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Commission Charbonneau - La corruption, une «culture d’entreprise»

La réduction du personnel a été une invitation à corrompre, selon Luc Leclerc

2 novembre 2012 | Kathleen Lévesque | Justice
«On a été de la pâte à modeler facile à corrompre pour les entrepreneurs», a déclaré à la commission Luc Leclerc.
Photo : Annik MH De Carufel - Le Devoir «On a été de la pâte à modeler facile à corrompre pour les entrepreneurs», a déclaré à la commission Luc Leclerc.
De retour le 12 novembre

La Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction a ajourné ses travaux jusqu’au lundi 12 novembre. La commission Charbonneau siège du lundi au jeudi, trois semaines sur quatre.

Au retour, l’ingénieur Luc Leclerc reviendra à la barre des témoins pour subir son contre-interrogatoire. Devrait suivre le témoignage de l’un de ses patrons de l’époque, l’ingénieur Gilles Vézina (notre photo), qui était de passage, jeudi, à la commission.
La réduction du nombre d’employés des travaux publics a accentué la corruption qui faisait déjà partie de la « culture d’entreprise » à la Ville de Montréal. C’est ce qu’affirme l’ingénieur retraité Luc Leclerc, qui a reconnu jeudi, devant la commission Charbonneau, être un fonctionnaire parmi tant d’autres avec « la conscience élastique ».

C’est en toute candeur que M. Leclerc a expliqué qu’il avait pu exprimer son enthousiasme pour des entrepreneurs grâce à la « complicité tacite » de certains de ses collègues et de ses patrons, dont Gilles Vézina. C’est d’ailleurs ce dernier qui distribuait les dossiers et, ce faisant, pouvait représenter un intérêt pour les entrepreneurs.


De toute façon, la corruption était généralisée, le laxisme bien implanté, et ce, « depuis des générations », croit M. Leclerc. Lors de son embauche à la Ville de Montréal en 1990, l’ingénieur raconte s’être « adapté » sans problème au système de corruption en place. « À Rome, on fait comme les Romains », a-t-il dit.


Depuis sa sortie de l’École polytechnique en 1972, M. Leclerc avait travaillé à la défunte Communauté urbaine de Montréal (CUM). Les règles d’éthique y étaient strictes, a-t-il raconté.


En comparaison, les cadeaux aux fonctionnaires étaient chose courante et cela ne heurtait personne à la Ville de Montréal. Et lorsque l’administration municipale a décidé de réduire son personnel, ce fut une invitation à la corruption. « On a été de la pâte à modeler facile à corrompre pour les entrepreneurs », a déclaré M. Leclerc.


Ce dernier a raconté qu’avant même son arrivée à la voirie, alors qu’il s’apprêtait à quitter la CUM, il avait reçu une invitation pour un tournoi de golf, toutes dépenses payées par des entreprises. M. Leclerc a dit avoir alors compris que c’était normal, puisqu’aucun des fonctionnaires présents n’avait payé quoi que ce soit.


Il a émaillé son témoignage d’une autre anecdote révélatrice. Durant la période des Fêtes de 1990, des camionnettes livraient quelques fois par jour des cadeaux aux fonctionnaires. Tout le monde mettait son manteau et allait cueillir son bonus. « Les bouteilles de vin à Noël, c’était universel », a lancé avec un sourire en coin M. Leclerc.


Ce n’est qu’avec la création de l’escouade Marteau, combinée à la mise en place d’un code de conduite à la Ville, en 2009, que les employés du service des travaux publics se sont fait « greffer une conscience éthique », pour reprendre l’expression utilisée par la procureure Sonia Lebel. Il ne semble toutefois pas que le code de déontologie des ingénieurs ait ralenti l’appétit de M. Leclerc pour les pots-de-vin.


Ce dernier s’est décrit comme un professionnel « efficace », « rapide » et « consistant ». Si, en plus, il y avait des pots-de-vin possibles, M. Leclerc s’assurait d’offrir un service « cinq étoiles ». En clair, cela signifiait trois choses. Il aménageait le chantier afin que l’entrepreneur puisse effectuer son travail sans encombre, il voyait à ce que les paiements lui soient faits rapidement, et en plus, il fabriquait de faux extras qu’il qualifie de « plus value ».


Le retraité a expliqué à la commission qu’il savait que la concertation des entrepreneurs entraînait le paiement d’une commission de 2 à 2,5 % à la mafia. M. Leclerc a également indiqué que le « politique » empochait une ristourne de 3 % sur la valeur des contrats octroyés, corroborant ainsi les témoignages de l’ex-entrepreneur Lino Zambito et de l’ingénieur Gilles Surprenant. M. Leclerc ne sait toutefois pas si l’argent était destiné au parti du maire Gérald Tremblay, Union Montréal, ou au comité exécutif présidé à l’époque par Frank Zampino.


Par ailleurs, le témoignage de l’ex-organisateur Martin Dumont a suscité des réactions. Jeudi, la firme de génie-conseil Cima + a publié un communiqué. Le p.-d. g. Kazimir Olechnowicz nie être allé à la permanence d’Union Montréal afin de rencontrer le responsable du financement, Bernard Trépanier.


La veille, la firme Dessau s’est également défendue d’avoir ce genre de rapprochements avec le parti du maire Gérald Tremblay.


Lino Zambito a également mis son grain sel, affirmant à La Presse qu’il était faux de prétendre qu’il avait rencontré M. Trépanier chez Union Montréal. Selon lui, cela mine la crédibilité de M. Dumont.


Ce dernier a affirmé notamment que Gérald Tremblay savait qu’il existait une double comptabilité au sein de son parti, question de camoufler le financement occulte.

 
 
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