Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • fermer

    Connexion au Devoir.com

    Mot de passe oublié?
    Abonnez-vous!

    Affaire Guy Turcotte : réponses à l’abbé Raymond Gravel - Manque de sensibilité et de rigueur!

    19 décembre 2012 |Pierre-Hugues Boisvenu - Père de Julie, assassinée le 23 juin 2002 et Isabelle Gaston - Mère d’Olivier et Anne-Sophie, assassinés le 20 février 2009 | Justice
    Isabelle Gaston est la mère des deux enfants tués par l’ex-cardiologue Guy Turcotte. Elle est ici photographiée lors d’une manifestation tenue le 6 août 2011 pour protester contre le verdict déclarant le meurtrier non criminellement responsable de son geste.
    Photo: La Presse canadienne (photo) Graham Hughes Isabelle Gaston est la mère des deux enfants tués par l’ex-cardiologue Guy Turcotte. Elle est ici photographiée lors d’une manifestation tenue le 6 août 2011 pour protester contre le verdict déclarant le meurtrier non criminellement responsable de son geste.

    Monsieur Gravel,


    Votre lettre intitulée Guy Turcotte est-il vraiment libre ?, publiée dans Le Devoir du 15 décembre dernier, est une déclaration plutôt contradictoire à votre discours sur le pardon et la réhabilitation. Mme Gaston et moi-même espérions, de la part d’un représentant de l’Église, un témoignage plus sensible et humain envers les familles qui ont pris la parole pour donner un sens au meurtre d’un proche. Nous n’exerçons pas notre droit de parole par le biais de nos professions respectives et nous ne nous considérons pas non plus des experts en la matière, mais nous prenons la parole avant tout en tant que parents. Plusieurs familles sont restées trop longtemps dans le silence et ceux et celles qui nous ont été volés ne peuvent plus le faire.


    Les informations relatives au procès de M. Turcotte que vous avez écrites dans votre lettre comportent des erreurs qui supposent votre méconnaissance du dossier. Ainsi, le jury n’était pas composé de douze femmes, mais de onze personnes, dont sept femmes et quatre hommes. De plus, le jury n’a jamais eu à reconnaître la culpabilité de l’accusé des meurtres de ses deux enfants. M. Turcotte avait reconnu avoir assassiné ses enfants avant le début du procès. Le jury devait uniquement trancher sur la responsabilité criminelle de l’auteur de ces crimes.


    Sortir du silence


    Votre lettre est extrêmement dure et injuste envers Mme Gaston et moi-même ainsi qu’envers toutes les victimes d’actes criminels. Depuis des années, notre croisade est de donner une voix aux victimes d’actes criminels, de rendre notre système de justice plus rigoureux et surtout d’améliorer le traitement fait aux victimes. Nous vous rappelons que nous croyons en notre système de justice et dans la réhabilitation des criminels. Pour nous, ce n’est pas un choix, mais une obligation. Avant nos drames, nous ne le savions pas, mais lorsqu’un humain prend conscience, il ne peut plus vivre en faisant abstraction de la souffrance qui afflige ses semblables. Notre expérience au sein du système judiciaire et nos contacts quotidiens avec des victimes motivent notre bataille. Il faut remettre au sein du système de justice un équilibre entre les droits des victimes et ceux des criminels, remettre les victimes au centre du processus judiciaire.


    Nous voudrions vous rappeler M. Gravel, un passé très sombre de l’organisation religieuse à laquelle vous appartenez, celui des enfants qui ont été agressés sexuellement durant des décennies. Et ce, dans la majorité des pays où vos confrères avaient comme mission d’éduquer et de prendre soin d’enfants. Ces victimes auraient-elles dû garder le silence encore et ne pas dénoncer leurs agresseurs ? Pendant des décennies, les victimes sont restées dans leur prison du silence. C’est de cette prison que nous voulons les affranchir et vous nous le reprochez. Nous ne vous avons jamais lu ou entendu à ce sujet, pourquoi ?


    En terminant, M. Gravel, j’appartiens à un gouvernement qui vient d’adopter la loi no 44, laquelle reconnaît aux parents d’enfants assassinés, disparus ou gravement malades, des indemnisations pour une longue période. C’est une première mondiale. C’est ce même gouvernement qui a fait adopter le plus de lois pour les victimes qu’aucun autre auparavant. Lors de travaux de plusieurs comités au Parlement canadien, elles ont pu prendre la parole et ont pu exercer leur pouvoir de changer les choses. Elles ont été écoutées et respectées. Puis-je vous rappeler que le gouvernement provincial actuel est le même qui avait aboli en 1995 tous les programmes de réhabilitation dans les prisons de la province et qui ne cesse de demander à ce que ces programmes soient réintégrés ?


    À toutes les victimes d’actes criminels, nous vous demandons de garder la tête haute et rappelez-vous que garder le silence, comme le demande M. Gravel, ne sera plus jamais une obligation pour les victimes.

    ***
     

    Pierre-Hugues Boisvenu - Père de Julie, assassinée le 23 juin 2002 et Isabelle Gaston - Mère d’Olivier et Anne-Sophie, assassinés le 20 février 2009

    Isabelle Gaston est la mère des deux enfants tués par l’ex-cardiologue Guy Turcotte. Elle est ici photographiée lors d’une manifestation tenue le 6 août 2011 pour protester contre le verdict déclarant le meurtrier non criminellement responsable de son geste. Le sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu, dont la fille a été assassinée, milite depuis pour la défense des victimes d’actes criminels.
     
     
    Édition abonné
    La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
     
     












    CAPTCHA Image Générer un nouveau code

    Envoyer
    Fermer
    Blogues

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel