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Mégaprocès des Hells Angels - Le juge confirme les sentences

Brian Myles   24 septembre 2003  Justice
Les têtes dirigeantes des Hells Angels et leurs plus fidèles hommes de main au sein des Rockers ont écopé hier de peines d'emprisonnement de 10 à 15 ans à compter de ce jour pour leur participation indirecte à la guerre des motards. Les sentences, confirmées hier sans tambour ni trompette par le juge Réjean Paul, ferment un important chapitre dans l'histoire du crime organisé au Québec.

Le juge Paul a entériné à une exception près les suggestions communes formulées par la Couronne et les avocats de la défense au terme de déchirantes négociations dont les médias ne peuvent toujours pas révéler la teneur.

Le juge a ainsi retranché trois ans à la sentence de Guillaume Serra, un membre en probation des Nomads. Âgé de 38 ans, Serra est le seul des neufs accusés ne détenant aucun antécédent judiciaire. Durant la période de sept ans visée par l'acte d'accusation, il a séjourné dans le giron des Nomads trois mois et demi seulement, passant près de six ans au sein des Rockers. À la demande de son avocat, Gérald Soulière, le juge Paul a accepté d'infliger à Serra la même sentence qu'aux autres membres des Rockers.

Les quatre membres des Nomads (Denis Houle, Normand Robitaille, Gilles Mathieu et René Charlebois) ont donc reçu des peines de 15 ans à compter de ce jour après s'être avoués coupables de trafic de drogue, complot pour meurtre et gangstérisme. Serra et les quatre membres des Rockers (Sylvain Laplante, Daniel Lanthier, Jean-Guy Bourgouin et Pierre Provencher) ont écopé de dix ans de pénitencier à compter de ce jour pour les mêmes crimes. Sur papier, les sentences vont de 15 à 20 ans. Mais les deux ans et demi de détention préventive vécue par les accusés comptent en double comme c'est la norme dans le système judiciaire.

Les accusés devront purger la moitié de leur peine avant d'être admissibles à une remise en libération conditionnelle. Ils devront par ailleurs fournir un échantillon d'ADN pour le registre national. Ils sont enfin frappés d'une interdiction de posséder des armes à feu pour le reste de leurs jours, sauf pour Serra, qui s'en tire avec une interdiction de dix ans à sa sortie de prison.

Le juge Paul a qualifié d'«écrasante» la preuve retenue contre les accusés. Si le procès avait été mené à terme, cette preuve aurait révélé que les Hells Angels Nomads et leur filiale des Rockers se livraient à un trafic de stupéfiants «à une échelle qui est difficile à imaginer». «En fait, ils avaient à peu de choses près le monopole du trafic de drogue dans la région de Montréal», a dit le juge. Sur une période de 39 jours à la fin 2000, le gang criminel a transigé 454 kilos de cocaïne et 115 kilos de haschisch, le profit moyen s'élevant à 4530 $ pour chaque kilo de poudre vendue, et 817 $ par kilo de hasch. Le chiffre d'affaires annuel frôlait les 111 millions de dollars. «L'organisation des Hells Angels Nomads et des Rockers de Montréal était hautement structurée et hiérarchisée. Chacun y avait un rôle à jouer et le fait pour un individu de porter les "patches" sur le dos de sa veste signifiait richesse et pouvoir», a dit le juge Paul, reprenant des extraits des plaidoiries de la Couronne.

Les avocats de la défense se sont objectés pour la forme au portrait dévastateur brossé la veille par le procureur chargé du dossier, André Vincent. La défense a ainsi rappelé qu'il n'existait aucune preuve directe que les accusés auraient comploté pour faire tuer une personne «X» qui a bel et bien trouvé la mort par la suite.

Les remarques de la Couronne serviront de repères à la Commission nationale des libérations conditionnelles et aux Services correctionnels du Canada. La défense prépare pour ainsi dire le terrain pour 2010, odyssée de la liberté.






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