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    Les inégalités, l’un des grands tabous de notre époque

    7 février 2013 |Michel Venne - Directeur général et Nicolas Zorn - Chargé de projet, Institut du Nouveau Monde | Justice
    Les inégalités de revenus sont en hausse constante dans presque tous les pays développés.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les inégalités de revenus sont en hausse constante dans presque tous les pays développés.
    Les inégalités tuent. Elles rendent malade, méfiant et malheureux. Elles frappent toute la population d’une société inégalitaire, qu’on soit riche ou pauvre. Plusieurs études confirment qu’elles poussent à se surendetter simplement pour maintenir son statut social. Le Fonds monétaire international considère qu’un niveau élevé d’inégalités est dangereux pour la stabilité économique et qu’il minerait la reprise économique.

    Les inégalités en hausse chez nous


    Mauvaise nouvelle : selon l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), les inégalités de revenus sont en hausse constante dans presque tous les pays développés. Le Canada connaît l’une des augmentations les plus fortes, a montré une étude du Conference Board.


    Au Québec, les revenus du 1 % de la population le mieux nanti ont connu une croissance cinq fois plus importante que celle du 99 % restant depuis 1985 ; selon une étude de l’Institut de recherche en économie contemporaine, le revenu capté par le premier centile est passé de 7 % de tous les revenus à presque 12 %. Depuis 1976, le coefficient de Gini, qui mesure le degré d’inégalités, a augmenté de 10 % au Québec, pour les revenus après impôts et transferts.


    Un bulletin de Statistique Canada publié fin janvier indiquait un léger rétrécissement de l’écart, puisqu’en 2010, le 1 % des plus riches accaparait 10,6 % des revenus totaux, un effet de la crise économique. Ça ne change rien à la réalité. Les inégalités persistent.


    Le Directeur de la santé publique de Montréal a sonné l’alarme en décembre dernier. L’espérance de vie d’un enfant naissant dans Hochelaga-Maisonneuve est toujours de 11 ans inférieure à celle de l’enfant qui naît à Westmount.


    Les inégalités sociales se transforment en inégalités scolaires. L’analphabétisme et le décrochage scolaire creusent les écarts.


    On reste là, les bras croisés…


    L’attitude la plus convenue par rapport aux inégalités est le laisser-faire. Les inégalités croissent depuis dix ans dans l’indifférence. Le Québec se targue, et avec raison, d’avoir mis en place des mesures qui ont permis de réduire la pauvreté extrême. Mais les revenus des classes moyennes stagnent tandis que ceux des plus riches augmentent. Les écarts brisent la société. Ils créent des classes vivant dans des univers incompatibles qui s’expriment par le choix d’une école, l’accès ou non à un médecin de famille, un logement de qualité à proximité de son travail ou même le droit à des vacances. Cette fragmentation mine la démocratie.


    La question des inégalités n’était-elle pas au coeur de la crise étudiante du printemps dernier ? N’était-elle pas l’objet même des propositions du Parti québécois relatives à la hausse des impôts des plus fortunés l’automne dernier ? Le débat a tourné court.


    La question est devenue taboue. Elle est pourtant centrale.


    L’OCDE affirmait l’an dernier voir dans la crise économique une occasion de réduire les inégalités : « alors que la crise économique force des gouvernements coincés financièrement à repenser leur fiscalité et leurs programmes sociaux, l’occasion devrait être vue comme une chance de s’attaquer aux questions des inégalités et de la croissance simultanément ».


    Nous avons le choix


    Les inégalités ne sont pas une fatalité. Tous les pays ont subi les effets de la mondialisation du commerce et des innovations technologiques. Pourtant, les inégalités n’ont pas crû de la même manière partout.


    C’est que les États ne font pas tous les mêmes choix en matière de niveaux d’imposition, de mesures sociales, de moyens d’accès à l’école et à l’université, de financement des services de santé ou de fixation du salaire minimum. Les choix de politique publique influent directement sur les écarts de richesse et sur la réalité de l’égalité des chances dans une société. La charité ne suffit pas.


    Débattons-en !


    Si nous avons le choix, il faut créer les conditions pour l’exercer. La première condition est celle d’un débat public serein à ce sujet. Existe-t-il un niveau d’inégalités qui soit inacceptable ? L’avons-nous franchi ? Quels sont les leviers à utiliser pour agir ? Quelle est la responsabilité de chacun d’entre nous ? N’y a-t-il pas d’abord une prise de conscience à susciter ?


    C’est pourquoi l’Institut du Nouveau Monde (INM) lance un important chantier de délibération sur le sujet, afin de faire émerger une volonté démocratique claire et consensuelle en matière de réduction des inégalités. Plusieurs activités auront lieu partout au Québec, étalées sur près de deux ans. La première étape consiste à faire le tri parmi les informations qui circulent sur ce sujet complexe. Nous avons mis en ligne un grand dossier d’information accessible et riche en contenu.


    L’intervention collective et la redistribution des richesses rendent possibles la mobilité sociale, la croissance économique et l’épanouissement de chaque personne. Il n’existe aucune justification économique ou morale à une hausse excessive des inégalités. Puisque cela résulte d’un choix de société, donnons-nous les moyens de choisir.


    ***
     

    Michel Venne - Directeur général et Nicolas Zorn - Chargé de projet, Institut du Nouveau Monde













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