Commission Charbonneau - Harcèlement, menaces et vandalisme

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Selon M. Durocher, le marché de la construction est « très agressif » et la collusion dépasse largement les frontières de Montréal et Laval. Pour s’y faire une place, vaut mieux avoir conclu une alliance avec les firmes d’ingénierie qui font la pluie et le beau temps. « La collusion entre entrepreneurs, firmes de génie et municipalités, c’est la crème sur le sundae ! », a raconté mardi André Durocher.
Ne cachant pas sa frustration d’avoir été écarté plus d’une fois de lucratifs contrats, M. Durocher a expliqué que dans les Basses-Laurentides, le problème s’est accentué depuis 2002. En effet, il y aurait un entrepreneur et une firme de génie attitrés pour chaque territoire depuis 10 ans.
Tout cela se fait sous l’orchestration des firmes de génie dont les moyens de pression passeraient entre autres par la détermination des matériaux (donc d’un fournisseur précis et d’un prix) dans le cahier des charges et par les exigences des laboratoires de matériaux qui leur appartiennent. « Ça ne sert à rien de s’obstiner avec les firmes de génie, elles ont le gros bout du bâton », a déclaré le témoin.
L’ex-entrepreneur Lino Zambito avait identifié M. Durocher et son frère comme étant les instigateurs d’une tentative de collusion locale sur la Rive-Nord, en 2008. Mardi, André Durocher a indiqué n’avoir jamais « marché dans le système de collusion » parce que ça ne l’intéressait pas. Le témoin s’est présenté comme une victime, un « mal-aimé ». Son entreprise familiale, Excavations Panthère, a vendu tous ses actifs et s’est placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies.
Menace et intimidation
André Durocher a soutenu que les risques de représailles sont bien réels lorsqu’un entrepreneur s’aventure sur un territoire qui constitue un marché fermé. C’est le cas de Montréal et Laval. Il a raconté à la commission comment l’entrepreneur Tony Conte, de Conex, avait réussi à l’empêcher de soumissionner pour un important contrat à Montréal, en 2008. M. Conte aurait fait pression sur Comerco Courtage Plus, la compagnie qui offrait le cautionnement à Excavations Panthère.
Après avoir subi du harcèlement téléphonique, M. Durocher a raconté avoir reçu la visite impromptue de deux hommes venus lui remettre un numéro de téléphone. M. Durocher l’ignore.
Le matin du dépôt de la soumission, le courtier de Comerco Courtage Plus, Pierre Papineau, fait irruption et dit à M. Durocher : « André, on va se faire casser les jambes », a relaté le témoin. La soumission n’a jamais été déposée.
Plus tôt en après-midi, Pierre Papineau a témoigné concernant cette histoire, corroborant ainsi les allégations de M. Durocher.
Alerte auprès du vérificateur
En avant-midi, la commission Charbonneau a entendu la fin du témoignage de Michel Leclerc de Terramex, cet autre entrepreneur qui a été plongé dans la collusion à Montréal et qui a versé une ristourne de 3 % pour « la politique ».
M. Leclerc a affirmé que son associé avait alerté le vérificateur général de la Ville de Montréal à deux occasions sur le système de collusion. Le Bureau du vérificateur a reconnu par voie de communiqué qu’il avait reçu des informations en 2009.
M. Leclerc a dit avoir ignoré à l’époque la démarche de son associé, ce qui aurait pu mettre sa « vie en danger ». Il a dit qu’il pouvait craindre des ennuis de l’entrepreneur Nicolo Milioto, le meneur du jeu montréalais.







