit M. Gleason, c’est-à-dire le droit à l’information pour les citoyens. Souvent, dans de gros projets de développement, l’information n’est pas divulguée, ce qui n’aide en rien la population à prendre des décisions éclairées. »


    En cela, il rejoint Sylvie Paquerot, qui considère que « la démocratie, ce sont les citoyens qui prennent en main leur destinée. L’un des problèmes de la démocratie dans les pays occidentaux, c’est que les citoyens ont perdu de vue qu’il faudra toujours qu’ils se battent pour leurs droits. Ce n’est jamais acquis !, insiste-t-elle. La démocratie, ce n’est pas une élection tous les quatre ans, mais c’est décider pour nous-mêmes, c’est nous autodéterminer. »


    Dans 10 ans?


    Sylvie Paquerot cite en exemple le gouvernement de Stephen Harper, dont « les orientations sont très dangereuses, notamment en matière d’environnement », dit-elle. Vincent Gleason apporte par ailleurs l’exemple d’une approche peu connue qu’est en train de mettre en place le gouvernement fédéral : la finance sociale. « Le gouvernement Harper estime que, puisqu’il n’a plus les moyens d’assurer les programmes sociaux, il faut se tourner vers le secteur privé. Il s’agirait d’encourager le secteur privé à “ investir ” dans les programmes sociaux. » Il relevait donc de ce secteur de déterminer quels programmes sociaux doivent être soutenus et de fixer les règles du jeu : « C’est vraiment inquiétant, déplore M. Gleason, car cela veut dire que, d’ici 10 ans, nous risquons d’avoir une autre façon d’offrir des programmes sociaux au Canada. »


    Pour sa part, Sylvie Paquerot amorce ses cours en abordant chaque semaine une atteinte aux droits des Canadiens. « Et je n’ai pas de difficulté à trouver des exemples, lance-t-elle, ce qui est en soi effrayant ! »


    « Ce dont je me rends compte, poursuit-elle, c’est que les gens de l’Ouest ont besoin de se faire rappeler qu’ils ont le droit de dire non à leurs gouvernements. Au Québec, il arrive assez souvent qu’on s’oppose à nos gouvernements, par exemple pour l’exploitation des gaz de schiste. Mais, dans le reste du Canada, c’est moins le cas. » Elle ajoute que, « à la fin de la session, je dis à mes étudiants : “ Vous avez le choix : ou vous prenez en mains vos droits, ou bien, dans dix ans, vous n’en aurez plus ! C’est aussi simple que ça ! ”»


    «Et si on avait un projet de société axé sur la pleine réalisation des droits humains, pose Vincent Gleason. Voilà quelque chose de très, très mobilisateur, n’est-ce pas ? Nous travaillons d’ailleurs dans cette optique… »


     

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