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Mégaprocès des Hells Angels - De 15 à 20 ans de prison pour les neuf accusés

Brian Myles   23 septembre 2003  Justice
Les meurtres reliés à la guerre des motards sont dix fois moins nombreux dans la métropole depuis que les têtes dirigeantes des Nomads, l'escouade d'élite des Hells Angels, croupissent derrière les barreaux. Jamais le Québec n'a connu de gang criminel aussi gros et aussi bien structuré.

C'est du moins le portrait peu flatteur qu'a brossé André Vincent, le procureur chargé du dossier, hier lors des représentations sur sentence de neuf individus ayant plaidé coupable à des accusations de complot pour meurtre, trafic de drogue et gangstérisme.

Les neuf accusés sont directement responsables de la création, par Ottawa, d'une loi antigang, a rappelé Me Vincent. «On se rapproche du pire gang qui a oeuvré dans la province de Québec», a-t-il dit.

Montréal a essuyé 53 meurtres reliés à la guerre des motards de 1995 à 2000. Depuis l'arrestation des leaders des Hells Angels, au printemps 2001, ce conflit pour le contrôle du trafic de stupéfiants a fait trois morts seulement. En d'autres mots, le bilan de la guerre est passé d'environ dix assassinats par an à un seul.

Pour leur participation indirecte à cette sanglante guerre, les neuf accusés écoperont de peines variant de 15 à 20 ans de pénitencier. Quatre membres en règle des Nomads, René Charlebois, Gilles Mathieu, Normand Robitaille et Denis Houle, recevront une peine de 20 ans (dont dix ans pour le seul chef de gangstérisme). Un membre en probation des Nomads, Guillaume Serra, recevra une peine de 15 ans (dont huit ans et demi pour le gangstérisme). Quatre membres de la filiale des Rockers, Jean-Guy Bourgoin, Sylvain Laplante, Pierre Provencher et Daniel Lanthier, purgeront 15 ans de pénitencier (dont sept ans pour le gangstérisme).

Le ministère public exige que chacun des accusés purge la moitié de sa peine avant d'être admissible à une libération conditionnelle. Comme le temps passé en détention prévention compte en double, les accusés pourraient retrouver leur liberté après sept ans et demi pour les Nomads, 6 ans et demi pour le membre en probation des Nomads, et cinq ans pour les Rockers.

Le monopole des millions

À la veille de la guerre des motards, en 1994, n'importe qui pouvait se lancer dans le trafic de drogue, à ses risques et périls, sans trop se faire importuner par les syndicats du crime. Dans ce marché pré-monopolistique, les indépendants pouvaient s'adonner à leurs combines illégales avec une relative tranquillité.

Printemps 2001, la métropole toute entière, ainsi que des portions importantes de Longueuil et de Laval étaient passées sous la férule des Hells Angels ou de la mafia italienne. S'il était venu à l'esprit d'un revendeur fantasque de se planter à l'angle de la rue Sainte-Catherine et du boulevard Saint-Laurent avec sa pharmacopée, il aurait tenu le coup dix minutes tout au plus, selon l'expérience des délateurs recrutés à l'occasion de l'opération printemps.

Les Hells Angels et leur filiale des Rockers avaient réussi à s'approprier ce marché aux «proportions gigantesques». Les revendeurs indépendants et les membres de gangs rivaux ont rallié les rangs des Hells ou ils ont pris leur retraite, abandonnant leur territoire à l'ennemi. Les autres ont trouvé la mort par dizaines. L'assassinat d'un membre des Rock Machines (devenus Bandidos) rapportait 100 000 $ au tueur et l'espoir d'une promotion au sein du gang. «Les vendeurs indépendants sur le territoire de Montréal n'avaient plus le choix. Si on n'achetait pas des Hells Angels, on devenait une personne à tasser manu militari ou à assassiner», a résumé Me Vincent.

Au plus fort de cette domination sans partage, les Hells Angels Nomads avaient fixé le prix de la cocaïne au kilo (50 000 $) et au quart de gramme (25 $). Cette hausse des prix avait été communiquée aux Rockers par Normand Robitaille lors d'une réunion filmée par les policiers. Robitaille avait au préalable rencontré un membre du clan Rizzuto, a précisé Me Vincent.

La comptabilité informatique des Hells, copiée en secret par les policiers, a levé le voile sur une entreprise générant des profits bruts de 111 millions de dollars par an. Sur une période de 39 jours en 2000, 115 kilos de haschisch et 452 kilos de cocaïne ont trouvé preneur, pour une moyenne de 11,5 kilos de cocaïne et trois kilos de haschisch par jour. Des centaines de petits revendeurs travaillaient sous les ordres des Hells. Au prix de la rue, un kilo de poudre générait 17 000 doses bonnes pour 425 000 $ de profits à répartir entre les différents intermédiaires. Des profits «astronomiques», a lancé Me Vincent. Les représentations sur sentence se termineront aujourd'hui.






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