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Robinson est de retour en cour

La Cour suprême se penche sur la cause qui l’oppose notamment à Cinar

14 février 2013 | La Presse canadienne | Justice
Depuis une quinzaine d’années, Claude Robinson se bat devant les tribunaux contre les maisons de production Cinar, France Animation, Ravensburger Film et RTV, ainsi que leurs dirigeants, qu’il accuse d’avoir volé son idée de série.
Photo : La Presse canadienne (photo) Adrian Wyld Depuis une quinzaine d’années, Claude Robinson se bat devant les tribunaux contre les maisons de production Cinar, France Animation, Ravensburger Film et RTV, ainsi que leurs dirigeants, qu’il accuse d’avoir volé son idée de série.
La Cour suprême du Canada a pris en délibéré, mercredi, la cause du créateur Claude Robinson, qui a fait valoir ses droits sur sa série pour enfants Les aventures de Robinson Curiosité et a réclamé plus d’argent à ceux qu’il accuse de plagiat.

Depuis une quinzaine d’années, l’auteur et illustrateur québécois se bat devant les tribunaux.


Présent à la Cour suprême mercredi pour l’audition de sa cause, M. Robinson semblait nerveux en écoutant les avocats de ceux qu’il poursuit, dont Cinar, jouant avec ses lunettes et ses manches.


Il n’a pas voulu parler aux journalistes, se contentant de dire qu’il n’en pouvait plus.


Car il risque de tout perdre, a dit son avocat, Guy Régimbald, qui s’est toutefois montré confiant quant à l’issue des procédures.


Il a cependant prévenu que si M. Robinson n’a pas gain de cause sur ses prétentions de plagiat, il s’agira aussi d’une très mauvaise nouvelle pour les créateurs et leurs droits d’auteur. « Si, avec le montant de preuves que M. Robinson a pu mettre en jeu ici pour prouver qu’il y avait contrefaçon, si ce n’est pas suffisant, le message va être assez clair qu’il va devoir y avoir une preuve assez substantielle », a déclaré Me Régimbald, indiquant que ces poursuites seront alors beaucoup plus difficiles.


Claude Robinson accuse les maisons de production Cinar, France Animation, Ravensburger Film et RTV, ainsi que leurs dirigeants, d’avoir volé son idée pour mettre en ondes la série télévisée Robinson Sucroë.

 

Une saga judiciaire


Le jugement de la Cour suprême mettra fin à des procédures judiciaires qui durent depuis 1996. Selon M. Robinson, elles lui ont coûté environ 2,5 millions de dollars.


En 2009, après 83 jours de procès, le juge Claude Auclair, de la Cour supérieure, arrivait à la conclusion que les entreprises avaient copié l’oeuvre de M. Robinson. Il les avait condamnées à lui verser la somme de 5,2 millions en dommages.


Le juge n’avait pas été tendre envers les maisons de production. « La conduite des défendeurs est outrageante, préméditée, délibérée. Même au cours du procès, ils ont persisté à dissimuler leurs actes répréhensibles », écrivait le magistrat. « Cinar a eu une conduite immorale et souvent illégale dans ses affaires », ajoutait-il.


Il les avait même qualifiés de « bandits à cravate ou à jupon » et avait spécifié que l’octroi des dommages punitifs était fait afin « de les décourager de répéter leur stratagème et sanctionner leur conduite scandaleuse, infâme et immorale ».


En 2011, la Cour d’appel du Québec avait confirmé que les maisons de production avaient bel et bien plagié l’oeuvre de Claude Robinson, mais avait réduit le montant des dommages à 2,7 millions.


La Cour d’appel avait notamment fait passer de 1 million à 250 000 $ le montant des dommages exemplaires accordés initialement. Elle avait aussi sabré les dommages pour le stress et les troubles psychologiques subis par M. Robinson.


Insatisfait, l’auteur s’est tourné vers la Cour suprême, car il conteste la réduction des dommages.


En prenant sa décision d’aller devant le plus haut tribunal du pays, il avait déclaré que le montant réduit que lui accorde la Cour d’appel suffisait tout juste à payer les honoraires de ses avocats, et qu’il serait ruiné si ce jugement était maintenu.


Les maisons de production en appellent aussi, car elles contestent le verdict de la Cour supérieure qui les a reconnues coupables d’avoir violé les droits d’auteur de M. Robinson.


En matinée mercredi, les avocats de France Animation, de Ravensburger et de Christophe Izard se sont évertués à démontrer à quel point les deux oeuvres ne se ressemblent pas. Ils ont notamment fait valoir que Robinson Curiosité avait un objectif d’apprentissage alors que Robinson Sucroë était simplement une émission de divertissement.


Quant aux avocats de Cinar, ils font valoir aussi que le juge n’aurait pas dû condamner toutes les maisons de production « solidairement » - c’est-à-dire que chacune d’entre elles est responsable de payer la totalité des dommages octroyés si les autres ne paient pas, ou font faillite. Me William Brock, qui représente Cinar, a expliqué que ce point est particulièrement important pour sa cliente : puisqu’elle est la seule entreprise canadienne dans ce litige, il sera plus facile pour M. Robinson de tout réclamer à Cinar plutôt que de courir avec sa facture derrière des maisons de production en Europe.


La Cour suprême met en moyenne un an à 18 mois pour rendre ses arrêts.

 
 
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