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    Affaire Pickton - Ce que l’on ignore

    19 décembre 2012 |Josée Boileau | Justice
    Tout bienveillant soit-il, toutes détaillées soient ses 1400 pages, le rapport Oppal consacré aux ratés de l’enquête sur les meurtres en série commis par Robert Pickton suscite la colère chez les autochtones. Parce que ce rapport affiche lui-même une prudence blessante pour une communauté encore et toujours marginalisée.

    Réglons tout de suite un point : même si la Commission d’enquête sur les femmes disparues porte sur des meurtres en série de Colombie-Britannique, ses constats trouvent des échos partout au Canada, Québec inclus. L’ancien juge Wally Oppal, qui a présidé cette commission, le signale d’entrée de jeu dans son rapport rendu public lundi : il y a d’autres Robert Pickton qui sévissent, d’autres cas, aujourd’hui même, de femmes disparues passés sous le radar. Et si, partout, les policiers s’affolent moins quand la disparition d’une femme pauvre ou toxicomane ou prostituée ou autochtone est signalée, c’est l’indifférence quasi assurée quand toutes ces caractéristiques sont réunies.


    L’affaire Pickton en fut le paroxysme : une histoire d’horreur absolue pour ses victimes assassinées (au nombre de 26, 33 ou 49, on ne sait plus), une histoire kafkaïenne quand on se tourne du côté de l’enquête. Le résumé du rapport Oppal (quand même 170 pages !) se lit comme un recueil d’erreurs qui se succèdent et qui donnent froid dans le dos, d’autant qu’au Québec, on méconnaît les soubresauts de ce dossier, qu’à Vancouver, les médias suivent depuis la fin des années 90.


    Pourquoi, alors, les familles des victimes et plusieurs groupes autochtones dénoncent-ils un rapport d’une telle précision ? Parce qu’encore une fois, ils ont eu le sentiment de ne pas avoir été écoutés (la province a payé les avocats des policiers, pas ceux des autres participants, ce qui a eu un impact sur leur participation à la commission). Et parce que le commissaire Oppal a soigneusement évité de blâmer qui que ce soit. Lui qui dénonce dans son rapport la vieille maxime policière « pas de corps, pas de crime » s’en est tenu à une tout aussi timide philosophie : à trop de problèmes, pas de responsables ! Et pourtant…


    Ainsi, d’entrée de jeu, le commissaire souligne le manque de données sur les disparitions de femmes au Canada. Pas un mot toutefois sur un fait troublant : depuis 2010, le gouvernement de Stephen Harper a coupé la subvention versée à l’association Sisters in Spirit, qui, depuis cinq ans, effectuait ce décompte du côté des femmes autochtones. C’est la GRC qui a maintenant le mandat de relever l’ensemble des disparitions au Canada, mais on n’y distinguera pas les femmes autochtones, pourtant scandaleusement surreprésentées à ce chapitre.


    De la même manière, quand le rapport Oppal ose nommer des policiers qui ont mal fait leur travail (rudoyant les familles des disparues, par exemple), il s’empresse de souligner qu’il ne blâme personne, qu’il s’agit d’un problème de société. Elle a le dos bien large la société, et elle est bien anonyme.


    Et on règle en deux mots le cas de cet étudiant qui, stagiaire à la police de Vancouver à l’été 2001, avait signé une analyse démontrant que, contrairement au mot d’ordre policier, les disparitions de femmes continuaient. Qu’est-il arrivé à ce jeune homme ? La police a fait enquête sur lui parce que de l’information avait - quelle surprise dans le contexte ! - coulé aux médias. Robert Pickton, lui, ne sera arrêté, par hasard en plus, que six mois plus tard. Le contrôle de l’information importait donc plus que la chasse au tueur, mais le commissaire ne s’y arrête pas.


    Cela dit, plusieurs des 63 recommandations du rapport sont des plus pertinentes, mais limitées à la Colombie-Britannique. Appuyons donc les autochtones qui appellent, eux, à une commission d’enquête nationale, pour enfin sortir d’un silence qui, on ne le mesure pas assez, dure depuis des décennies.

     
     
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