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    Affaire Guy Turcotte : réponses à l’abbé Raymond Gravel - Pardonner et punir

    19 décembre 2012 |Serge Cantin - Professeur à l’Université de Trois-Rivières | Justice

    Le raisonnement que tient Raymond Gravel dans son article Guy Turcotte est-il vraiment libre ? (Le Devoir, 15 décembre, p. B 5) ne brille pas par sa subtilité, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais s’il n’y avait que cela, on pourrait encore l’excuser. Ce qui est moins excusable par contre, a fortiori de la part d’un homme d’Église, c’est le manque de charité chrétienne dont il fait preuve en accusant Isabelle Gaston et Pierre-Hughes Boisvenu de vouloir « imposer à toute la société leur désir de vengeance et leur haine viscérale des responsables de leur malheur ». Notre curé, qui a l’habitude de sonder les coeurs des policiers et des pompiers, après avoir percé celui d’Isabelle Gaston, n’y a vu que « désir de vengeance » et « haine viscérale ». Les mots sont forts, si forts qu’ils finissent par se retourner comme un boomerang sur le front de celui qui les a lancés. « Qui veut faire l’ange fait la bête », écrivait Blaise Pascal au XVIIe siècle. Faire l’ange, en l’occurrence, c’est confondre justice et amour. Chacun est libre, en son for intérieur, de pardonner et d’aimer inconditionnellement les autres hommes, même ceux qui sont allés jusqu’à commettre les actes les plus inhumains, les crimes les plus abjects. Toutefois, aussi grande que soit la compassion que l’on peut éprouver pour un criminel, et quelles que soient les circonstances, objectives et subjectives, qui l’ont poussé à le devenir, on ne doit pas s’interdire pour autant de le juger ni de le condamner selon la loi des hommes, tant il est vrai que la vie en société impose des règles et des devoirs irréductibles à l’amour du prochain. Quant aux sacro-saints droits de la personne, rappelons simplement qu’ils ne peuvent exister qu’au sein d’une société. Et puis, à ne considérer que le criminel, sa rédemption n’est-elle pas indissociable du châtiment ? Mais qui lit encore Dostoïevski, ce grand écrivain chrétien ?


    Isabelle Gaston éprouverait donc une « haine viscérale » à l’endroit du père de ses enfants, qu’il s’est rendu coupable d’avoir assassinés, en toute irresponsabilité, paraît-il. Personnellement, j’ignore si la haine d’Isabelle Gaston est viscérale. Contrairement à Raymond Gravel, je n’ai pas la prétention de pénétrer l’inconscient de mes semblables. Mais quand bien même cette pauvre femme dévastée serait possédée par la haine, quand bien même cette mère douloureuse n’arriverait toujours pas - si jamais elle y parvient - à pardonner à son ex-conjoint de l’avoir plongée dans un enfer dont elle ne sortira sans doute pas de son vivant, cela ne lui enlève pas le droit de craindre la remise en liberté du bon docteur Jekyll, pas plus que celui de dénoncer l’iniquité d’un jugement et de dire à qui veut l’entendre que « notre système de justice a perdu toute sa crédibilité ». Fait-elle ainsi le jeu du gouvernement Harper, comme l’en soupçonne insidieusement l’abbé Gravel ? Et si c’était plutôt l’angélisme des gouvernements précédents en matière de justice qui a fait lentement le lit de la droite au pouvoir ? Encore une fois, qui fait l’ange fait la bête. En France, il y a longtemps qu’on ne s’inquiéterait plus de la présence du Front national si une certaine gauche caviar, au lieu de taxer de racisme toute critique du « communautarisme », avait pris acte de l’existence, en dehors des quartiers bien blancs où elle épilogue sur le sexe des anges, des problèmes que pose l’immigration arabo-musulmane.


    Il n’est pas trop difficile de pardonner quand on n’a rien d’impardonnable à pardonner, quand le pardon n’est qu’une vertu théologale, qu’un grand principe universel. À ce que je sache, l’abbé Gravel n’a pas eu d’enfant. M’est avis qu’il se fût montré moins expéditif et plus charitable dans son jugement sur Isabelle Gaston s’il en avait eu.

    ***

    Serge Cantin - Professeur à l’Université de Trois-Rivières

     
     
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