Al-Qaïda serait liée à un complot au Canada
La police arrête un Montréalais et un Torontois qui auraient projeté de faire dérailler un train de passagers
L'Iran nie toute implication
Ce complot aurait été imaginé par deux hommes qui ont été arrêtés. Il s’agit de Chiheb Esseghaier, âgé de 30 ans et résidant à Montréal, ainsi que Raed Jaser, 35 ans, de Toronto.
Même s’ils avaient la ferme intention de perpétrer cet attentat, la sécurité du public n’a jamais été en péril, a assuré James Malizia, commissaire adjoint à la GRC, lors d’une conférence de presse à Toronto. « Plusieurs personnes auraient été tuées ou grièvement blessées » s’ils avaient réussi à mettre leur plan à exécution, a soutenu la police fédérale.
Les deux hommes qui doivent comparaître mardi feront notamment face à des accusations en vertu du Code criminel de « complot en vue de commettre un attentat terroriste » et de « complot pour attenter à la vie d’autrui au profit ou sous la direction d’un groupe terroriste, ou en association avec lui ».
« Les accusations déposées contre ces deux hommes sont importantes, mais elles ne sont en rien comparables à la gravité des gestes qu’ils s’apprêtaient à commettre », a fait valoir l’officier responsable des enquêtes criminelles au Québec pour la GRC, Gaétan Courchesne.
Ces arrestations n’ont rien à voir avec l’attentat au marathon de Boston de la semaine dernière. Les deux terroristes présumés étaient surveillés depuis août 2012 par l’équipe d’un projet d’enquête nommé « SMOOTH ».
Un complot lié à al-Qaïda en Iran
M. Malizia a affirmé que les deux hommes recevaient des « conseils et des instructions » d’al-Qaïda en Iran, sans vouloir s’étendre davantage sur les liens qu’entretenaient les suspects avec le réseau terroriste.
C’est la première fois que les autorités canadiennes évoquent al-Qaïda lors du dépôt d’accusations.
La GRC s’est aussi faite avare de détails sur la manière dont les suspects auraient voulu commettre leur crime et le moment où ils voulaient procéder. Ils ont toutefois affirmé que Montréal n’était pas une cible du complot, même si l’un des suspects y vivait et y travaillait depuis quelques années.
Invoquant l’enquête en cours, la police n’a pas voulu préciser le pays d’origine des suspects, signifiant seulement qu’ils n’étaient pas citoyens canadiens. Mais, selon le National Post, Chiheb Esseghaier est un Tunisien qui vit au Québec avec un visa d’étudiant, alors que Raed Jaser est palestinien. Citoyen des Émirats arabes unis, M. Jaser posséderait le statut de résident permanent au Canada.
On sait aussi que Chiheb Esseghaier est étudiant au doctorat en sciences de l’énergie et des matériaux à l’Institut national de la recherche scientifique. C’est ce qu’a indiqué au Devoir la directrice des communications de l’INRS, Julie Martineau. Il poursuivait ses études au Centre Énergie Matériaux Télécommunications, à Varennes. En 2008-2009, il a aussi étudié à l’Université de Sherbrooke, a confirmé une porte-parole de l’institution.
Informations de source musulmane
Selon la police, les deux hommes sont apparus sur l’écran-radar des autorités grâce à des informations fournies par la communauté musulmane. Environ une vingtaine de leaders de la communauté musulmane ont été appelés pour rencontrer la GRC et ont participé à une séance d’information avant la conférence de presse de lundi.
Ces leaders disent ne pas être surpris d’apprendre que la première information a été fournie par leur communauté. Cette dernière est généralement composée de citoyens respectant les lois qui veulent faire une différence dans leurs villes et villages, a déclaré Farina Siddiqui, qui est membre de DawaNet, un groupe musulman.
Peu après l’annonce de ces arrestations, le ministre fédéral de la Sécurité publique, Vic Toews, a salué le travail de la GRC. « Les arrestations d’aujourd’hui démontrent que le terrorisme continue d’être une menace réelle pour le Canada », a-t-il dit lors d’un point de presse à Ottawa lundi, au même moment où son gouvernement remettait à l’ordre du jour un projet de loi de lutte contre le terrorisme.
L’ambassadeur américain au Canada a aussi félicité les policiers dans un communiqué. « Il s’agit d’un exemple de coopération entre les États-Unis et le Canada pour la protection des citoyens », a-t-il dit, puisque ce coup de filet a été possible grâce à la coopération entre les autorités canadiennes et américaines. En plus de la GRC et des services de renseignements canadiens, la police fédérale américaine (FBI) et le département de la Sécurité intérieure des États-Unis ont entre autres collaboré à l’enquête, tout comme la Sûreté du Québec et la police de Montréal.
Ces arrestations rappellent l’opération policière contre le groupe baptisé les « 18 de Toronto ». En 2006, la GRC avait arrêté 18 personnes qui étaient soupçonnées d’avoir planifié des attentats avec des camions bourrés d’explosifs contre différentes cibles en Ontario, dont la Bourse de Toronto et le Parlement canadien.
Sur les 18 personnes arrêtées, 7 ont reconnu leur culpabilité et 4 autres ont été reconnues coupables par la cour.
Le complot déjoué lundi était plus ambitieux que celui des « 18 de Toronto », a dit la GRC. Non pas en raison de son ampleur, mais plutôt des liens entre les suspects et al-Qaïda.
Avec La Presse canadienne







